A la découverte des trésors cachés de La Louvière

A la découverte des trésors cachés de La Louvière
4 images
A la découverte des trésors cachés de La Louvière - © Le Mill

A l’occasion du 150e anniversaire de la commune de La Louvière, l’exposition Trésors cachés sort des réserves l’impressionnante collection artistique communale. D’Anna Boch à Pol Bury, d’Anto Carte à René Magritte, cette sélection parmi 1200 œuvres offre un témoignage méconnu ‒ car rarement exposé ‒ des orientations artistiques en Hainaut.

Ces oeuvres sont des trésors non seulement au niveau du marché de l'art, mais aussi parce qu'elles mettent en avant des artistes comme Magritte ou Anto Carte, ou encore des artistes régionaux oubliés par le temps, précise le commissaire de l'exposition Benoît Goffin. Il est historien, animateur du cercle des amis de Mariemont, chargé de cours à l'ULB.

En 2019, il est essentiel de se pencher sur ce patrimoine méconnu, voire inconnu du public. En cet anniversaire, la ville a voulu marquer le coup par cette exposition et par la publication d'un catalogue où les 1200 oeuvres sont présentes, accompagnées d'articles de spécialistes.

L'exposition suit le fil de l'histoire culturelle et artistique de la ville de La Louvière, depuis sa création en 1869. Les oeuvres mettent en évidence les traditions populaires, la fête, la liesse, le carnaval, mais aussi le paysage industriel, le monde du travail, le labeur ouvrier dans la faïencerie ou la sidérurgie.
 

La naissance d'une nouvelle ville

La ville nouvelle émane en 1869 de Saint Vaast, la commune mère. Le hameau industriel se développe en effet tellement que se pose la question de l'indépendance de cette nouvelle commune, qui sera La Louvière. Victor Boch est le fondateur de cette industrie faïencière. Il jouera un rôle essentiel dans la vie culturelle de la ville, en fondant les Amis de l'Art, un cercle qui vivra jusqu'en 1988. 

Dans l'exposition, on y voit symboliquement, comme première oeuvre, un tableau impressionniste d'Anna Boch, la fille de l'industriel. Elle fréquente les plus grands artistes de son temps, elle sera d'ailleurs la seule à acheter une oeuvre à Van Gogh, de son vivant.


Les Amis de l'Art

La fin du 19e siècle voit l'avènement de l'art moderne. Les peintres sortent de leurs ateliers, s'affranchissent des conventions surannées et osent représenter ce qu'ils voient autour d'eux : la vie quotidienne, les effets du progrès, les joies et les souffrances du peuple. 

À Mons, le cercle artistique organisateur du Salon du Bon Vouloir fera figure de pionnier. À La Louvière, un groupe d'amateurs éclairés se lance peu après dans l'aventure. 1908 voit la création des Amis de l'Art, avec entre autres Anna Boch, Charles Catteau et Pol Leduc. En 1927, une politique d'acquisition est mise en place qui permettra à La Louvière de développer une politique culturelle impressionnante.

La première salle de l'exposition a été mise en scène comme l'étaient les expositions en 1920 : les murs sont couverts de haut en bas de multiples tableaux. Tous les artistes figuratifs sont représentés, la plupart hennuyers, qui ont fréquenté d'abord l'Académie de Mons, avant de passer à celle de Bruxelles, comme Louis Buisseret. C'est une peinture académique, avec une technique irréprochable.


Le groupe Nervia

L'exposition se poursuit par un ensemble d'oeuvres cohérent, celui du groupe Nervia. Créé en 1928 par Anto Carte et Louis Buisseret, il expose pour la 1e fois cette année-là, aux cimaises des Amis de l'Art.

Le fossoyeur, d'Anto Carte (1918), est à mettre en parallèle avec le poème d'Émile Verhaeren : Au cimetière. Les visages et les mains sont très présents. Ce sont des êtres pensants, qui montrent une très grande intériorité. L'expressionnisme est mâtiné de symbolisme, avec une influence de la peinture Renaissance italienne. Les tonalités sont très sombres, Anto Carte parle directement du monde du travail en Hainaut. Il délaissera malheureusement très vite les peintures à accents sociaux pour aller vers une peinture décorative, aux sujets désincarnés. 

Louis Buisseret est non seulement peintre mais aussi enseignant. Il va former des générations d'artistes à l'Académie de Mons et il sera un acteur majeur de la scène artistique hennuyère.


Ruptures et Tendances contemporaines

Parmi les grands noms de la scène artistique en Hainaut, il y a Achille Chavée, poète et héros du surréalisme et de la résistance au fascisme. En 1934, il fonde à La Louvière le premier regroupement surréaliste en Belgique : Ruptures, qui prône un non-conformisme total par rapport à la culture bourgeoise.

Un vent de contestation se lève sur La Louvière, comme le montre au MILL un mur où les tableaux sont exposés de guingois. Robert Liard fonde en 1935 Tendances contemporaines, un cercle qui va accueillir tout ce qui est avant-gardiste, tous les peintres qui ne trouvent pas leur place au sein des Amis de l'Art, jugés trop frileux.

En 1935, le cercle Tendances contemporaines monte une exposition surréaliste avec Magritte, Miro, Dali.

Achille Chavée persuade la commune de La Louvière d'acheter le tableau In memoriam Mac Sennet de Magritte. L'argent de la vente est donné à une oeuvre philanthropique pour les enfants des réfugiés de la guerre d'Espagne.

Ecoutez dans l'émission la suite du parcours artistique de La Louvière et découvrez jusqu'au 29 septembre au MILL - Musée Ianchelevici, Place communale 21, à La Louvière, l'exposition Trésors cachés. Un siècle de collection artistique à La Louvière (1869-1969)

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK