[A REECOUTER] Roger Simons et les Feux de la Rampe

Aujourd’hui oublié du grand public, Roger Simons était dans les années 50, 60, 70 et 80 une immense vedette de la Radio.

Le Fantôme de la Radio vous raconte la folle carrière de ce comédien, animateur, interviewer, reporter, producteur, réalisateur et metteur en ondes de génie, récemment décédé à l’âge de 92 ans.
Toujours en mouvement, micro à la main, en studio ou dans les salles de spectacles, à la rencontre d’une vedette, à la recherche d’une voix, d’un son ou d’une ambiance qu’il pouvait enregistrer et garder pour plus tard, il laisse derrière lui une œuvre multiple, gigantesque, d’une richesse incomparable. Un patrimoine radiophonique hors du commun. Le seul du genre en Belgique francophone.

"Boulimique de travail, passionné par la radio, infatigable passeur de mots et d’émotions, Roger Simons a vécu mille vies et enregistré plus de 20.000 émissions. Il me faudrait rester à l’antenne pendant plus d’un an sans interruption pour vous faire découvrir et savourer l’ampleur du trésor qu’il nous laisse…
Mais le temps qui m’est imparti est bien plus limité. Je vais donc évoquer avec vous quelques-uns des grands moments de sa vie. Vous n’en croirez pas vos oreilles…"
 

Des débuts de comédien

Roger Simons naît à Liège en 1927, dans un modeste appartement situé au-dessus du Café des Artistes, ça ne s’invente pas. Son quartier est celui du Boulevard de la Sauvenière, envahi par de nombreux théâtres et cinémas. Enfant, il assiste à ses premières projections et représentations avec sa mère. Dans un tel environnement, on comprend que Roger Simons ne pouvait échapper à son destin. Le virus du spectacle le prend, instantanément, dès le plus jeune âge.

A la fin de la guerre, il s’inscrit au Conservatoire de Liège alors qu’il est employé dans une compagnie d’assurances. Il profite de ses moments creux pour étudier ses rôles et écrire ses premières pièces. Il débute comme figurant dans plusieurs opéras et joue dans différentes troupes locales.

A la fin des années 40, il quitte les assurances et Liège pour Bruxelles. Jeune, élégant, il se voit confier des rôles de jeunes premiers aux Galeries, au Rideau de Bruxelles, au Vaudeville, au Théâtre du Parc, au Théâtre Molière ainsi qu’à l’Alhambra, une salle de music-hall populaire très à la mode.


Une passion : la radio

Captivé par la radio, Roger Simons abandonne le théâtre et participe en tant que comédien à l’enregistrement de plusieurs dramatiques dans les studios radio de l’INR à Mons. Il est fasciné par cette expérience.

Il réalise ‘Le Comte de Monte Cristo’, qui connaît d’emblée un grand succès d’audience. Il devient alors feuilletoniste de la maison. Il adapte pour la radio de grands romans populaires : Les trois Mousquetaires, Lola Montès, Le Mystère de la Chambre Jaune, le Parfum de la Dame en noir, l’Aîné des Ferchaux, Thyl Uylenspeigel, Dan Cooper, Nick Carter ou encore Fantômas.

Installé à Bruxelles, Roger Simons construit dans sa maison à Ixelles un petit studio d’enregistrement. De mieux en mieux équipé au fil des années, ce studio lui permet de répondre aux nombreuses commandes de l’INR puis de la RTB.

Animé d’une énergie peu commune, il mène plusieurs projets de front : il réalise des fictions radiophoniques à la chaîne et met à l’antenne des émissions récurrentes telles que Ohé les jeunes qu’il anime pendant 10 ans. Un programme, comme son nom l’indique, destiné aux enfants et aux adolescents.


Les Feux de la Rampe

En 1971, Roger Simons lance une émission qui deviendra culte : Les Feux de la Rampe, réalisée en compagnie de Jacques Panier, dédiée au spectacle dans le sens large du terme. Au programme : un feuilleton radiophonique associé à des interviews, des rencontres avec des comédiens et comédiennes, des grandes personnalités du théâtre et du cinéma.

Présent avec son enregistreur portable aux festivals de Cannes et d’Avignon, toujours à l’affût lors de tous les spectacles présentés en Belgique et à Paris, Roger Simons rencontre les plus grandes vedettes de son époque : Jean Marais, Yves Montand, Jean-Claude Brialy, Danièle Darieux, Simone Signoret, Fernandel, Jean-Luc Godart, Kirk Douglas, Jean Rochefort, Arletty, Michel Simon, Josephine Baker, Henri Salvador, Claude Nougaro, Sophia Loren… Il a interviewé tout ce qui marche, rampe et vole sur cette terre.

L’émission Les Feux de la Rampe est diffusée sur le Premier Programme, le dimanche de 13h30 à 15h. L’émission trouve très vite son public et reste à l’antenne pendant 5 ans. En septembre 1976, l’émission est supprimée pour mieux réapparaître en janvier 1977 sous une autre formule. Désormais, elle est programmée une fois par mois le jeudi soir, réalisée en direct et en public depuis la Maison de la Radio à Flagey.

Son générique va marquer une génération d’auditeurs. Le magazine prend la forme d’un talk show réunissant des personnalités du spectacle. Grande nouveauté : la musique et la chanson ont aussi droit au chapitre.

Grâce à ses nombreux contacts, Roger Simons parvient à faire venir une belle brochette de vedettes à Bruxelles, parmi lesquelles : Françoise Fabian, Philippe Noiret, Bertrand Tavernier, Claude Miller, Sylvia Kristel, Richard Bohringer, entourés de grands musiciens, acteurs et metteurs en scène belges. Le but de Simons est de faire parler ses invités dans un esprit libre et décontracté, hors des impératifs de promotion.

Le succès est au rendez-vous. L’émission passe à deux numéros par mois, diffusés le jeudi à 20h sur le Premier Programme.

Nous sommes en 1978. Profitant du passage de Jean-Louis Trintignant à Bruxelles pour Les Feux de la Rampe, Roger Simons demande au comédien français d’enregistrer une lecture du Petit Prince, le chef d’œuvre d’Antoine de St Exupéry. Les deux hommes s’enferment dans un studio de la RTB, place Flagey, et plient l’affaire en une nuit. En dessous de la voix de Trintignant, Simons ajoute une musique du groupe Tangerine Dream. Une incroyable audace qui s’avère payante…


Le goût du voyage

A la fin des années 60, Roger Simons a l’idée de consacrer une émission à ces voyageurs au long cours, ces explorateurs qui filment leurs aventures et leurs découvertes, dans les coins les plus reculés de la planète, pour ‘Exploration du Monde’. 

Roger Simons propose d’interviewer les auteurs de ces films. C’est ainsi qu’il crée ‘Le magazine des explorateurs’, sur le Premier Programme. Il y invite les plus illustres d’entre eux : Alain Bombard, Maurice Herzogh, Roger Frison Roche ou encore Paul-Emile Victor.


Écoutez ici Le Fantôme de la Radio
une émission préparée par Eric Loze
avec le précieux concours de la SONUMA
l’entreprise qui prend le plus grand soin des archives audiovisuelles de la RTBF
Enregistrement et montage : Maxime Lambert
Programmation musicale : Olivier Depris
Recherches : Martina Gozzini

 

À écouter aussi, l’hommage de Par Ouï-dire à Roger Simons. Thierry Genicot avait recueilli ses souvenirs de radio et assistait à ses funérailles ce vendredi 20 septembre. Avec les témoignages de Mijanou Loosen et Philippe Simons.

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