Alimentation, massage, respiration abdominale : les bactéries de notre ventre doivent être respectées !

À la découverte du ventre et de ses bactéries
À la découverte du ventre et de ses bactéries - © Pixabay

De toutes les parties du corps, le ventre occupe une place particulière. Ces dernières années, de nombreux ouvrages lui ont été consacrés. Pourtant il reste beaucoup de mystères. Marcel Roberfroid a décidé de faire parler les bactéries qui nous habitent. Un voyage passionnant où l’on comprend les liens qui grâce au ventre, nous unissent au monde bactérien mais aussi à toute la nature.

Marcel Roberfroid est docteur en sciences pharmaceutiques, professeur d’université, enseignant-chercheur en biochimie, toxicologie et nutrition, adepte du bouddhisme. Son livre : À la découverte du ventre et de ses bactéries (Ed. Josette Lyon).

Le ventre est défini comme cette partie de l’abdomen qui contient les deux intestins : l’intestin grêle et le gros intestin ou colon. "Mais le ventre, c’est bien plus que cela !", explique Marcel Roberfroid. Il y a d’abord tout un système nerveux entérique qui fait partie des intestins. Il y a aussi le système immunitaire, qui est localisé pour 80% dans le ventre. Il y a des activités hormonales. Sans compter les milliards de bactéries qui y séjournent… Une multitude de fonctions qui rendent donc le ventre très complexe.


A l’origine de tout, les bactéries

La vie est née dans les bactéries, il y a 4 milliards d’années. Les bactéries sont restées seules sur terre pendant 2 milliards d’années, ce sont elles qui ont favorisé l’apparition de l’oxygène. Elles sont à la base de toutes les formes de vie, chacune de nos cellules dérivant d’associations de bactéries. Elles sont indispensables, nous ne pouvons pas vivre sans elles dans ce monde non-stérile. Si elles disparaissent, nous disparaissons.

"Nous avons parfois des pratiques un peu inquiétantes, comme le fait de tout vouloir stériliser avec des produits commercialisés qui prétendent supprimer 99.9% des bactéries. Si on fait vraiment cela, notre vie disparaîtra, mais les bactéries continueront à vivre sans nous".


Sauver le microbiote en péril

Sur l’ensemble de la biomasse sur terre, il y aurait 10 millions de bactéries différentes. Chacun d’entre nous a dans son colon 400 à 500 espèces différentes. Ce qui fait la qualité du microbiote, c’est justement cette biodiversité. Dans notre société, elle a tendance à diminuer, or elle est essentielle. Dans les tribus primitives africaines, on observe 30 à 40% de diversité bactérienne en plus que chez nous.

Comment renouer avec cette biodiversité ? Via l’agro-écologie. Pour Marcel Roberfroid, 'la terre intérieure' est notre microbiote et 'la terre extérieure' est le microbiote du sol ; les deux sont reliés.

Pour avoir bon ventre, il faut avoir bonne terre.

Si la terre où poussent nos légumes ne contient pas ce microbiote indispensable, ils ne seront pas de très bonne qualité. Le mot humus a d’ailleurs la même racine que humain et humilité, témoignant de ces liens très forts. Marcel Roberfroid s’effare de voir qu’on fait pousser des plantes qui n’ont jamais vu la terre et les bactéries indispensables qu’elle contient. Les intolérances alimentaires pourraient être le symptôme de la révolte de notre microbiote qui se dégrade.

Le microbiote est un écosystème, c’est un ensemble qui est actif et qui doit être respecté. C’est une symbiose où la vie est partagée.

 

Le rôle du ventre

  • Le ventre, c’est donc cette association de deux organes, les intestins, avec les bactéries et avec le système immunitaire qui se développe à partir des bactéries.
  • Le ventre a aussi une fonction hormonale. Quelques dizaines d’hormones sont produites à l’intérieur des intestins. Elles régulent entre autres l’appétit, en lien avec l’assimilation des aliments.
  • L’intestin a une fonction de protection. Le tube digestif est une barrière vers l’extérieur du corps, qui empêche que les virus ne passent.
  • Les bactéries désactivent certains éléments toxiques, nous protègent contre des pathogènes qui pourraient provoquer des maladies graves.
  • Le ventre est aussi ce système nerveux entérique, soit 200 millions de neurones et une connexion avec le cerveau via le nerf vague. La majorité des informations qui circulent dans ce nerf partent du ventre vers le cerveau, et pas le contraire.


Spiritualité et ressenti du ventre

Il est essentiel de nourrir les bactéries de manière physiologique mais aussi de manière spirituelle. Marcel Roberfroid fait une distinction entre le fait d’alimenter et de nourrir nos bactéries.

  • On ne parle pas assez de la nécessité d’alimenter les bactéries qui doivent recevoir les éléments physiologiques nécessaires, essentiellement par une variété de végétaux. Il faut d’ailleurs augmenter la diversité alimentaire au niveau végétal : légumes, légumes racines, produits fermentés comme la choucroute, mais aussi le kéfir, le yaourt, minéraux et vitamines. La cuisson à la vapeur, la cuisson à basse température sont à privilégier. Respecter le rythme de la terre, les saisons, est aussi essentiel. Enfin, il est recommandé d’éviter les antibiotiques qui détruisent nos bactéries.
     
  • Nourrir le ventre, c’est veiller à entretenir au maximum son énergie vitale, et ce n’est pas seulement physiologique ! C’est la notion du ressenti du ventre, de la connaissance sensible, de la sentience.
    Pour la pensée orientale, pour le bouddhisme en particulier, le centre du corps est dans le ventre.
    Le ventre est la seule partie de notre corps qui n’est pas protégé par une paroi osseuse, ce qui veut bien dire qu’on peut le toucher, le masser, le sentir.


Massage et respiration

Marcel Roberfroid consacre beaucoup de temps à ressentir son ventre, à ressentir la vie à l’intérieur de son corps. La pratique est essentielle, via le massage ou le Chi Gong.

Le massage chinois Chi Nei Tsang peut être auto-pratiqué. Les effets sont magiques : il relance la digestion, décolle les organes, soulage le dos, libère tension et émotions. Car le ventre est le siège de l’origine des émotions.

Quand nous pratiquons de façon consciente la respiration abdominale, pendant quelques minutes, cela provoque un massage naturel dans le ventre, très bénéfique pour les bactéries et pour notre microbiote.

Voyons donc les bactéries comme une formidable usine complexe, mais aussi comme un formidable symbole de la vie, comme une symbiose, un dialogue entre elles et nous.

Pour retrouver Marcel Roberfroid dans Tendances Première, c’est ici

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