2150 : Pourquoi Jeff Bezos raconte que nous allons coloniser l'espace

Futur Simple imagine la vie d'une personne dans un futur plus ou moins proche. Un petit moment de fiction pour mieux cerner les enjeux du futur. Raison pour laquelle, ce récit du futur est suivi d'une rencontre avec un expert, un scientifique, un philosophe, un journaliste qui décrypte ce qui, dans le présent, trace la marche vers le futur.

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2150 : Pourquoi Jeff Bezos raconte que nous allons coloniser l'espace © Tous droits réservés

Début août 2150

Un dernier regard sur la piste de décollage. Et elle s’en ira, calée dans le siège de la fusée qui l’emmène vers la colonie galactique. Sur l’écran transparent, juste devant elle, la petite plume bleue apparaît. Virevolte. Se pose. Puis les images défilent. Et font apparaître ce monde qui sera le sien pour les 5 prochaines années. Elle a 18 ans. Et l’université Blue Origin se trouve dans l’une des colonies. 

Les images montrent un grand parc, des collines, des chemins dans la forêt, des animaux qui gambadent. Entre les arbres surgissent les briques rouges et la tourelle blanche. Reproduction, lui semble-t-il vaguement, d’une prestigieuse Université qui a dû exister jusqu’au siècle dernier sur la côte Est des Etats-Unis. 

C’est la première fois qu’elle quitte la Terre, sa famille n’a pas encore entamé la transhumance intergalactique. Pas encore rejoint un de ces gigantesques cylindres dans lesquels les nouveaux mondes sont en train de se construire. 

Il y fait toujours beau (paraît-il), toujours bon. Pas de pluies, pas de tempêtes, pas de tremblements de terre. 

Chacun des cylindres peut contenir un million de personnes, mais tous ne sont pas habités. La production d’énergie se fait en périphérie du soleil. D’autres cylindres abritent usines les plus polluantes. 

A terme, 1000 milliards d’êtres humains pourront s’installer un peu partout dans le système solaire. La Terre ne sera plus que l’origine de ces êtres humains. Trop petite. Trop peu de ressources. La Terre, un grand musée, berceau de l’humanité préservé… auquel on retourne, comme en pèlerinage. 

Un signal la tire de sa rêverie. Un plateau repas apparaît devant elle. Plume bleue sur la serviette, plume bleue sur l’emballage.Un léger tremblement. La fusée s’élance à la verticale. Le gaz liquide utilisé par le propulseur crache des flammes bleues. Une gigantesque plume enlace la carlingue. Direction les Villes de l’Espace.

Aujourd'hui ?

 

Ce récit du futur n’est pas tout à fait inventé. Il va puiser dans la vision qu'en livre l'homme le plus riche du monde : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. Il a très précisément explicité tout cela le 10 mai 2019, lors d’une conférence (toujours disponible sur YouTube) où il expose cette idée de la transhumance intersidérale. Le déménagement de l’humanité dans l’espace, là où les ressources sont illimitées.

Benoît Berthelot est journaliste pour le magazine français Capital. Pendant 3 ans, il a mené l'enquête auprès des salariés et des cadres du géant de la vente en ligne. Il en a écrit un livre "Le Monde selon Amazon", paru aux éditions Cherche Midi. 

FS : Quelle est la vision, aujourd'hui de Jeff Bezos ?

BB : Il imagine, via sa société qui s'appelle Blue Origin, que dans 150 ans, une grande partie de l'humanité vivra dans l'espace. Que tous les gens vivront dans des énormes cylindres en apesanteur dans l'espace, qui resteront en apesanteur. C'est une vision inspirée par un astrophysicien qui s'appelle Gerard K. O'neill, qu'il a regardé dans sa jeunesse à la télévision. il n'a jamais quitté cette vision. Il part du principe que, de toutes façons, la planète Terre est complètement polluée, complètement saturée de gens et qu'elle le sera encore plus à l'avenir. Pour lui, la seule solution sera de s'exporter dans l'espace, d'y vivre et d'y produire, de mettre toutes les industries les plus polluantes en orbite. il va commencer par conquérir la Lune, y établir une base. Il a un partenariat avec la Nasa pour yu aller dès 2024. 

A chaque fois, il met en place un système, une technologie et il la rentabilise en la mutualisant à toutes les entrepises. c'est ça aussi le génie de Jeff Bezos !

 

FS : Ça veut dire que Jeff Bezos raconte un futur lointain, hypothétique, mais qu’il peut utiliser, voire rentabiliser à court terme ?

BB : Cette vision à long terme, elle sert à sidérer tout le monde. Elle sert au moins à justifier tout l'argent qu'il investit chaque année, des milliards chaque année, dans cette compagnie spatiale et dans l'envoi de satellites. C'est un business qui va devenir rentable rapidement.  Il a déjà mis en place des lanceurs et des fusées qui sont réutilisables, ce qui doit baisser le coût de la conquête spatiale. On peut penser à Elon Musk qui a déjà mis en place ce genre de fusée. ils sont sur le même concept : Elon Musk vise mars, Jeff Bezos vise la Lune ce qui est plus proche de nous, puisque dès 2024, Donald Trump veut envoyer des hommes sur la Lune et Jeff Bezos a mis en place à la fois des fusées et un alunisseur qui s'appelle Blue Moon et qui doit permettre de mettre en place des bases spatiales sur la Lune.

FS : C'est quoi la stratégie, à long terme ?

BB : Mettre en place des infrastructures qui sont en suite utilisées par d'autres. Amazon a mis en place, dans le monde, un réseau logistique avec des entrepôts et des systèmes de livraison très perfectionnés, qui sont utilisés aujourd'hui par toutes les entreprises qui veulent vendre sur Amazon. Amazon a aussi mis en place des serveurs très importants pour héberger son site web. Maintenant, ces serveurs sont utilisés par des entreprises du monde entier comme Google, Netflix, Apple... Ca s'appelle le cloud et c'est la division d'Amazon qui est la plus rentable, aujourd’hui. C'est pareil pour l'espace demain. Ces fusées deviendront des navettes vers l'espace, utilisées par tous. A chaque fois, il met en place un système, une technologie et il la rentabilise en la mutualisant à toutes les entrepises. c'est ça aussi le génie de Jeff Bezos !

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