Baudelaire et une Belgique de merde. Une !

Étienne Carjat, Portrait de Charles Baudelaire, vers 1862
Étienne Carjat, Portrait de Charles Baudelaire, vers 1862 - © Wikipedia

En juin 1864, à Bruxelles, Charles Baudelaire, l’auteur scandaleux des Fleurs du Mal, entame la rédaction d’un pamphlet consacré à la jeune Belgique.

Il écrit, notamment :

" Le visage belge ou plutôt bruxellois, obscur, informe, blafard ou vineux, bizarre construction des mâchoires, stupidité menaçante.
La démarche des Belges, folle et lourde.
Ils marchent en regardant derrière eux, et se cognent sans cesse.
Affreuse laideur des enfants.
Pouilleux, crasseux, morveux, ignobles.
Laideur et saleté.
Même propres, ils seraient encore hideux.
Peuple siffleur et qui rit sans motif, aux éclats.
Signe de crétinisme.
Tous les Belges, sans exception, ont le crâne vide. "

Et nous voilà rhabillés pour de longs hivers…

À la fin de sa vie, Charles Baudelaire (1821-1867) passe deux ans à Bruxelles, de 1864 à 1866. Une période d'amertume, de maladie et de dénuement qui amène l'auteur des Fleurs du Mal à écrire un pamphlet virulent et insolent, non publié de son vivant, contre la Belgique et surtout contre Bruxelles, intitulé Pauvre Belgique.

"Baudelaire comme guide de Bruxelles est tout à fait surprenant, précise Isabelle Douillet-de Pange, conservatrice des Musées de la Ville de Bruxelles. C'est un guide sensuel qui nous parle des odeurs de la vie, de ce qu'on y mange, de la manière dont on marche, dont on siffle, dont les cochers conduisent... C'est un témoignage d'une mauvaise foi crasse. Il y a plein d'aspects relevants qui nous font voir l'histoire autrement."

"Il faut imaginer un Parisien dans le Bruxelles de l'époque. Personne ne se comprend. Les Bruxellois ne comprennent pas son accent, il parle vite. Et Baudelaire a du mal à saisir une autre pensée que celle de son cercle d'amis habituel."

"Baudelaire voit la Belgique comme une terre de Cocagne de l'édition. Il a le projet de faire publier ses oeuvres complètes mais son projet n'aboutira pas. Il s'imagine qu'on va lui octroyer les mêmes conditions qu'à Victor Hugo mais il est un demi inconnu quand il arrive. Donc ça se passe assez mal et il va se murer dans une grande solitude."

"Chez Baudelaire, il y a ce rapport de la boue qu'il arrive à transformer en or, comme dans les Fleurs du Mal. Mais là, il est usé, il n'y arrive pas et ce projet belge va être un échec mortel, puisqu'il va aller vers la mort lors de ce séjour."

"Baudelaire est l'un des derniers écrivains à témoigner de la ville ancienne. C'est la ville du 18e siècle un peu modifiée par le néo-classicisme. Les grands travaux qui vont marquer Bruxelles dans les décennies suivantes ne sont pas encore menés. C'est une ville très industrieuse, très sale. Il vit dans le bas de la ville, dans la ville laborieuse près de la Grand Place, au milieu des petites gens qu'il trouve odieux."
 

Ecoutez ici l'émission complète, où Isabelle Douillet-de Pange revient sur la vie et le parcours littéraire de Baudelaire...

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