Alimentation durable : tous à la même enseigne?

Alimentation durable : tous à la même enseigne ?
Alimentation durable : tous à la même enseigne ? - © Bees Coop

L’alimentation durable est l’un des grands défis de notre société. Mais tout le monde y a-t-il accès ? Les publics les plus précarisés sont-ils laissés de côté ? Quelles sont les conditions pour rendre l’alimentation durable accessible à tous ?

Le projet FALCOOP répond à ces questions, à partir d'une expérience menée pendant 3 ans à la BEES Coop, à Schaerbeek. Les résultats de cette recherche sont présentés dans un webdocumentaire intitulé 'Tous à la même enseigne ?'.

Une fracture sociale est manifestement en train de se creuser autour de l'alimentation, explique Catherine Closson, collaboratrice scientifique au CEESE de l'ULB (Centre d'Etudes Economiques et Sociales de l'Environnement). C'est la raison pour laquelle il a été décidé de mener une étude à ce sujet. 

BEES Coop est le magasin qui a été choisi pour cette expérience. Il est établi à Schaerbeek et vise un accès à l'alimentation durable et de qualité pour tous. Il propose aussi un espace de rencontre, un soutien aux filières agro-écologiques, des projets divers...

Via des enquêtes et diverses activités, le CEESE a observé pendant 3 ans l'évolution de BEES Coop et des acteurs de quartier, depuis le tout petit garage du début et son groupement d'achat, jusqu'à la formule actuelle. 
 

Une préoccupation plus générale qu'on ne le pense

D'autres études réalisées précédemment en Belgique, sur l'alimentation bio, ont démontré que les revenus modérés à élevés ont accès à ce type d'alimentation et s'y rendent facilement, tandis que les revenus plus modestes n'y ont pas accès ou ne s'en préoccupent pas au premier chef.

Les études FALCOOP ont montré au contraire que la préoccupation était beaucoup plus présente qu'on ne le pense, chez tout le monde, avec un ras-le-bol du système alimentaire, de la qualité alimentaire qui est proposée de manière générale aujourd'hui.

Les gens regrettent le manque d'information pertinente à ce sujet : tout est dit et son contraire. Le citoyen lambda se sent un peu perdu, constate Hafid Boussouira, coopérateur chez BEES Coop. Parmi la masse d'informations qu'on reçoit, tout ce matraquage publicitaire, il faudrait une information structurée, via des canaux plus officiels. 

C'est la forte demande pour le bio qui, parmi les résultats, a le plus surpris Catherine Closson. La grande distribution l'a bien compris, y compris le hard discount.
"Mais en réalité, derrière ce vocable bio, il y a une grande confusion, une grande perte de repères, entre produit fermier, produit de saison, produit local..." 
 

Les obstacles au bio et au durable

L'obstacle du prix n'est pas un cliché, c'est une réalité, affirme Catherine Closson. Le bio reste plus cher, d'environ 30% par rapport au conventionnel, cela dépend du produit et de l'endroit où l'on s'approvisionne. Or, le budget alimentaire est très lourd pour les ménages et tout le monde ne peut pas se permettre d'augmenter son budget d'autant.

D'autres obstacles existent, comme les habitudes alimentaires, qui sont très difficiles à changer.  Ou encore comme le fait que consommer différemment, en limiter la viande, en réduisant le gaspillage, en cuisinant maison, cela demande du temps, de l'énergie et de la motivation ; il est par exemple difficile de se motiver à cuisiner, quand on vit seul.


Le principe d'égalité

BEES Coop a instauré comme principe la coopération. Le magasin appartient à ses 2400 coopérateurs, qui donnent du temps pour y travailler à tour de rôle, 2h45 minutes par mois, que ce soit en comptabilité, en informatique, en réassortiment... Une assemblée générale les réunit régulièrement.

Cette formule permet de réduire les coûts salariaux. Le principe de marge unique de 20%, l'absence de produits d'appel et de publicité, le vrac... tout cela participe à ce que les produits soient les moins chers possibles, mais en garantissant un revenu juste et équitable au producteur. En saison par exemple, les tomates bio y sont moins chères que les tomates classiques dans les magasins.
Ce projet à finalité sociale s'avère ainsi viable, affirme Hafid Boussouira.


L'égalité est-elle respectée ?

"BEES Coop a basé son projet sur l'idée d'égalité, mais on se rend compte qu'on s'adresse à un public inégalitaire et que c'est donc faussé, parce qu'on n'est pas égaux de manière générale, dans notre budget, dans notre état de santé, dans notre situation familiale et professionnelle, et tout cela impacte l'alimentation. Nous plaidons pour une réflexion sur l'alimentation qui prenne en compte la question de la justice sociale et des rythmes de vie", clame Catherine Closson.

L'inclusion fonctionne plutôt bien dans la BEES Coop, mais il y a encore du travail à faire au niveau de la mixité. Parmi la centaine d'habitants du quartier qui ont découvert le projet, peu sont devenus coopérateurs. Beaucoup ont apprécié le projet et les activités, mais beaucoup aussi n'y retrouvent pas les produits qu'ils utilisent habituellement, ont du mal à déchiffrer les étiquettes, à comprendre ce qu'ils achètent. La question du prix a été essentielle aussi, la majorité achetant habituellement chez les hard discounts.
Quant à la question du travail obligatoire, elle a été perçue de diverses manières et a suscité de nombreux débats.

Le travail d'éducation permanente se poursuit avec les acteurs de quartier. C'est un public qu'il faut aller chercher. Il y a des valeurs universelles que tous partagent. "C'est un acte politique, un acte citoyen de consommer de cette façon. Nous sommes de plus en plus demandeurs de nous réapproprier nos choix sur notre alimentation", déclare Hafid Boussouira.


Au tour du politique de prendre ses responsabilités !

Dans un premier temps, on peut privilégier les produits de saison et les produits bruts. Revenir à la cuisine maison. S'inscrire dans des groupements d'achats pour trouver des bons plans, des bonnes filières...
Mais Catherine Closson insiste sur une responsabilité politique sociétale, sur une intervention forte du politique vers quelque chose de plus durable et respectueux des hommes et de l'environnement

"Je suis contre le fait de mettre 100% des responsabilités sur les consommateurs, comme on le fait aujourd'hui. Il y a une grosse responsabilité du politique, il faut soutenir davantage les filières durables, la transition vers le biologique, mettre en place un travail d'éducation, remettre de l'ordre dans la cacophonie alimentaire..."

C'est un enjeu sociétal et politique qui ne peut pas être porté par le citoyen, il a déjà fait sa part du job.

Plus d'infos ?

Les résultats de cette recherche sont à retrouver dans un webdocumentaire intitulé 'Tous à la même enseigne ?' sur le site de FALCOOP 

Et écoutez le podcast de Tendances Première, ici

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