Améliorer les processus d'apprentissage de l'enfant pour éviter les radicalismes !

Instituteur de formation et aujourd'hui professeur de psychologie à l'Université Paris Descartes, Olivier Houdé est l’auteur du livre " Apprendre à résister. Pour l’école, contre la terreur ", paru aux éditions Le Pommier.

Il est le premier en France et l'un des premiers au monde à avoir articulé l'imagerie cérébrale et la psychologie expérimentale de l'enfant.

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Dans son livre, il soulève deux questionnements : Comment apprend-on ? Et peut-on améliorer les processus d'apprentissage ?

Olivier Houdé a élaboré une théorie révolutionnaire pour décrire l'apprentissage, notamment chez l'enfant. A l'aide de l'apport conjugué de la psychologie et des neurosciences, il a isolé une fonction essentielle du cerveau : la résistance cognitive.

Olivier Houdé nous explique la genèse de cette découverte au travers de nombreux exemples chez les bébés, les enfants et les adolescents. Et nous montre comment on peut la mettre en œuvre pour améliorer l'apprentissage, à tout âge !

"Toute la difficulté de la construction de l'intelligence consiste à résister aux automatismes de pensée, aux automatismes cognitifs qui tuent l'intelligence. Ce n'est pas seulement l'automatisme moteur mais ce sont aussi nos automatismes de pensée. C'est pourquoi je consacre un chapitre important au contrôle de soi, pour la tolérance et la paix, dans le cadre du terrorisme mondial. C'est à dire que c'est dès l'école qu'il faut éduquer à la résistance cognitive, c'est à dire aux pseudo déductions, aux manipulations du raisonnement. Et cela se fait très tôt dans des activités simples de dénombrement, de catégorisation et ensuite de raisonnement."

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Apprendre à résister dès l'enfance aux automatismes de la pensée © DIRK WAEM - BELGA

L'apprentissage est pourtant basé sur la répétition, sur les automatismes ?

"C'est vrai que pour apprendre, on répète. Mais ce n'est que 50 % de l'apprentissage dans le cerveau. (...) Mais dans quelques cas, ces automatismes de pensée, ces heuristiques, nous piègent et il faut que la partie avant de notre cerveau, le cortex pré-frontal, soit capable de les inhiber, pour activer ce qu'on appelle les algorithmes. (...) Et c'est le coeur de l'intelligence."

 

La résistance cognitive pour prévenir le terrorisme ?

"On se rend compte que nous adultes, très souvent on est irrationnel, on raisonne de travers, on fait des pseudo-déductions, même les journalistes, même les politiques. Mon livre a comme sous-titre "Pour l’école, contre la terreur" parce que ce sont ces failles du raisonnement, cette fragilité du cerveau auxquelles on n'a pas appris à résister depuis l'enfance, qui sont le terreau de la radicalisation, de l'endoctrinement des jeunes les plus faibles. Et c'est la racine du problème contemporain, du terrorisme mondial, et du fait que même des personnes éduquées qui ont les algorithmes logiques ou moraux peuvent très bien les court-circuiter par défaut d'inhibition de croyances, d'émotions qui viennent à tout moment envahir le cerveau."

 

On n'apprend pas par la peur

"Le cerveau de l'élève, à tout moment, a toujours un espoir de récompense en quelque sorte, qu'elle soit même cognitive, de curiosité. Et il faut qu'il reçoive un retour, une évaluation sur son travail, en continu, et ça doit être une évaluation motivante, c'est à dire l'erreur positive à partir de laquelle on se corrige pour résister à un automatisme. Mais en aucun cas une sanction car on n'apprend pas par la peur. Il faut une sécurité affective positive pour apprendre. Dans un état de peur, on restera figé sur ses automatismes et on n'ira pas plus loin."

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Les explications et exemples d'Olivier Houdé, à écouter ici dans Tendances Première !

A noter qu'Olivier Houdé donnera deux conférences publiques à l'Académie Royale de Belgique les 21 et 22 novembre à Bruxelles, dans le cadre du Collège Belgique. Le thème : "La neuroéducation: une nouvelle science pour l'école ?"

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