Avoir la foi, selon Jean-Claude Guillebaud

Jean-Claude Guillebaud
Jean-Claude Guillebaud - © Tous droits réservés

Il a à nouveau la foi. Le journaliste Jean-Claude Guillebaud est redevenu chrétien il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, à 73 ans, il critique la diabolisation des religions. Et se dit déçu par l’Eglise. Mais, ça ne l’empêche pas de garder la foi. Et d’avoir envie de la transmettre.

Jean-Claude Guillebaud se confie à Et dieu dans tout ça ?. Il vient de publier “La foi qui reste” (L’Iconoclaste).

Jean-Claude Guillebaud a énormément de respect pour les chrétiens qui pratiquent dans la mystique, dans l'émotion. Mais comme il fait partie de la génération qui s'est sécularisée, celle de mai 68, il s'était détaché de la préoccupation spirituelle. Ça lui est revenu à partir de 1995 lorsque, avec Michel Serre, il a essayé de comprendre le monde pour une "enquête sur le désarroi contemporain". Il a alors pris conscience qu'on venait de la Bible, qu'on était profondément les produits du christianisme, du judaïsme et de la pensée grecque. Il est donc revenu progressivement à la foi par la raison.


Un Pape révolutionnaire

Jean-Claude Guillebaud est toutefois très critique par rapport à l'Eglise. "Les meilleurs anti-cléricaux sont les chrétiens. Nous sommes le produit de l'Eglise, nécessaire en tant qu'institution, mais il y a eu en permanence des dissidences." Les choses ont un peu changé avec l'arrivée du Pape François, qui révolutionne l'Eglise, la communication, le langage, l'ouverture. "Cette fois, nous avons un pape qui est beaucoup plus à gauche que les socialistes européens."

"Il se passe une chose étrange, qui est le produit indirect du terrorisme qui se prétend islamique mais qui n'est pas l'islam. Ça a contaminé les autres croyances et fait naître un discours globalement anti-religieux. Il y a beaucoup d'intellectuels qui arrivent à théoriser ça en disant que les guerres ont pour source le religieux : si nous étions débarrassés des religions, nous vivrions en paix. Ce qui est d'une stupidité confondante. (...) Un peu partout dans le monde, le christianisme progresse. Mais chez nous, on a tendance à désigner le christianisme comme une vieille chose arriérée."

"Le message évangélique, ce n'est pas un texte, c'est une parole recueillie. Mais c'est une parole qui donc mérite d'être interprétée. Je pense que dans sa puissance, dans son incroyable longévité, l'Evangile est plus pertinent qu'une bonne douzaine d'essayistes à la mode ! En tout cas, ça nous pose question. Je suis convaincu que l'Evangile ne peut pas être uniquement une oeuvre humaine, même si il l'est en partie grâce à l'exégèse."


L'espérance nécessaire

Jean-Claude Guillebaud regrette le nihilisme qui pour lui, est le nouveau péril. C'est le 'je m'en foutisme', le calcul à très court terme, la destruction de la planète, la compétition, l'acceptation de la vitesse, une société de marché où toutes les activités humaines doivent être régulées. Les jeunes se rendent compte qu'on ne pourra pas vivre dans une société comme ça. Il faut des endroits qui ne sont pas comptabilisables, la société a besoin de choses inutiles, qui ne sont pas rentables, comme l'école ou la médecine.

Heureusement, les jeunes générations sont en train à leur façon de construire du sens : les mouvements alter-mondialistes, le rapport des jeunes avec l'agriculture, la culture... tout cela est porteur d'espoir. "Je crois résolument qu'on ne peut pas vivre sans espérance."

 

Comment transmettre sa foi ?

"Nos enfants ne supportent plus les leçons de morale et de catéchisme. Il me semble que nous, adultes, si nous voulons transmettre quelque chose au niveau de notre foi, c'est de vivre en fonction de cette foi. J'essaie de vivre comme je crois. Je n'y arrive pas toujours car j'ai au fond de moi-même beaucoup de médiocrité. J'essaie de me comporter en chrétien respectueux et fidèle à sa foi."

 

Un moment intense avec Jean-Claude Guillebaud, à écouter ici...

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