Aurait-on trouvé la recette pour vivre centenaire?

Dans ce petit village de Sardaigne, on vit centenaire !
Dans ce petit village de Sardaigne, on vit centenaire ! - © RTBF

Il existe des zones à travers le monde où la longévité des habitants est largement au-dessus de la moyenne :  Okinawa au Japon, Nicoya au Costa Rica, Ikaria en Grèce ou encore Villa Grande, en SardaigneComment expliquer la longévité de ces habitants ? Qu'ont-ils en commun ? Sont-ils dotés d'un capital génétique exceptionnel ou bénéficient-ils d'un environnement favorable ? Peut-on s'inspirer de ces exemples pour vieillir en forme ?

Le démographe belge Michel Poulain parcourt le monde à la recherche de centenaires. Il y a 20 ans, à Villa Grande, en Sardaigne, il a découvert une concentration exceptionnelle de centenaires. Il y a recensé jusqu'ici 45 centenaires pour une population de 3200 habitants, avec autant d'hommes que de femmes, ce qui est exceptionnel quand on sait qu'en Belgique, il y a 6 ou 7 femmes centenaires pour un homme centenaire. Dans le cimetière, il a relevé le plus grand nombre de centenaires et de nonagénaires qu'il ait jamais vu. 

Cette concentration de centenaires, Michel Poulain l'a déjà identifiée dans 3 autres endroits au monde : Okinawa au Japon, Nicoya au Costa Rica, Ikaria en Grèce. Il les appelle les zones bleues.


L'inégalité face au vieillissement

Le Docteur Anne Marcilhac est neuro-biologiste à l'Institut transdisciplinaire d'étude du vieillissement, en France. « Nous sommes inégaux face au temps qui passe, d'abord parce que notre patrimoine génétique est différent à la naissance. Ensuite parce que l'environnement et notre mode vie vont impacter, tout au long de notre vie, la qualité de notre vieillissement. On attribue 25% à la part de la génétique dans la longévité, les 75% restants allant à l'environnement et au mode de vie. »


L'activité physique

Michel Poulain cherche à comprendre ce qu'a été la vie de ces habitants, auprès de Natale, 95 ans : il rend grâce à Dieu pour cette longue vie qui lui a été donnée. Comment l'expliquer  ?

  • Il a travaillé dur comme berger toute sa vie, jusqu'à 85 ans, comme tous les autres, jusqu'à atteindre ses limites physiques.
  • Le village, situé dans la montagne, implique beaucoup d'activité physique dans la vie de tous les jours : il faut sans cesse monter et descendre pour rencontrer les autres et vaquer à ses activités.


La vie sans stress

Elvira, nonagénaire, a élevé et nourri ses 3 enfants en cultivant son potager d'un demi-hectare entre mer et montagne. Ce jardin lui donne à manger des produits naturels et beaucoup de satisfaction, de joie, de sérénité dans la nature. 

Alors, une vie simple, peu stressante, suffirait-elle à bâtir des centenaires ? Jean-Marc Lemaître, chercheur à l'INSERM en France, est connu dans le monde entier pour son travail sur le rajeunissement des cellules.

« Si on arrive à mettre en place des conditions où les stress sont au minimum, on va pouvoir augmenter la longévité. Et on en connaît la raison : des espèces de capuchons protègent nos chromosomes et avec l'âge, ils diminuent en fonction des stress. Des stratégies existent, par exemple la méditation, qui est bien connue pour maintenir nos capuchons télomériques fonctionnels. »


La nourriture saine

Les Sardes mangent du cochon et pas qu'un peu, de la charcuterie, du fromage, mais tout est local, tout est fabriqué à la maison ou dans le village. Seuls le nutella ou le café viennent d'ailleurs ! Ils consomment plusieurs sortes de fromages, de charcuteries, des olives, des tomates, des légumes du jardin, du  pain cuit localement. La cuisine sarde est avant tout une cuisine simple et familiale.

 

La vie en société

Les filles d'Asunta ont une cinquantaine d'années et n'imaginent pas un seul instant placer leur maman. D'ailleurs, au village, aucun ancien n'est dans une maison de repos. Une organisation est mise en place à l'intérieur des familles pour qu'il y ait toujours quelqu'un qui accompagne les anciens qui sont dépendants : venir passer la nuit, aider à faire à manger... À Villa Grande, ce serait donc là le dernier ingrédient de la recette de la longévité.


Les clés de la longévité ?

Dans les zones bleues, les clés de la longévité sembleraient donc être que les aînés restent en mouvement, vivent paisiblement, se nourrissent de produits locaux et ont de puissants liens sociaux. Suffit-il de ces ingrédients pour une recette de longévité ?

Selon le Docteur Anne Marcilhac, ce n'est pas si simple. « En fonction du lieu, du mode de vie, de la génétique et des facteurs épigénétiques qui vont influencer notre génétique tout au long de la vie, on aura plus ou moins une longévité accrue. Donc, une recette non, plusieurs recettes oui, adaptées à chaque individu.  »

Grâce à l'épigénétique, les chercheurs comprennent en effet de mieux en mieux l'impact du milieu sur notre génome et donc sur la longévité, confirme Jean-Marc Lemaître. « En modifiant un peu l'alimentation, en consommant des omega 3, on peut par exemple conserver la taille des télomères des chromosomes. Et en faisant un peu de sport, de façon régulière, on stimule les tissus à se régénérer et à vieillir un peu moins vite. »


L'importance de la vie sociale

Il y a 25 ans, à Louvain-la-Neuve, un petit groupe de pionniers avait déjà imaginé sa recette de longévité, en s'inspirant sans le savoir du mode de vie des zones bleues. Dans un petit enclos non fermé, appelé 'le béguinage', sept petites maisons ont été construites pour accueillir une personne ou un couple. Le but était d'apprendre à vieillir autrement, ensemble, en continuant à être actif, à s'impliquer, à être attentif les uns aux autres.

Cet esprit, ce sens du collectif aident les résidents à rester en forme. Sans oublier la dimension spirituelle qui les cimente, même si certains ne sont plus croyants.

« Ce qui est certain, confirme Anne Marcilhac, c'est que la vie sociale très riche, que ce soit via la religion, la famille, les amis, a un réel effet bénéfique sur la santé des populations. Ce n'est pas encore prouvé scientifiquement mais cela ressort nettement. »

Découvrez le reportage de Vincent Somers et Véronique Fouya dans Transversales

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