Aujourd'hui en Europe: Commission européenne versus drogues de synthèse

Viviane Reding, en charge du dossier, promet une approche graduelle en fonction du risque couru par le consommateur
Viviane Reding, en charge du dossier, promet une approche graduelle en fonction du risque couru par le consommateur - © Wikimedia-Вени Марковски

La Commission européenne veut mettre un coup d'arrêt aux euphorisants légaux. Elle a annoncé une série de mesures pour mettre un terme à ces substances qui se développent rapidement en Europe avec parfois des risques mortels pour les consommateurs. Mais que sont ces euphorisants légaux?

On les appelle aussi "legal highs", ce sont souvent des drogues de synthèse. Elles imitent les effets des drogues illicites comme la cocaine, l'ecstasy voire le cannabis. Elle sont fabriquées dans des laboratoires clandestins, le plus souvent en Asie, et elles sont généralement en vente libre sur internet.

Substance légale, consommation illégale

Si elles ne sont pas illégales, cela ne veut pas dire que l'utilisation qui en est faite est légale. Par exemple, certaines de ces molécules sont utilisées dans la recherche ou l'industrie. Leur utilisation est détournée avec parfois de sérieux dommages pour la santé. En 2012, plusieurs de ces substances ont tué plusieurs dizaines de personnes en quelques mois.

Michael Hogge est l'un des responsables d'Eurotox, l'observatoire des drogues en communauté française. Pour lui, les risques sont importants : "Il y a un danger par le simple fait qu'on n'a pas de recul en termes de consommation, d'effets indésirables, de complications,... puisque l'usager est lui-même un animal de laboratoire. On n'a pas d'information sur la toxicité et sur les effets à long terme de ces substances et donc, en les consommant, le consommateur s'expose à des risques. D'autant plus que ces produits sont manufacturés dans des conditions non contrôlées avec une absence de posologie lorsque le consommateur l'achète. Il ne sait pas non plus quelle est la dose de principe actif dans l'échantillon dont il dispose d'où les risques de surdose".

Deux nouvelles substances chaque semaine

Chez nous, difficile d'avoir une photographie précise de leur consommation parce qu'il n'y a pas d'étude en Belgique sur l'usage de drogue. Par contre, il y a quelques retours des acteurs de terrain en Flandres notamment. L'année dernière, 600 jeunes qui participaient à des festivals ont été interrogés. Un peu moins de 8% d'entre eux reconnaissaient avoir utilisé une de ces substances durant l'année. Le phénomène est beaucoup plus inquiétant en Irlande, au Royaume-Uni ou en Pologne. Et c'est d'autant plus inquiétant que depuis le début de l'année, au moins deux nouvelles substances ont été signalées chaque semaine.

Un phénomène qui n'a pas de frontière

C'est l'étendue du phénomène sur tout le territoire de l'Union qui pousse la Commission européenne à se saisir de la question. Pour éradiquer le problème, elle propose plusieurs pistes. Tout d'abord, de réagir rapidement, ce que Viviane Reding, la Commissaire en charge du dossier, résume en quelques mots : "Action, réaction, tout de suite".

Aujourd'hui, il faut au moins deux ans pour obtenir l'interdiction d'une de ces substances dans les 28 pays de l'Union européenne. La Commission propose de raccourcir ce délai à dix mois et dans les cas les plus graves, de retirer immédiatement une substance du marché. Mais Viviane Reding le promet, ce sera une approche graduelle en fonction du risque couru par les consommateurs.

La balle est maintenant dans le camp du Parlement et du Conseil qui vont examiner le texte de loi de la Commission européenne.

Olivier Hanrion