Aran, une autre histoire de vent

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" Aran, trois petites îles au large de Galway, battues par l’océan et les vents d’ouest. Depuis la nuit des temps, des gens ont survécu là.
Aujourd’hui, on y vit plutôt bien. Les insulaires parlent de deux saisons, l’une pour les touristes, le job, l’autre pour eux, pour leur vie.
Sur les traces de Nicolas Bouvier, Robert Flaherty et tant d’autres intrigués bien avant moi par ces minuscules grains dans l’océan, j’ai imaginé ce passage de l’été à l’hiver.
J’ai rencontré quelques habitants mais je n’ai pas tout traduit, occupé à écouter cette langue irlandaise mixée parfois de gaélique.

Et j’ai tenté de capter cette énergie sonique visitée à mon insu par les fées et le divin.
Jean-Guy Coulange

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Avec les voix de :

Gearoïd Browne, Agnès Hernon, Sarah Flaherty, Michaël Hernon, Noirin Gil et Thomas Dirrane
Chansons interprétées par Gearoïd et Sarah.
Extraits de Journal d’Aran et d’autres lieux de Nicolas Bouvier, Petite bibliothèque Voyageurs, Payot, 2015.
Documentation, conseils et traductions : Dominique Beugras
Son, compositions et réalisation : Jean-Guy Coulange
Mixage final : Didier Rossat

Production : Le Labo (RTS)

Diffusion Par Ouï-dire

Ecoutez

Un extrait du film "L'Homme d'Aran", de Robert Flaherty, en 1934

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3 images
ARAN, UNE AUTRE HISTOIRE DU VENT de Jean-Guy COULANGE © Tous droits réservés

Carnets de notes (extraits) sur le tournage d'Aran

Déjà ce nom A R A N, quatre lettres qui sonnent comme une bourrasque.

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Une autre histoire de vent
" J’ai choisi ce sous-titre en hommage à Histoire de vent, le film de Joris Ivens,
mais aussi parce que tenter d’enregistrer le vent aux Îles d’Aran, c’est vraiment “une autre histoire
“.

Au départ il y a un déclic.
Comme quand on enclenche un appareil photo, ça donne une trace.
Parfois cette trace s’incruste, tenace, obsédante.

 

Je choisis souvent un livre pour son titre, pour le son du titre. Il y a quelques années, je suis allé en Thaïlande. Comme d’habitude j’avais emporté quelques livres choisis au hasard. Parmi eux, Journal d’Aran et d’autres lieux de Nicolas Bouvier. J’étais dans le nord-est, dans un petit village qui borde le Mékong. L’air humide et chaud d’avril était irrespirable. Je me réfugiai dans mon bungalow médiocre à la clim tapageuse et ouvris le livre de Bouvier ; il y faisait moins quinze degrés. Les quatre vingt pages de Journal d’Aran me réconfortèrent, je les dégustais comme un glaçon.

 

" p. 30 - Le neveu m’a dit “quelle idée de venir ici en pleine tempête d’hiver, alors que fin mai nous avons trente-cinq variétés d’orchis et d’anémones sauvages et dix-neuf sortes d’abeilles.
Et maintenant, rien, rien de rien...

... rien m’a toujours mis la puce à l’oreille. " Nicolas Bouvier

Depuis ce jour, le déclic est devenu désir.
Désir de parcourir les falaises d’Inishmore sur les traces de Nicolas Bouvier, et de ramener un peu de ce “rien“, des voix, des sons, du vent... Quelque chose.

D’autres lectures ont suivi.
Tom et Liam O’Flaherty, John Millington Synge, James Joyce.
Et bien sûr le visionnage du film de Robert Flaherty Man of Aran.

 

 

Je rencontre l’auteure Donminique Beugras, traductrice et promeneuse avisée des lieux, qui écrit dans Grains d‘Aran :

"Lorsque vous posez le pied pour la première fois sur l’une de ces îles, vous vous demandez de quel roi méhaigné c’est ici le royaume.
Pas d’arbres, des rochers tranchants, des falaises qu’ébranle la houle atlantique, des champs miniatures dont l’herbe d’un vert indescriptible reproduit le mouvement des vagues si proches.
"

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CHAQUE LECTURE ME DONNE L'ENVIE DE PENTURES SONORES

 

" Un peu plus tard je suivais en vagabond la seule bonne route de l’île, d’où la vue s’étendait par dessus les murets de chaque côté sur de petits champs plats de roc à nu. Je n’ai rien vu d’aussi désolé. Partout une eau jaune coulait à flot sur le calcaire, transformant parfois en un torrent fou la route en lacets, qui à tout moment franchissait des petites buttes, des cavités dans le roc, ou bien passait entre les quelques rares carrés de pommes de terre ou d’herbes cachés dans des coins qui se trouvaient à l’abri. " John Millington Synge.

 

Je regarde une nouvelle fois Une histoire de vent de Joris Ivens et Marceline Loridan. Le cinéaste a quatre vingt dix ans, pour son dernier long métrage il part filmer le vent dans le désert en Chine.
Histoire de vent est une véritable quête et à la fois une métaphore sur sa propre vie ; la Chine est le pays du cerf-volant, à l’origine cerf vient de serp, serpent ou dragon.
Un vieux maître exécute une sorte de danse Tai-chi - danse du vent ?
Ivens le fixe, imite ses pas, esquisse les gestes, il dit qu’il n’a plus le souffle ; le maître répond, énigmatique : " le secret de votre souffle ".

Ivens s’assoit en haut d’une dune dans le désert, un médecin l’ausculte, lui conseille de se reposer, Ivens lui répond " mais le vent ne vient pas, docteur ! ".
On voit aussi de grandes paraboles qui captent les ondes ; on voit et on entend le battement des ailes d’un moulin ; au début du générique, on peut lire " capturer l’image invisible du vent ".

Tout ou presque dans le film de Joris Ivens me ramène à ma propre quête du vent aux Îles d’Aran, mon “autre histoire du vent“.
Départ dans quinze jours tout juste. " Jamais de vent, ça doit être mortel " s’exclame Ivens ; j’en parlerai aux habitants d’Aran ! Ivens se lamente encore " Jamais de vent pour me caresser...

" Je ne sais plus quoi faire de cette tranquillité ". A la fin, le cinéaste regarde l’horizon et demande " Quel est ce bruit ? ".
Je veux enregistrer l’intranquillité des Îles d’Aran. (à suivre)
Texte et photographies © JGC

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