Ado désemparé cherche société vivante

Ado désemparé cherche société vivante
3 images
Ado désemparé cherche société vivante - © Tous droits réservés

Les adultes se sentent parfois démunis pour apporter des réponses adaptées à des adolescents en grande détresse.

Comment contenir leur angoisse quand on se sent soi-même impuissant
face aux événements du monde ?
Comment être un rempart pour ces ados dont le mal-être renvoie à nos propres peurs ?

Comprendre ce qu’ils ont à nous dire nous permet de voir ces jeunes comme des acteurs aptes à changer la direction qu’une famille ou une société est en train de prendre.

Marion Robin est médecin psychiatre pour adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris à Paris.
Elle publie Ado désemparé cherche société vivante aux Editions Odile Jacob.
Elle montre dans ce livre que la créativité, l’engagement de ces adolescents peuvent aussi se faire au service de la société, pour peu que nous ayons la capacité de les soutenir, de donner du sens au monde qui est le nôtre.

_______________

Les adultes aussi sont désemparés

Quand on parle d'adolescence, on entend souvent souffrance psychique ou violences urbaines. Marion Robin a quant à elle une vision plus confiante et plus complexe aussi. Dans son livre, elle cherche d'une part à développer comment chacun a un rôle à jouer pour prévenir la souffrance des jeunes. Et elle s'interroge d'autre part sur le fait qu'on n'entende pas plus les jeunes qui vont bien, qui ont plein de choses à dire sur le monde, ou encore les jeunes adultes qui parlent de leurs engagements associatifs, du développement durable...

"On a nos projections sur les adolescents, déplore Marion Robin. On leur annonce même parfois des prophéties autodestructrices : divorce, chômage... L'adulte espère ainsi pouvoir conjurer le sort en faisant peur. Or il faut savoir que les adolescents pensent que les adultes savent l'avenir, ils ont confiance en eux et n'ont pas toujours la force de se décaler de ces prophéties. Du coup, quand on annonce quelque chose, ça produit une plus grande probabilité que l'événement arrive en réalité."

Les adultes se sentent angoissés, désemparés et un peu coupables de la société dans laquelle les enfants grandissent. "Je ressens vraiment une envie de bien faire chez les parents, même parfois un idéal du bien-faire qui peut devenir écrasant à certains moments. (...) La culpabilité est souvent liée au décalage qu'il y a entre la lucidité et l'impuissance à agir."

Les parents font beaucoup seuls. "La parentalité aujourd'hui est marquée par un grand sentiment de solitude. C'est souvent en cas de crise que les échanges au sujet de l'adolescent interviennent. "C'est dommage que tous ces échanges ne se soient pas passés bien en amont, dans la société civile, en dehors de l'hôpital, à l'école, via des associations... Un gros travail est cependant réalisé au niveau de certaines associations, mais ce n'est pas généralisé. La séparation, le divorce rend le parent encore plus seul et démuni face à l'adolescent. Un proverbe africain dit "Il faut un village pour élever un enfant". Pour l'adolescent c'est encore plus vrai. Le parent seul ne peut pas savoir comment va son enfant, qui ne lui dit plus tout. C'est tout le groupe social qui peut avoir une image complète de comment va le jeune."

Rétablir une confiance dans la société

"On a la sensation qu'en laissant son enfant aller dans cette société, on n'a pas la garantie que l'organisation sociale permet de contenir ce à quoi il peut être exposé : incivilité, harcèlement à l'école, violence... Les parents ont besoin de savoir que le collectif va être déterminé pour gérer une situation problématique, quand ils ont confié leur enfant au collectif des adultes.(...) Ce qui donne l'impression que la détermination n'est pas suffisante, c'est l'individualisation des comportements. Tant qu'il n'y a pas une concertation au niveau collectif, un état d'esprit sur des valeurs, une cohérence trouvée, chacun compose comme il peut mais avec le sentiment d'être démuni, désemparé, désarmé", déplore Marion Robin.

Marion Robin trouve qu'il manque de personnes pour parler de l'autre adolescence, qui est dans la créativité, la construction, l'engagement. Les médecins ne parlent que des choses les plus graves. "C'est dommage que les représentations qu'on a de l'adolescence soient du côté de la souffrance d'abord; ce serait bien que les choses évoluent. (...) J'essaie de restituer dans ce livre la part d'action qu'on peut avoir bien en amont pour éviter qu'on arrive parfois à l'hôpital par défaut de remparts, qui auraient pu se construire avant dans la société."

 

Se faire une place

Les adolescents vont bien mieux quand ils sont responsabilisés et rendus plus autonomes. Dans leur développement, ils ont à apprendre la capacité de demander, de recevoir, de transmettre, de se responsabiliser, de protéger, de s'engager, de construire, d'aimer... Toutes ces occasions d'apprendre, par exemple à gérer une mission, un projet, un budget, peuvent se faire bien avant d'avoir un métier. Ce sont effectivement de vraies sources de confiance en eux, quand c'est fait de manière proportionnelle à leurs compétences en fonction de leur âge, de leur maturité psychologique.

Les jeunes en arrivent parfois à des conduites suicidaires parce qu'ils sont dans une déscolarisation ou n'ont pas de diplôme. Mais au fond, quand on creuse, on s'aperçoit que ce qui est vraiment important pour eux, c'est juste avoir une place, c'est être reconnu comme une personne dans sa singularité mais aussi dans son appartenance au groupe, c'est être accueilli dans la société. "C'est le lien interpersonnel qui est en jeu, pas tellement le papier du diplôme", précise Marion Robin.

Ecoutez Marion Robin dans Tendances Prem1ère

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK