5 millions de détenus : l'enfer du Goulag

L'enfer du Goulag
L'enfer du Goulag - © Dmitriy Bezzubenko - Getty Images/iStockphoto

Près de 18 millions de personnes sont passées par ces camps de l'URSS entre 1920 et 1960. Où se trouvaient ces camps ? Qui étaient les prisonniers ? Pour quelles raisons étaient-ils enfermés ?

Le goulag désigne le système de travail pénitentiaire administré par la police politique sous Staline et ses successeurs, des années 1920 à 1960. On parle de milliers d'unités carcérales et productives qui sont réparties sur tout le territoire soviétique. A son apogée, au début des années 1950 près de 5 millions de personnes étaient détenues, sur une population de 178 millions.

Le goulag hors des clichés

L'image traditionnelle du goulag est ce camp entouré de miradors et de barbelés, situé en pleine Sibérie, dans un climat des plus difficiles. Pourtant, ces camps là étaient minoritaires. Il existait en fait deux formes d'enfermements. D'abord un système de camps de concentration qui se met en place dans les années 30. Ensuite il y avait les villages d'exil. Au moment de la collectivisation des terres, à partir de 1929, le régime va envoyer des milliers de soviétiques dans des villages, dans des lieux où ils sont livrés à eux-même, et où ils doivent s'organiser pour construire et survivre.

La géographie du goulag nous apprend que hors les quelques camps qui se trouvaient dans l’extrême-orient soviétiques, de nombreux goulags et villages se trouvaient près des centres urbains et industriels de l'URSS. C'est dans les lieux les plus stratégiques du pouvoir, dans le centre du pays.

Des millions de prisonniers

Qui était envoyé dans les goulags ? Au départ, c'était les "koulaks", des paysans ayant pu acquérir leur terres et avoir une certaine aisance. Ensuite, les opposants politiques comme les trotskistes. Et petit à petit les cibles vont augmenter. Certains groupes sociaux comme les bourgeois, les anciens nobles, les anciens militaires sont envoyés dans les camps. Certains groupes ethniques aussi comme les Polonais, les Allemands, les Coréens, les Japonais, les Chinois sont jugés déloyaux. S'ajoute les délinquants de droit commun : les voleurs, les prostituées... Ils sont tous l'objet de la répression stalinienne.

Varlom Chalamov, un prisonnier parmi d'autres

Varlam Chalamov, journaliste, écrivain, est arrêté pour "activité trotskiste contre-révolutionnaire". Il est condamné à cinq ans de détention et envoyé dans la Kolyma, cette région à l'extrême-est de l'URSS, au-dessus du cercle polaire arctique. Une région que l’on appelle le " pays de la mort blanche ". Chalamov veut mourir : mal nourri, abruti de travail dans les mines d'or, gelé par le froid polaire, battu par les autres détenus … Il survit.

En 1943, il écope d'une nouvelle condamnation, de 10 ans , pour " agitation anti-soviétique ". Son tort : avoir considéré l’écrivain Ivan Bounine, prix Nobel de littérature, comme un classique de la littérature russe.

Plus tard, dans ses "Récits de la Kolyma", Chalamov , qui aura passer vingt-deux ans de sa vie au goulag, écrit :"Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un "crevard", un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard."

 

 

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