Alzheimer : des nouveaux traitements pour diminuer les symptômes

Pour la première fois, alors que depuis des années tous les essais sur des médicaments avaient échoué, le laboratoire américain Biogen annonce une avancée : une diminution des symptômes de la maladie. Réelle promesse ou futur espoir déçu ? 

Jusqu'ici, malgré les recherches importantes, malgré une meilleure maîtrise des mécanismes de la maladie, il n’existe aucun moyen de stopper la maladie ou d’en guérir. Cette maladie est multifactorielle, explique la neurologue Catherine Gillain. Elle dépend d'une susceptibilité génétique : la combinaison de certains gènes avec certaines molécules dans notre corps peut nous rendre plus sensible. Cela dépend aussi du bagage intellectuel et cognitif. On sait aussi que des maladies comme l'hypertension artérielle, le diabète sont des facteurs favorisants.

La maladie commence avant la démence. Il y a un délai énorme entre la mise en route de la maladie dans le cerveau et les premiers symptômes. On doit essayer de comprendre les mécanismes le plus précocement possible pour pouvoir les identifier le plus précocement. On ne pourra enrayer la maladie que si on peut être tout juste au départ du processus pathologique.


Quel traitement et quand ?

Faut-il détecter tous les biomarqueurs et traiter tous les gens qui présentent ces biomarqueurs, sachant que tous ne vont pas forcément développer la maladie ? Pour Catherine Gillain, c'est non : on n'a de toute façon pas encore de traitement, en dehors de ce scoop qu'a lancé Biogen fin octobre.

Les traitements actuels, les anticholinesterasiques, sortis au début des années 90, sont basés sur un processus qui est la résultante du processus pathologique. Deux protéines s'amassent de façon anormale à l'intérieur du neurone ou entre les neurones, provoquant une cascade de modifications du fonctionnement. C'est l'action anormale combinée de ces deux protéines qui permet à la maladie d'Alzheimer de se développer.

Ces médicaments agissent sur le symptôme, pas sur la cause. C'est pourquoi ils sont sujets à polémique et on pense à les supprimer, sans doute aussi parce qu'ils coûtent cher. Mais l'important est de les donner au bon moment, c'est-à-dire aussitôt que possible, et les arrêter quand la maladie a trop évolué. Tant qu'on n'a pas d'alternative, Catherine Gillain ne pense pas qu'ils doivent être supprimés.

Avec ces médicaments, on agit sur le quotidien, on booste les neurones qui ne sont pas encore malades. Mais petit à petit, les neurones fonctionnels vont être de plus en plus éloignés les uns des autres et vont finir pas ne plus arriver à se parler. Cela reste donc du traitement symptomatique.


Une réelle avancée

On vise depuis le début des années 2000 à agir directement sur ces protéines anormales. On a créé une sorte de 'vaccin' qui développe des anticorps contre ces protéines anormales, pour casser la transformation à son début. Il ne s'agit pas d'un réel vaccin dans la mesure où il n'est pas préventif. Il n'est pas question de l'administrer à tous.

Le laboratoire américain Biogen, qui y travaille depuis des années, a observé une diminution des symptômes de la maladie et de réels progrès cliniques, et annonce qu'il mettra le produit sur le marché dans un an.

Cette nouvelle est très importante pour la recherche, très encourageante. Si une telle molécule arrive sur le marché, cela incitera les laboratoires et les pouvoirs publics à continuer les efforts, pour trouver des molécules de plus en plus précises.


La prévention

"La jeune génération a intérêt à écouter les conseils préventifs.
Le plus important c'est la qualité du sommeil et de l'alimentation.
Il faut diminuer le stress oxydatif,
permettre au corps de fonctionner selon son horloge biologique
et ne pas le forcer dans tous les sens."

En attendant les progrès de la médecine, il vaut donc mieux avoir une alimentation saine, équilibrée et variée, privilégier les anti-oxydants, notamment les flavonoïdes qui donnent la couleur aux fruits et légumes, les oméga-3 , les bonnes graisses, les bonnes protéines, pas trop de sucre, de produits trop raffinés, trop cuits.


Les erreurs de diagnostic

Il faut savoir qu'il y a 30% d'erreurs cliniques dans le diagnostic de l'Alzheimer. Pourquoi ? La maladie augmente avec l'âge : 20% à 80 ans et 40% à 90 ans. À cet âge, on présente beaucoup de co-morbidité. Il n'est donc pas rare d'avoir des lésions vasculaires. L'association Alzheimer/démence vasculaire est d'ailleurs très fréquente.

Si on agit sur des cerveaux qui ont d'autres co-morbidités, les traitements sont souvent voués à l'échec. Les troubles peuvent en effet être dus à un autre type de démence, l'Alzheimer ne représentant que 60% des démences. Les examens paracliniques, neuropsychologiques par exemple, permettent d'affiner ce diagnostic d'Alzheimer.

La dépression est aussi l'une des grandes causes de grands troubles de la mémoire. Ecoutez ici les explications de Catherine Gillain dans Tendances Première.

À lire aussi, l'article Alzheimer: une "lueur d'espoir" après l'annonce surprise de Biogen

 

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