Ados et lecture : "On espère qu'on va rencontrer quelqu'un sur le chemin qui va nous y initier"

Les adolescents lisent-ils encore ?
Les adolescents lisent-ils encore ? - © Pixabay

On dit souvent, de façon un peu cynique, que les ados ne lisent pas. La preuve qu’ils lisent, c’est le nombre de livres qui sortent chaque année à la rentrée littéraire pour les adolescents ou jeunes adultes. La nouvelle édition de La Fureur de Lire est axée, du 16 au 20 octobre, sur la lecture pour adolescents. 300 activités, pour la plupart gratuites, sont organisées autour de la lecture dans différents lieux de Wallonie et de Bruxelles.

Les ados lisent-ils encore ? Quelles sont leurs habitudes de lecture ? Ce qui est intéressant, note Laurence Ghigny, coordinatrice de la Fureur de lire, c’est ce qu’on met derrière le mot lecture, dans cette interrogation. "On sous-entend qu’ils ne lisent pas de la littérature, qu’ils ne lisent pas les classiques. On leur dit souvent : encore devant internet ! Arrête cette BD, arrête ce manga, ouvre un roman ! Mais on peut creuser beaucoup plus loin."

En fait les jeunes lisent énormément, ils lisent des choses en rapport avec l’actualité, avec leur monde. Sur internet, il y a des booktubeurs qui font des livres, il y a des plateformes en ligne d’écriture, de critique. Ils ont besoin de fiction, de science-fiction, de choses en rapport avec leur réalité. Ils aiment les romans historiques, les romans d’amour.

"Il y a plein de choses qui leur sont consacrées, il y a plein de choses qu’ils réalisent. Alors moi, je pense que les adolescents lisent, et ils lisent bien."

 

"Elle vous prend sans prévenir"

C’est le slogan de la Fureur de Lire cette année. Mais comment déclencher ce goût, ce plaisir de la lecture ?

"On est des mammifères, on fonctionne aussi par imitation. Tout ce qu’on apprend, tout ce qu’on fait, on le fait par imitation. Si on n’a jamais personne sur son chemin qui tient un livre, qui lit des histoires, ça ne vient pas comme ça. Alors la lecture ne nous prend pas vraiment sans prévenir, mais on espère qu’on va rencontrer quelqu’un sur le chemin qui va nous initier à cela."

 

Comment décloisonner la lecture ?

Le niveau de lecture varie très fort d’une classe sociale à l’autre. 10% de la population belge est analphabète. Comment faire que ce loisir ne soit pas que de privilège ?

Pour Laurence Ghigny, les livres ont tendance à disparaître des maisons même plus aisées ; c’est la modernité qui a tendance à effacer l’objet, le support. Il est vrai que sociologiquement on se rend compte que les familles favorisées font plus de démarches didactiques, d’apprentissage.

"C’est aussi un fait de société qui a déplacé la lecture, mais je ne pense pas qu’elle soit morte. On disait dans les années 50 que la télévision allait tuer la lecture, mais il y a plein de supports qui confortent la lecture : vidéos, youtubeurs, séries télévisées, films, fan fiction… Il y a des tas de connexions qui sont en train de se faire via différents canaux qu’on dit parfois ennemis de la lecture, mais qui peuvent renforcer la lecture."

Il y a aussi des influenceurs de livres, des bookstagrameurs, des livres pour ados qui parlent de ces influenceurs, de la téléréalité, du monde.

"La littérature, c’est parler du monde dans lequel on vit, c’est nous donner une lecture de ce monde, qu’on puisse s’identifier à des personnages qui nous correspondent. Il y a des tas de formes de Madame Bovary à l’heure actuelle, qui font référence à Madame Bovary, et si l’entrée dans un manga nous permet d’entrer plus tard dans le ‘vrai’ classique, c’est gagné."


La Fureur de Lire fournit aussi de nombreux outils aux enseignants, via le plan lecture : plaquettes-livres gratuits, invitations d’auteurs en classe… Le projet Hahaha se base sur l’humour pour présenter une sélection d’ouvrages à destination des enseignants.

L’humour, Lisez-vous le Belge ?,… seront quelques-uns des autres fils rouges au programme de La Fureur de Lire 2019. Programme complet ici, sur le site de La Fureur de Lire.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK