« Au DD » de PNL, une sorte de blues du dealer non dénué d’un certain romantisme…

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« Au DD » par le duo rap PNL formé par deux frères – Tarik et Nabil Andrieu plus connus sous leur pseudonyme : Ademo et N.O.S.

PNL est un vrai phénomène, considéré comme trésor national au pays des Gilets jaunes, le groupe le plus écouté du moment avec, parmi ses records, 40 millions de vues de ce titre « Au DD », lâché sur les Internet il y a à peine un mois…

 

Alors, comme souvent avec les textes de rap, « Au DD » est construit sur un vocabulaire qu’on maîtrise mal – y’a beaucoup de verlan, y’a beaucoup de détournements.

Un vocabulaire décourageant et pourtant, c’est ici que se joue l’évolution de la langue dans la chanson française. C’est très intéressant de voir comment la langue y est traitée – certains diraient maltraitée.

L’énigme du texte commence dès le titre : « Au DD » est un diminutif pour dire « au détail ». « Au DD » a un sens littéral et renvoie à l’univers des dealers. « Au DD », c’est la drogue vendue au détail dont on parle dans la chanson : « Au DD. J’la passe, la détaille, la pé-cou, la vi-sser ».

« pé-cou », c’est du verlan pour « couper ».

« vi-sser », si vous le remettait dans le bon sens, ça veut dire « servir ».

Ce qu’on coupe, ce sont des gros blocs de résine de cannabis que le dealer sert au détail, en petite quantité.

Ça, c’est pour le sens littéral de « Au DD ».

 

Mais il y aussi un sens figuré puisque les deux frères de PNL racontent leur vie dans le détail, ils passent leur vie au détail. Et c’est pour ça que beaucoup d’auditeurs ne voient pas très bien l’intérêt de cette chanson : parce qu’ils ne comprennent pas qu’elle fait partie d’un tout… Parce qu’elle n’est qu’un épisode supplémentaire dans le travail de PNL – une pièce du puzzle – un travail qui consiste à construire un récit, une autofiction… que les frères ne commentent jamais puisqu’ils ne donnent jamais d’interviews…

 

Exemples de traits autobiographiques dans « Au DD » :

« Bats les couilles de l’Himalaya, bats les couilles – je vise plus le sommet »

« La rue, je la dévale à toute allure avec du Gucci comme Mitch »

« Sang corse mélangé bougnoule »

« J’suis ni d’chez vous, ni d’chez moi »

 

Ne plus viser le sommet et porter du Gucci : on peut dire que « Au DD » est une chanson sur la réussite du groupe… Avec évidemment des citations pointues et obscures : le « Mitch » dont on parle ici est un personnage d’un film culte dans la culture hip-hop – « Paid In Full » dont le titre est emprunté à un classique du rap des années 80 par Eric B. & Rakim :

« Sang corse mélangé bougnoule » : ils parlent clairement d’eux puisque leur père est corse et leur mère algérienne. Ici, ils utilisent « bougnoule » comme une sorte de dévitalisation linguistique puisque l’insulte est vidée de sa substance péjorative. Ils ne s’insultent pas eux-mêmes, ils récupèrent l’injure de ceux qui les ont toujours insultés…   

 

PNL jette des ponts entre la fiction de leur chanson et leur propre roman familial, en évoquant la pratique des dealers qu’ils ont bien connu :

« Sale comme Taneish, mèches courtes, forte comme la peuf que j’écoule »

La « peuf », c’est du verlan pour « la frappe » qui, dans la gamme du shit, est l’une des plus chargées et une des meilleures.

« Sale comme Taneish » : « Taneish » serait – une fois encore – le verlan pour « Sheitan », qui veut dire le diable en arabe…

On évoque aussi les « BACqueux » et les « ien-clits » : les « ien-clits », ce sont les clients (les consommateurs) et les « BACqueux », ça renvoie à la « Brigade Anti-Criminalité »…

Tout cela mixé à un rap plutôt atmosphérique, voire contemplatif. On a, au bout du compte, une sorte de blues du dealer non dénué d’un certain romantisme puisqu’on aborde aussi la question de l’amour et de la jalousie :

« Mon cœur fait oula-la-la. Crime passionnel que j’commets. Sur ton cœur, j’fais trou d’boulette. J’fais tache de sang sur le pull » : la boulette, c’est une balle de revolver, mais c’est aussi la « boulette de shit »…

 

Écoutez « Au DD » de PNL :

 

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