Les béguines étaient-elles les premières féministes?

Les Journées du Matrimoine proposeront 2 promenades au départ de la Place du Béguinage de Bruxelles
Les Journées du Matrimoine proposeront 2 promenades au départ de la Place du Béguinage de Bruxelles - © Wikimedia commons

Quels sont les lieux bruxellois hérités du travail des femmes ? Qui étaient les béguines, et comment leur habitat était-il organisé ? Où les femmes se réunissaient-elles pour s’instruire, s’entraider, et travailler ? Comment et en quoi toutes ces femmes ont-elles marqué et façonné la ville telle que nous la connaissons ? Autant de questions qui trouveront des réponses lors des premières Journées du Matrimoine à Bruxelles, le week-end du 28 et 29 septembre 2019.

Ces premières Journées du Matrimoine à Bruxelles sont organisées par L’Ilot et L’Architecture qui dégenre. L’objectif de ces deux jours est de mettre en exergue l’héritage matrimonial architectural, urbanistique et social de la capitale, mais aussi de soulever la question fondamentale de l’accès au logement et à la propriété pour les femmes.

Un Jour dans l’Histoire part à la rencontre du matrimoine historique et culturel de Bruxelles, en compagnie d’Apolline Vranken, architecte, fondatrice de la plateforme L’Architecture qui dégenre, et organisatrice de ces premières Journées du Matrimoine à Bruxelles. Et de Marianne Puttemans, historienne, romancière et chargée de cours à l’ULB, où elle enseigne depuis plus de 20 ans l’histoire de l’architecture.


Premier lieu de matrimoine : les béguinages

L’appellation matrimoine est apparue en 2010 pour désigner les biens matériels et immatériels hérités des femmes. On crée ainsi un parallèle au patrimoine et on met en avant l’implication des femmes dans la construction des villes, dans l’apport artistique et politique.

Les deux promenades prévues lors de ces journées débutent toutes deux par la Place du Béguinage, au centre de Bruxelles ; c’est là que se trouvait le grand béguinage de Bruxelles.

Les béguines, c’est un mouvement apparu au 12e siècle dans le nord de l’Europe. C’est un mouvement séculier et laïque, les béguines ne prêtent pas voeu, elles peuvent donc être propriétaire, bâtir. Elles ont ainsi édifié des béguinages à la typologie particulière, très riche.

C’est une époque où il y a trop de femmes par rapport aux hommes, beaucoup étant morts aux croisades. Les couvents n’ont pas la place pour accueillir toutes ces femmes, ils imposent par ailleurs souvent une dot pour pouvoir y entrer.


L’organisation dans les béguinages

Les béguines ne demandent pas de dot et vont pouvoir se construire une vie de religieuses, non contemplative, mais ouverte sur la ville. Elles vont porter secours aux malades, travailler avec les guildes, avoir un rôle urbanistique en décidant de la construction de leurs maisons et du tracé de leur quartier… Le problème est qu’elles ne sont pas véritablement un ordre religieux et ne dépendent pas de l’autorité d’un abbé. Elles vont être souvent accusées de choses et d’autres, en particulier d’hérésie.

Les béguines y vivent en colocation, ou, quand elles en ont les moyens, seules, avec une servante. Cette liberté n’existe pas pour les véritables couvents.

Il existe deux typologies de béguinage :

  • le béguinage à plan de cour, avec un patio central et un jardin pelouse, où les béguines sèchent le linge qu’elles nettoient pour les riches familles
  • le béguinage à plan de ville, avec des petites rues, qui découle de la typologie de la ville

Ce modèle des béguinages va inspirer, au 20e siècle, les urbanistes et les architectes pour les cités-jardins ou les cités ouvrières.


Les béguines, un mouvement féministe ?

Dans son livre Des béguinages à l’architecture féministe. Comment interroger et subvertir les rapports de genre matérialisés dans l’habitat ? (L’Université des Femmes, 2018), Apolline Vranken relève que les béguines, accusées d’hérésie, tout comme les sorcières, ont été identifiées par certains historiens comme les précurseuses des mouvements féministes : pour la première fois en Europe, un mouvement se sépare de toute autorité masculine.

Ce modèle d’habitat va inspirer des néo-béguinages, des nouvelles communautés, mixtes ou non, qui reprennent cette appellation de béguinage, avec ce socle historique et symbolique : partager certaines tâches du quotidien, des valeurs comme l’enseignement, le soin aux malades, l’altérité…

La vocation sociale des béguinages a traversé l’histoire, car on loge encore des personnes défavorisées dans ces lieux. C’est l’un des rares cas de continuité sociale dans le tissu urbain bruxellois. Le béguinage est un lieu d’engagement, de militantisme.

Ces femmes travailleront en association avec des guildes commerçantes. Dans le quartier des Marolles, se développeront des ateliers de draperie et de tapisserie. Les femmes en seront les petites mains mais elles auront aussi les contacts avec les fournisseurs, avec les tanneurs, elles créeront le lien social, entre autres avec la paroisse.

Les guildes ont des règles très strictes. L’homme est le seul qui peut travailler, mais on a parfois besoin des mains des femmes, notamment pour les métiers très durs physiquement. En montrant cette abnégation, jugée positive par l’Eglise, elles prouveront qu’elles ne sont pas des sorcières hérétiques, et elles iront ainsi jusqu’à la rédemption.

Plus d’infos sur les Journées du Matrimoine à Bruxelles ici et ici !

 

Ecoutez la séquence de Romain Detroy, qui évoque encore les dentellières, ou les femmes architectes dont on parle trop peu.

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