"A l'hôpital, un enfant n'a pas peur de la mort, il a peur d'avoir mal ou d'être abandonné"

"A l'hôpital, un enfant n'a pas peur de la mort, il a peur d'avoir mal ou d'être abandonné"
"A l'hôpital, un enfant n'a pas peur de la mort, il a peur d'avoir mal ou d'être abandonné" - © Tous droits réservés

L’hôpital est un lieu qui fait peur. En tant qu’adulte, on peut avoir des difficultés à en parler avec notre enfant, surtout s’il va devoir y effectuer un séjour. Pourtant, "l’hôpital terrorise plus l’adulte que l’enfant", prévient Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons.

L’hôpital bouge les angoisses absolues de l’adulte - incertitude, solitude et finitude – car "on sait qu’on va tous mourir mais on ne sait pas quand", et "ceux qu’on aime vont aussi mourir". Même pour des maladies relativement bénignes, le séjour de l’enfant à l’hôpital provoque beaucoup de mécanismes d’angoisse chez l’adulte. L’adulte a peur que son enfant meure à l’hôpital, c’est aussi simple que ça.

L’angoisse nous empêche de nommer les choses, tout cela flotte autour de nous et nous prend à revers. On installe un climat angoissant voire anxiogène sans nommer les choses. L’enfant risque de s’en apercevoir. Et cet enfant a aussi des angoisses mais elles ne sont pas fixées encore.

A la veille d’une anesthésie, le parent a beau vouloir préparer son enfant, ça reste une petite mort pour lui. On craint que l’enfant ne se réveille pas. Que faire dans cette situation? Se préparer à rendre les choses aussi confortables que possible, en les nommant.

Parler de ses émotions et non de ses états d’âme ou sentiments

Oui, il y a une grande différence entre émotions et états d’âme. Une émotion, c’est par exemple la peur. Elle ne se contredit pas, ne se discute pas, on a le droit d’avoir peur. "Une maman qui dit à son enfant qu’elle a peur ou qu’elle est triste que son enfant aille à l’hôpital, ça n’est pas contestable", explique le psychopédagogue.

Par contre, l’état d’âme intervient lorsque notre cortex se met en mouvement et qu’on interroge son émotion. La peur se transforme en inquiétude. Dès qu’on est inquiet, on transforme son émotion en autre chose, et ça devient beaucoup plus difficile d'en discuter avec l’enfant.

Au-dessus des émotions et des états d’âme, viennent les sentiments. "Si l’on dit à notre enfant qu’on est terrorisé, on entre dans le champ des sentiments et c’est encore plus complexe à gérer". Le sentiment, c’est lorsque l’état d’âme s’installe dans la durée.

L’enfant a peur de l’inconfort et de la séparation avec ses parents

Bref, avoir peur que son enfant aille à l’hôpital et lui dire, c’est très bien car l’enfant attend cela comme mouvement. "Souvent pour qu’il puisse lui-même réconforter son parent", avance Bruno Humbeeck.

Ce qu'il faut retenir en matière de séjour à l'hôpital, c'est que les peurs de l'enfant et de l'adulte ne sont pas du tout les mêmes. L’enfant qui va à l’hôpital n’a pas peur de la mort, il a peur d’avoir mal. De plus en plus souvent dans les hôpitaux, le corps médical explique aux enfants que la douleur ne va pas durer en installant un petit chronomètre à côté de l’enfant et en lui disant que la douleur va durer de " l’aiguille là à l’aiguille là ". L’enfant se concentre sur ce qu’il voit et maîtrise ainsi sa douleur.

Pour en savoir plus sur les séjours d'un enfant à l'hôpital, écoutez la séquence dans son intégralité

 

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