Antisémitisme, antijudaïsme,... Quelles origines pour ces exclusions?

Antisémitisme, antijudaïsme,... Quelles origines pour ces exclusions?
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Où et quand l'antisémitisme est-il né? Quelle est la différence entre l'antisémitisme et l'antijudaïsme? Réponses avec Joël Kotek, historien et politiste à l'ULB, auteur du Dictionnaire de la Shoah.

Pour certains historiens, il faut retourner au IIIe siècle et à l’Egypte de Ptolémée pour retomber sur les racines de l’antisémitisme. Pour Joël Kotek, historien et politiste à l’ULB, l’antisémitisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle les juifs sont les ennemis du genre humain, remonterait plutôt au XIIe ou XIIIe siècle. "Même si", reconnaît-il, "il y a déjà de l’antijudaïsme philosophique ou religieux avant cette période."

Par ailleurs, il y a effectivement une énigme en ce qui concerne l’Egypte alexandrine, car une certaine hostilité se développe à l’encontre des juifs, ainsi qu’un certain nombre de mythes les concernant, notamment celui du crime rituel.

Antijudaïsme et antisémitisme : quelle différence ?

L’antijudaïsme est le rejet du Juif pour ce qu’il est, c’est-à-dire un juif, et pour ce qu’il fait. Dans l’Antiquité, les juifs posent question. Ils croient en un dieu unique, ce qui pose problème dans cette Egypte polythéiste ; ils croient en l’immortalité de l’âme, ne sacrifient pas leurs enfants handicapés et pratiquent le shabbat, ce qui les fait passer pour des paresseux. De tout cela, les Romains vont se moquer. "Néanmoins, ils ne sont pas vus comme des gens dangereux, aucune haine n’est développée vis-à-vis d’eux", nuance Joël Kotek.

Il ne faut pas voir de fatalité dans la haine des juifs. Dans certaines sociétés, il n’y a aucune trace de haine envers eux. Par exemple, dans l’Empire romain, on pouvait être juif et sénateur romain. Jules César lui-même protégeait les juifs, ainsi qu’Auguste. En Chine, en Inde, ou dans l’Afrique préislamique, il n’y pas de traces d’antisémitisme.

"L'origine de la haine, c'est la haine des origines"

L’antisémitisme est un phénomène historiquement daté qui procède du judaïsme en tant que tel. "Une phrase résume bien la situation : "l’origine de la haine, c’est la haine des origines". Et c'est bien le problème qu’ont eu les pères de l’Eglise et ensuite les pères de l’Islam vis-à-vis de cette religion matrice", explique le politiste. 

Le meilleur moyen qu’ont trouvé les pères de l’Eglise a été de leur accoler cette idée de déicide, en faisant du meilleur ami de Jésus, le juif Judas, le responsable de la mort du Christ. Toute la difficulté qu’ont rencontrée ces Pères a été de gérer ce rapport difficile avec un peuple dont le Christ était issu.

Une exception juive transformée en minorité

Les Romains recherchaient une religion de salut et parallèlement, une série de cultes se disputaient l’âme des romains. Il faudra attendre l’empereur Constantin pour qu’arrive la victoire de l’une sur toutes les autres. C’est lui qui a imposé lentement mais surement le christianisme à l’ensemble de la population. Ce qui explique en partie le sentiment anti judaïque assez puissant, c'est l'interdiction d’autres cultes que le christianisme.

Ceci étant, la seule religion tolérée dans l’Empire chrétien sera le judaïsme. Il y aura donc une exception juive dans cet empire, qui va finir par les transformer en bouc-émissaire, puisque les juifs seront la seule minorité au sein de l’empire chrétien.

 

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