Amélie Nothomb publie 'Soif' : "Je ne suis pas folle au point de me prendre pour Jésus"

Amélie Nothomb : "Cela fait 50 ans que j’ai envie d’écrire cette histoire"
Amélie Nothomb : "Cela fait 50 ans que j’ai envie d’écrire cette histoire" - © Albin Michel

Qui dit rentrée littéraire, dit Amélie Nothomb ! Elle publie 'Soif', son 28e roman, aux Editions Albin Michel.

Amélie Nothomb tient à ce rendez-vous de la rentrée, qu’elle honore chaque année depuis 1992. "C’est devenu pour moi comme un rendez-vous amoureux. Et donc ça m’importe énormément. Je le vis avec un très grand plaisir et une très grande angoisse. […] Je me dis : est-ce que je vais être à la hauteur encore cette fois-ci ?"


Au nom de Jésus

Dans ce dernier roman, Amélie Nothomb écrit à la première personne, mais ce n’est pas n’importe quelle personne, puisqu’elle parle au nom de Jésus.

"Cela fait 50 ans que j’ai envie d’écrire cette histoire. J’avais deux ans et demi quand mon père m’a parlé de Jésus pour la première fois. Cela a été un coup de foudre absolu, un coup de foudre héroïque. […] J’ai trouvé ce type formidable, c’était mon grand copain, c’était mon meilleur ami, mon ami imaginaire. Je lui parlais dans ma tête, il me répondait, c’était formidable."

A l’adolescence, Amélie Nothomb a découvert que Jésus était aussi quelqu’un qui avait été crucifié, qui avait accepté d’être crucifié, et qu’on y voyait même la chose principale qui lui était arrivée. De là, sa fâcherie avec Jésus : comment pouvait-il prétendre que la crucifixion allait nous sauver et que c’était un geste d’amour ?

Elle a commencé à écrire à 17 ans, et cette envie d’écrire sur Jésus a correspondu au moment où elle a découvert la souffrance, à son entrée dans l’adolescence. "Cela a été un très grand choc. Auparavant, j’étais une enfant très heureuse, tout allait très bien. Et je ne pensais pas que la souffrance me concernait. Et puis quand j’ai compris que la souffrance c’était pour moi aussi, alors oui, j’ai éprouvé le besoin de parler de Jésus."


La notion de martyre

Dans ce livre, Amélie Nothomb évoque, avec une grande tendresse pour Jésus, son éducation, sa sexualité… Elle franchit ainsi une forme de tabou tacite, même si telle n’était pas son intention.

"Je n’ai pas écrit ce livre dans le but de scandaliser qui que ce soit. J’ai écrit ce livre pour ne plus me déchirer intérieurement avec cette question. Le mot n’est pas trop fort. Cela fait quelques dizaines d’années que cette question me rend malade, la question du sacrifice du Christ présenté comme nécessaire. C’est une question qui, à mon avis, rend malade une grande partie de notre civilisation. Nous vivons encore dans une civilisation du sacrifice et du martyre, nous le voyons tous les jours, et pas seulement chez les chrétiens."

"Comment peut-on nous présenter la notion du martyre comme une valeur ? C’est une question terriblement grave et j’ai essayé d’y répondre en posant la question à la première personne, en mettant Jésus sur la croix. Soyons tout à fait clairs : je ne suis pas folle au point de me prendre pour Jésus. Ce que j’ai vraiment voulu, c’est l’accompagner aussi près que possible, quand il est sur la croix."

 

" Pour éprouver la soif il faut être vivant "

C’est en éprouvant l’amour, la mort ou la soif qu’on se sent vivant, écrit Amélie Nothomb. Pour elle, la soif permet d’accéder au plus grand état de mysticisme et c’est un état intéressant qu’il faut cultiver. L’idée de ne pas étancher tout de suite sa soif est aux antipodes de notre société, où nos désirs sont comblés immédiatement. Il faudrait veiller à ralentir nos vies, à installer un délai entre le désir et sa satisfaction, à refuser l’hyper-consommation.

Le roman évoque aussi la pleine conscience, le fait de prendre conscience de chaque sensation. L’auteure pratique cette discipline autant que possible.

"Pour moi, l’application la plus absolue de la pleine conscience, c’est l’écriture. C’est le moment où je parviens enfin à être totalement présente à mon acte et à ma conscience et c’est vrai que ce sont des moments d’une force extraordinaire."
 

Ecoutez l’entretien complet avec Amélie Nothomb dans Le Mug, ici

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