Banques: Marco Van Hees (CGSP) invité de Matin Première

Le secteur des banques est-il malsain ? L'économie de marché a-t-elle échoué ? Posez vos questions et faites-nous part de vos réactions au 070/22.37.37 ou sur ce site via vos commentaires.

 

Invité            :  Marco Van Hees  CGSP

auteur d'un ouvrage " Banques qui pillent, banques qui pleurent"

 

Journaliste  : Bertrand Henne

 

 

- Il est 7:42 heures.

 

- L'invité ce matin, Marco Van Hees, bonjour.

 

- Bonjour.

 

- Vous êtes l'auteur du livre "Banques qui pillent, banques qui pleurent", on vous retrouve pour l'interview dans un instant. D'abord votre choix musical FL avec "A tous moments, la rue".

 

- FL avec "A tous moments, la rue", le choix musical de votre invité ce matin, Betrand Henne. 

 

 

 

BH                             - Marco Van Hees, bonjour.

 

MVH                          - Bonjour.

 

BH                             - Alors vous êtes Inspecteur à l'Administration fiscale, militant du PTB et auteur d'un livre qui est sorti et qui est disponible en librairie, en fin de semaine ici, "Banques qui pillent, banques qui pleurent". On va évidemment en parler, votre choix musical contre le tintamarre du pognon, à tout moment, la rue peut aussi dire "non". Mais alors voilà seulement qu'elle n'a pas vraiment dit "non" malgré les déboires, les Belges ont laissé leur argent dans les grandes banques, qui recommencent parfois à investir d'ailleurs comme avant, de manière très risquée, la rue peut dire "non", mais la rue oublie vite, aussi, non ?

 

MHV                          - Je ne pense pas que les gens aient oublié, donc quelque part, je pense que l'amnésie vient plutôt du monde politique, des partis qui sont au Gouvernement pour l'instant et donc je pense que c'est utile que régulièrement, les gens sortent dans la rue pour dire parfois "non" au Gouvernement.

 

BH                             - En tout cas, vous vous rappelez au bon souvenir des politiques, dans ce livre, qui est finalement un recueil de choses qu'on savait d'une manière générale, fraudes, etc, avec aussi quelques révélations, il faut le dire, mais voilà, mais alors, quand on met tout ça bout à bout, évidemment, ça fait un réquisitoire assez rude contre les banques, on va en parler. Est-ce que vous d'abord, vous avez de l'argent dans une de ces grandes banques ? Est-ce que vous leur faites confiance ?

 

MHV                          - Mais tout à fait, donc j'ai un compte bancaire à l'ancienne, de l'ancienne CGER puisqu'il porte toujours les premiers numéros 001 et donc c'est devenu, après la CGER, c'est devenu Fortis et puis c'est devenu Fortis-BNP-Paribas, donc aujourd'hui, eh bien, soyons clair, il est, on ne peut pas faire autrement que d'être dans une banque, dans une petite ou dans une grande mais souvent les petites en Belgique, ce sont des grandes à l'étranger, donc aujourd'hui, on ne peut plus faire autrement, c'est clair. Et justement les banques en profitent, c'est bien ça, le problème.

 

BH                             - Alors vous pointez une série de fraudes, notamment qui ont été pointées par la Commission d'enquête sur la fraude fiscale, vous pointez aussi, c'est peut-être un peu neuf, des pratiques commerciales très limites des banques, avec leurs clients, qu'est-ce qui vous choque le plus, qu'est-ce qui vous a le plus choqué à la rédaction de ce livre ?

 

MHV                          - Mais, moi ce qui me choque le plus, comme vous l'avez dit, c'est l'accumulation, l'accumulation des faits, le fait que les banques à la fois, pillent les clients, à la fois, quelque part, exploitent de manière presque éhontée, leur personnel et à la fois, s'enrichissent aux dépens de l'Etat et que tout ça finalement, on laisse faire, en Belgique en particulier. Parce que la Belgique est un pays vraiment très complaisant vis-à-vis des banques.

 

BH                             - Vous pouvez donner quelques exemples, vous dites donc, les banques pillent les clients, quelques exemples, pour vous, de pratiques vraiment limites ?

 

MVH                          - Mais il y a des choses qui sont choquantes, d'abord, je disais que j'étais client donc à l'actuelle Fortis-BNP-Paribas, donc ça, ce n'est pas dans mon livre puisque ça vient d'arriver, mais par exemple, on a dit qu'il valait mieux mettre son argent sur un compte Internet, que ça rapportait plus. Et donc il y a quelques jours, eh bien un employé de l'agence où je suis, qui m'a téléphoné en disant que si j'augmentais un petit peu l'épargne de mon compte d'épargne, le montant, j'aurais droit à 1,50 en plus de 1% de taux de base,

 

BH                             - Oui ?

 

MVH                          - Et, ce qu'il ne m'a pas dit mais que quelqu'un d'autre m'avait dit, c'est que si on mettait sur le compte classique, si je remettais de l'argent sur mes comptes d'épargne classiques, ça allait rapporter plus en fait que le compte Internet qui était censé rapporter davantage.

 

BH                             - Donc ça veut dire qu'on vous vend un produit qui va rapporter moins mais qui va rapporter plus à la banque ?

 

MVH                          - Voilà, c'est ça et ça, c'est vraiment toute la logique des banques et ce que je montre dans mon livre, puisque quelque part à un moment donné, je me place de l'autre côté du guichet, mais ce qui est choquant par exemple, c'est que quand vous allez, je cite une banque mais c'est la même chose dans d'autres banques, quand vous allez chez votre agent commercial de la banque, il a, la première chose qu'il a sur son écran d'ordinateur, c'est le montant que vous rapporter annuellement à la banque. Donc vous êtes vraiment un montant, c'est pas que vous êtes un numéro, vous êtes un montant pour la banque, elle ne voit que ça. Et l'agent, l'agent qui est en face de vous, il est obligé de vous considérer de la sorte.

 

BH                             - Alors on va venir un petit peu sur les fraudes fiscales, les sociétés de liquidités, etc, ça, ce sont des choses, vous dites, qui étaient en grande partie dénoncées dans la Commission d'enquête parlementaire, qui a émis une série de conclusions, qui ne sont d'ailleurs pas toutes et loin de là, d'être appliquées, mais voilà, est-ce que tout ça, ça n'appartient pas au passé ? Ces grandes fraudes fiscales ou est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui  ça continue ?

 

MVH                          - Un jour, un enquêteur fiscal a fait cette remarque qui me semble très judicieuse, c'est qu'avant à l'époque au moins, il y avait ce genre d'affaires de fraude qui ressortaient, aujourd'hui, elles ne ressortent même plus.

Et ça, je pense que c'est très vrai, c'est que par exemple, l'ISI, l'Inspection spéciale des impôts, on a réduit ses moyens et donc aujourd'hui, elle ne fait plus le travail aussi, aussi bien qu'elle le faisait avant. Et c'est pour ça à mon avis, que les choses sortaient, sortaient avant, c'est comme la délinquance, souvent, ça dépend des statistiques, c'est pas les, c'est pas la quantité de délinquance qui ressort. Donc les grandes affaires, les trois grandes affaires de fraudes fiscales qui ont été dénoncées, en tout cas, ont été analysées par la Commission d'enquête parlementaire, je pense aux sociétés de cash, à l'affaire QFIE, aux quotités forfaitaires d'impôts étrangers et la KBLux, ces trois grandes affaires, c'est les banques qui sont impliquées. Elles sont impliquées pas seulement comme fraudeuses mais comme organisatrices principales de la fraude. Donc les banques proposent à leurs riches clients, des formules clef sur porte pour frauder. Dans la QFIE, c'était comme ça, dans l'affaire KBLux aussi.

 

BH                             - Et c'est toujours comme ça ?

 

MVH                          - A mon avis, oui, c'est toujours comme ça, pas forcément dans les mêmes domaines, la QFIE, là, c'est vrai qu'on a pris des mesures pour limiter la fraude mais je pense que c'est toujours comme ça, que chaque fois, il y a des nouveaux domaines d'application. Le problème, c'est que ça ne ressort plus aujourd'hui, donc on devrait plutôt s'en inquiéter.

 

BH                             - Alors vous montrez dans votre livre, que toutes les grandes banques belges, en tout cas, les 4 grandes, travaillent avec des paradis fiscaux ?

 

MVH                          - Tout à fait.

 

BH                             - C'est vraiment une pratique tout à fait courante, quoi ?

 

MVH                          - Mais oui, c'est simple, si on fait le top, le classement du nombre de filiales dans les paradis fiscaux, eh bien en Belgique, le grand vainqueur, c'était, c'est Fortis et en France, c'est BNP-Paribas, donc qui se ressemble s'assemble puisqu'aujourd'hui, c'est la même société.

 

BH                             - Fortis a 300 succursales et filiales, vous dites, dans des paradis fiscaux ?

 

MVH                          - Voilà, voilà.

 

BH                             - Mais ça sert à quoi, alors ? Pourquoi, c'est quoi, la justification de ça ?

 

MVH                          - Mais ce qu'il y a, c'est que quelque part, moi, ce que j'ai montré dans un livre précédent, qui s'appelait " Didier Reynders, l'homme qui parle à l'oreille des riches ", je veux montrer dans ce livre que la Belgique est elle-même un paradis fiscal, parce que, pour toutes sortes de raisons que je développe. Mais la particularité d'un paradis fiscal, c'est qu'il s'adresse chaque fois à des niches particulières. Il y a un paradis fiscal qui est mieux pour ceci, un autre mieux pour cela et donc quelque part, chaque entreprise et les banques en particulier, vont choisir, pour tel type d'opération, il vaut mieux mettre ça dans tel paradis fiscal ou dans tel autre pour tel autre et par exemple, les Hedge Funds, on sait que la plupart sont installées dans les paradis fiscaux, or, les banques sont, elles-mêmes, elles gèrent elles-mêmes des Hedge Funds qui sont définis comme les pirates de la finance internationale.

 

BH                             - Alors vous dites, la Belgique, un paradis fiscal, c'est vrai qu'on a été pointé dans une niche de crise notamment dernièrement, bon, il y a eu des efforts qui ont été faits, on a dû passer une série d'accords de coopération, de transmission de données fiscales avec une série de pays européens, ça a été fait. Donc on peut dire que ça, ça appartient au passé ou pas, la Belgique, paradis fiscal ?

 

MVH                          - Ca n'appartient pas du tout au passé, donc cette histoire de liste grise, c'est assez risible en fait, donc simplement l'OCDE avant, définissait précisément assez bien, elle donnait une bonne définition de ce qu'est un paradis fiscal puis elle a abandonné cette définition et aujourd'hui, elle a remplacé ça par une définition des pays qui veulent bien coopérer sur le plan  international.

 

BH                             - On coopère plus qu'avant, ça, c'est indéniable puisqu'on a signé ces 12 accords, là ?

 

MVH                          - Oui, mais d'abord, oui, mais on coopère pour des choses qui représentent peut-être 5% de la fraude fiscale, donc c'est vraiment dérisoire, c'est marginal, mais donc ça permet de se donner une bonne conscience. En plus, c'est souvent des paradis fiscaux entre eux qui concluent ces conventions et donc en fait, ça ne concerne que l'échange d'informations, de certaines informations et encore, pas un échange automatique, c'est un échange sur demande, donc ça concerne en fait très peu de transactions, c'est vraiment marginal.

 

BH                             - Oui.

 

MVH                          - Mais ça donne bonne conscience.

 

BH                             - Vous montrez aussi, pour revenir aux banques, que les grandes banques belges ont finalement à payer assez peu d'impôts ? Donc en plus de ce que vous avez énoncé, elles sont assez, elles contribuent peu à la richesse publique ?

 

MVH                          -  Tout à fait, ça, c'est vraiment quelque chose qu'il faut épingler, c'est, eh bien,  je vais donner un chiffre, si on prend l'année 2007, si on prend, pour voir la situation avant la crise financière, eh bien, le secteur bancaire en Belgique, était soumis à un taux d'imposition moyen de 10%, donc 10% pour l'ensemble du secteur bancaire belge et notamment les banques ont profité des intérêts notionnels, ces fameux intérêts notionnels qui régulièrement reviennent à la surface.

 

BH                             - Vous n'aimez pas beaucoup,

 

MVH                          - Non, non, puisque j'ai consacré un livre spécialement à la critique des intérêts notionnels et donc les intérêts notionnels n'ont été inventés que pour une chose, c'est remplacer les centres de coordination, qui est un régime fiscal tout à fait aberrant,

 

BH                             - Pour les grandes multinationales ...

 

MVH                          - Aux multinationales, voilà, qui étaient réservés aux multinationales et l'Union européenne les a condamnés et donc on a inventé les intérêts notionnels pour remplacer les centres de coordination mais la grande différence, c'est que les banques  étaient exclues du bénéfice du régime fiscal, les centres de coordination, mais profitent à fond des intérêts notionnels. Et donc c'est en, c'est en millions d'Euros, les principales banques du pays, elles déduisent des millions d'Euros, des centaines de millions d'Euros d'intérêts notionnels.

 

BH                             - Oui, on va peut-être revenir à ce qui est finalement la conclusion de votre ouvrage, il faut une grande banque publique ? Vous dites, c'est la seule solution ?

 

MVH                          - Voilà, donc pour moi, quand on voit toutes les dérives des banques, des banques privées actuellement, eh bien pour moi, la solution et je donne 10 avantages dans mon livre d'une banque publique, c'est de, quelque part, il y avait une occasion qui se présentait puisque l'Etat a entre guillemets, nationalisé Fortis,

 

BH                             - Oui, mais largement d'ailleurs, oui, oui, tout à fait.

 

MVH                          - Pour la refiler finalement au privé, à BNP-Paribas.

 

BH                             - L'Etat n'a pas vocation à gérer les banques, c'est ce que disait Didier Reynders.

 

MVH                          - Voilà, voilà, ça, c'est,

 

BH                             - Est-ce que c'est vraiment le rôle de l'Etat, de gérer une banque ?

 

MVH                          - Mais cette phrase qu'il a répétée et que tout le monde a repris pendant des mois, quelque part, c'est une amnésie incroyable puisque la CGER a été crée en 1865 d'ailleurs par un Ministre libéral , c'est bon de le dire, c'est les frères Orban et pendant plus de 130 ans, elle a fonctionné sans jamais demander la moindre aide à l'Etat. Et à partir du moment où dans les années 90, entre 93 et 98, elle était intégrée, privatisée et intégrée à Fortis, eh bien, il n'a fallu que 10 ans pour qu'elle sombre et qu'elle frappe à la porte de l'Etat pour demander de l'aide.

 

BH                             - Elle n'a pas été privatisée par des Libéraux d'ailleurs ?

 

MVH                          - Non, non, elle a été privatisée effectivement, c'était le CDH actuel et le PS.

 

BH                             - Donc vous dites, comment est-ce qu'il faudrait faire maintenant si on veut créer une grande banque publique, c'est sur base de ce qui existe de la Banque de la Poste, etc, qu'il faudrait recréer quelque chose ? Ou vous pensez que l'Etat doit retirer ses billes, doit casser l'accord avec BNP-Paribas, comment est-ce qu'on peut faire ?

 

MVH                          - Oui, je pense que la Banque de la Poste, vous faites bien de la citer parce que, ce qu'on constate, c'est qu'à la fois aujourd'hui, on ferme des bureaux de Poste et des agences bancaires, donc moi, je pense que l'alliance entre la Banque de la Poste et soit, Fortis, soit Dexia, en tout cas, permettrait de recréer un réseau d'agences, important, de banques publiques.

 

BH                             - Allez, on continue à parler de cette alternative banques publiques tout à l'heure, avec les auditeurs qui, je suppose, auront beaucoup de questions à poser.

 

- Et pour poser vos questions, deux formules, soit notre numéro de téléphone, le 070/22 37 37.

Deuxième formule, notre site Internet : www.matinpremière.be

7:56 heures.

 

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