A quand des imams belges formés au Maroc ?

Comment améliorer la formation des imams ? La question se pose chez nous comme dans beaucoup d'autres pays, y compris les pays de tradition musulmane. Les phénomènes de radicalisation, de terrorisme, inspirés par une interprétation déviante des textes, ont en effet mis en évidence certaines carences dans l'encadrement des communautés musulmanes.

Le Maroc a développé une véritable expertise en la matière.
La Belgique pourrait-elle s'en inspirer ? Voire sous-traiter la formation de ses imams ?

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Des formations adaptées à la nationalité de chaque étudiant

De nombreux pays ont subitement réalisé que l'encadrement des communautés musulmanes avait été trop longtemps négligé. Le Maroc a parfaitement intégré cette demande.

A l'Institut Mohammed VI de formation des imams, à Rabat, sont formés des Marocains, des Africains, des Français... Chacun y reçoit une formation différente selon le pays d'où il vient, de façon à prendre en compte chaque contexte particulier.

"J'ai ressenti le besoin de me former pour pouvoir acquérir une meilleure connaissance de l'islam et avoir les moyens de corriger certaines incompréhensions sur le terrain par la suite.", explique un étudiant français. "Le but de la formation est de ramener les musulmans à l'esprit de religion, de tolérance, de vivre ensemble, de paix."

Le directeur de l'institut Mohammed VI précise : "Pour la formation des imams en Europe, l'imam doit être à la base européen. Il doit connaître la langue, avoir grandi dans une société européenne, connaître les habitudes, les traditions, les problèmes des jeunes... S'il se forme au Maroc, il aura besoin d'un programme spécifique qui lui permette de représenter au mieux l'islam dans son pays."

Le Mali compte sur cette formation marocaine pour lutter contre l'influence des salafistes djihadistes qui déstabilisent le pays. 500 imams maliens sont formés au Maroc. "Ce sont des communicateurs au pays, des transmetteurs des messages de paix au pays, dit le représentant du ministère malien des Affaires religieuses. On ne peut pas combattre les terroristes avec les kalachnikovs ni les lance-roquettes. Les terroristes ont d'abord lavé le cerveau des gens. Ce qu'on doit faire aussi, c'est laver le cerveau des gens en leur montrant que ce que font les terroristes n'est pas l'islam vrai, l'islam de tolérance, de paix, de juste milieu."

 

L'imam, un statut peu valorisé

La fonction de traduction des soucis, des aspirations, des rêves de nos sociétés doit être prise en main par un vrai leadership, explique le directeur d'un centre de recherche et de formation sur l'islam, à Rabat. "Si on laisse le vide devant des traducteurs non vertueux, les extrémistes en profitent pour s'accaparer des rênes des masses et s'autoproclamer comme étant les traducteurs de leurs soucis, rêves et aspirations. Il faut donc d'urgence former les bonnes autorités religieuses et autres, qui immuniseraient les fidèles et leur permettraient une pratique vertueuse et constructive."

Mais le statut d'imam est souvent déconsidéré au sein de la communauté, constate l'islamologue belge Michaël Privot. Certains imams vivent dans une extrême précarité. Le croyant musulman est dans une ambivalence par rapport à l'imam : à la fois, c'est quelqu'un qui articule la parole de Dieu et peut donner des avis sur certaines choses et avoir un certain crédit. Mais socialement, il n'en a pas vraiment, ce n'est pas un boulot valorisé.

 

Des imams belges au Maroc ?

Le ministre des affaires étrangères, Didier Reynders, a mené des missions exploratoires au Maroc et en Algérie. "Je souhaite qu'on mette toutes les hypothèses sur la table. Mais évidemment mon souhait premier est que nous ayons la capacité chez nous, en Belgique et avec des pays voisins, de développer cette formation sur le territoire européen, avec une pratique clairement adaptée au contexte européen, aux valeurs européennes. En y intégrant dans les programmes notre manière de concevoir la relation entre l'Etat et les convictions religieuses et philosophiques. C'est la grande différence avec le Maroc, où on a une intégration de la religion musulmane dans les structures de l'Etat, ce qui n'est évidemment pas notre façon de voir les choses."
 

Vers un islam de Belgique 

Sociologiquement parlant, l'univers cultuel musulman est encore très ethniquement marqué, ce sont les mosquées dites d'origine. Il faudrait aujourd'hui pouvoir composer avec les transformations générationnelles qui ont un esprit critique, un recul, un souci de relations avec d'autres pays ou d'autres expériences d'islam en Europe. Il faudrait prendre un peu de tout ce qui se fait de mieux et construire de manière autonome son propre modèle. 

L'objectif serait d'installer un véritable islam de Belgique, en phase avec la société. Dans les faits, regrette l'islamologue Michaël Privot, personne n'y travaille, les résistances sont importantes. Celles de l'empreinte étatique notamment, la pratique de la religion étant très liée à la culture et au besoin de ces Etats de continuer à s'assurer une loyauté des descendants de leurs concitoyens. Sans parler des intérêts économiques, géo-stratégiques qui encouragent un contrôle des Etats sur leurs communautés.

 

Découvrez le reportage complet de Daniel Fontaine

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