Alain Corbin, éloge du silence

Fernand Khnopff, Le silence
4 images
Fernand Khnopff, Le silence - © Tous droits réservés

Rencontre avec un historien de l'immatériel, sensible au détail, au goût et aux odeurs de la vie.

" Le silence n'est pas seulement absence de bruit. Nous l'avons presque oublié. Les repères auditifs se sont dénaturés, affaiblis, désacralisés. La peur, voire l'effroi suscités par le silence se sont intensifiés."

Après un superbe essai sur l’odeur, Le miasme et la jonquille, sur le son, Les cloches de la terre, Alain Corbin revient, avec Histoire du silence, sur le silence cher à son enfance, quand il allait pêcher et contemplait la rivière.

Quel rapport entretenons-nous au silence ? A la fois recherché et craint, le silence évolue. Il n'est pas le même au XVIIIème siècle que de nos jours.

Pascale Tison, pour Par Ouï-dire, a rencontré Alain Corbin dans son appartement parisien, à quelques pas du Père Lachaise.

 

Une invitation à la méditation, en deux parties.
_______________________________________________

1e partie

 

Condition du recueillement, de la rêverie, de l’oraison, le silence est le lieu intime d’où la parole émerge.

Les moines ont imaginé mille techniques pour l’exalter, jusqu’aux Chartreux qui vivent sans parler.

Philosophes et romanciers ont dit combien la nature et le monde ne sont pas distraction vaine.

Une rupture s’est produite, pourtant, aux confins des années 1950, et le silence a perdu sa valeur éducative.

L’hypermédiatisation du XXIe siècle nous contraint à être partie du tout plutôt que de se tenir à l’écoute de soi.

_______________________________________________

 

2e partie

 

Dans cette belle méditation sur le silence, Alain Corbin évoque à la fois le silence de la contrainte et celui de la libération.

Pour lui, Maeterlinck, avec Le trésor des humbles, pose une pierre essentielle à l’édifice du silence intérieur.

Il évoque aussi l’expérience de Sylvain Tesson, isolé six mois en Sibérie au bord du lac Baïkal.

Avec des extraits de Pascal Quignard, Maurice Maeterlinck, Victor Hugo et Sylvain Tesson.

_______________________________________________

Alain Corbin est un historien qui travaille sur des sensations et émotions universelles et qui en parle de manière sensible.

Dans ses recherches, ce qui l’a d’abord intéressé, c’est la réception des sons, des odeurs… De là, on passe assez aisément à l’histoire des émotions et des sentiments. Il est aussi, ou d’abord, spécialiste du XIXe siècle, une période qui a toujours été au cœur de son travail.

Il y a eu les odeurs (le Miasme et la Jonquille, qui a inspiré le Parfum de Patrick Süskind), la prostitution (les Filles de noce), le flirt (les Filles de rêves), la Douceur de l’ombre : l’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours, le Village des cannibales, le Territoire du vide : l’Occident et le désir du rivage… 

Plusieurs de ces livres sont réunis dans Une histoire des sens, qui sort dans la collection "Bouquins" chez Robert Laffont.

Alain Corbin a, petit à petit, construit une œuvre très originale, autour des sensations, du catholicisme et de la ruralité. 

_______________________________________________________________

 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

Recevoir