Addiction au sucre: le fléau d'une époque qui surconsomme

Tout le monde a, un jour ou l’autre, expérimenté le coup du carré de chocolat : ouvrir le placard, prendre un carré de chocolat, refermer le placard, faire deux pas dans sa cuisine et puis … revenir se servir en procédant de la même façon avec les mêmes gestes. Cela veut-il dire que nous sommes addicts au sucre?

"Dans le cas du "petit morceau de chocolat", c’est une toute petite addiction qui est à l’oeuvre mais qui peut ensuite se développer, et augmenter. Pas forcément avec le chocolat, mais par exemple avec le soda. Certaines personnes en sont à plusieurs litres par jour et là, c’est une véritable addiction", explique Bernard Pellegrin, auteur de "Sucre, enquête sur l'autre poudre"

Le sucre, aussi addictogène que la cocaïne

Avec le carré de chocolat, on est proche de la dépendance psychique avec cette tendance à la compulsion qui nous amène de façon quasi automatique vers cette substance qui soulage temporairement notre contrariété. Ceci est le propre de l’addiction. "Même si le chocolat n’a rien à voir avec une drogue dure comme la cocaïne, le sucre a des effets très puissants. Un neurobiologiste français a d’ailleurs comparé sur un rat l’effet de la cocaïne et celui du sucre et il en est ressorti que le sucre avait un effet addictogène plus important que la cocaïne", avance le professeur Philippe de Timary.

L'addiction est au coeur de notre société et c'est pour cette raison que se développe de plus en plus d'événements autour de ce thème, notamment le Forum des Addictions. Parce qu'en réalité, pour plusieurs addictions différentes (drogues, jeux vidéo, sucre,...), on retrouve les mêmes grands principes.

Comment fonctionne l'addiction?

Le commun de toutes les addictions, c'est le circuit de récompense cérébrale. Ce circuit est sensible à une série de substances, il est très utile dans la vie car il est le moteur d'actions qui permettent la survie, le plaisir, la rencontre de l'autre. Mais ce circuit peut-être pris d'assaut et usurpé par les différentes drogues que nous offre la société. Le sucre, dans sa consommation excessive, utilise ce circuit de récompense de la même manière que le font les drogues. Il peut à cet instant prendre un caractère addictif.

L'addiction clinique au sucre existe. "On rencontre parfois des personnes qui ont des envies irrépressibles de consommer des produits sucrés et chez qui il est très difficile de mettre un frein puisqu'il y a là, sans doute, un dysfonctionnement dans les processus liés à l'addiction", explique le professeur.

Enlever le sucre de notre alimentation? Certainement pas!

Cela ne veut pour autant pas dire qu'il convient d'enlever toute source de sucre de notre alimentation. Car, rappelle Bernard Pellegrin, "les glucides sont indispensables au fonctionnement du corps et notamment du cerveau. C'est bien la surconsommation de sucre qui est en cause. Le problème, c'est que cette surconsommation est devenue très commune, partagée par presque tout le monde. L'industrie alimentaire et la société de consommation en général nous poussent en permanence à consommer trop de sucre.

J’ai 58 ans, et je me suis rendu compte au fil des ans que le sucre était un dérivatif quand ça n’allait pas ou quand je rencontrais un problème dans la journée. Manger du sucre me faisait du bien en compensation.             MARIE-CLAIRE, auditrice de La Première

Alors, d'accord, on n'enlève peut-être pas tout le sucre de notre alimentation, mais on fait attention quand même à ce qu'on met dans son panier au magasin. Car en effet, 80% des aliments transformés que nous achetons en grandes surfaces contiennent des sucres cachés. Ces sucres ne sont pourtant pas nécessaires à la conservation ou à la consommation du produit concerné. "Il y a deux sortes de sucres cachés : celui qui ne se sent pas du tout et celui qui se sent et donne un petit goût sucré. Evidemment, les spécialistes du marketing savent ce qu’ils font en en ajoutant", explique Bernard Pellegrin.

Le vinaigre balsamique : de la neutralité au sucre

Le vinaigre balsamique, spécialité italienne, a peu à peu remplacé le vinaigre tout court car il est un peu plus suave et sucré. Mais aujourd’hui, surfant sur cette vague du "tout sucré", l’industrie agro-alimentaire nous propose de plus en plus de crèmes et de velours de balsamique. Quand on met ces produits dans une salade, on obtient une salade très plaisante en bouche car très sucrée, tout en restant acide. C’est le cas du vinaigre balsamique, mais aussi de plein d’autres produits qui sont passés de la neutralité au sucre : mayonnaise, ketchup, plats industriels, produits apéritifs,… "On est tombé dans ce que les Américains appellent la civilisation du sucre", prévient Bernard Pellegrin.

Pour en savoir plus sur le sucre et son côté addictif, écoutez Bernard Pellegrin et Philippe de Timary au micro de Véronique Thyberghien dans Tendances Première.

Bernard Pellegrin est auteur de l'ouvrage "Le sucre, enquête sur l'autre poudre" paru chez Tallandier. 
Philippe de Timary est professeur au service de psychiatrie adulte des Cliniques Universitaires Saint-Luc UCL.

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