1967 en France, pas de duel à mort mais bien à sang

S’ils ne sont désormais présents qu’en fiction, il n’y a encore quelques années les duels existaient réellement. Le 21 avril 1967 sonne le dernier combat de l’histoire de France. Entre cape et épée, retour sur une pratique qui a marqué l’histoire.

 

 

C’était il y a 52 ans, le dernier combat à l’épée de France. Ce jour-là, le débat est houleux à l’Assemblée nationale. Gaston Deferre, maire de Marseille et président du groupe socialiste, est à la tribune. Il ne cesse de se faire interrompre par un député gaulliste, René Ribière. Profondément agacé, Defferre finit par lui lancer : « Taisez-vous, abruti ! ». Ribière ne supportant pas d’être ainsi insulté publiquement, exige des excuses que le maire lui refuse. Le gaulliste décide d’envoyer ses témoins pour exiger réparation. L’offensé a le choix des armes : Defferre choisit l’épée.

Le 20 avril, les protagonistes conviennent de se retrouver le lendemain, l’épée à la main dans un jardin d’une villa de Neuilly. L’arbitre est un autre député gaulliste, Jean de Lipkowski. Il est chargé de mettre un terme au combat à la première goutte de sang versée.

 

 

Un combat qui fait débat

« Être amené, à notre époque, à se battre en duel est grotesque et démodé », dira Gaston Defferre. L’opinion est partagée par le général De Gaulle et le président de l’assemblée, Jacques Chaban-Delmas. Ce dernier a d’ailleurs tenté de jouer les conciliateurs pour éviter d’en arriver là. En vain.

Le pouvoir n’était généralement pas friand de ces combats. Quelques siècles plutôt, le cardinal de Richelieu finit même par les faire interdire dans tout le royaume de France. A l’époque, le duel était devenu une véritable mode et pour survivre il était préférable d’avoir un bon maître d’armes. Sous le règne d’Henri IIII qui a duré seize ans par exemple, on dénombre environ 8000 morts dans ces combats. Soit 500 par an, ou trois tous les deux jours. Une véritable hécatombe.

Il y avait une raison profonde à cette pratique : pour cette noblesse batailleuse qui avait conquis ses titres sur les champs de bataille, se battre en duel était une manière de provoquer le pouvoir, de protester contre l’absolutisme royal. A tel point d’ailleurs que le duel finit par être considéré comme un crime de lèse-majesté. Cela poussera Richelieu à les interdire. Pourtant, le duel va perdurer et connaître un nouvel âge d’or au 19e siècle. Beaucoup de souverains seront indulgents face à cette pratique qui jouit d’une image favorable, en raison de son panache.

 

 

Une pratique qui se démocratise

Au 19e siècle le duel n’est plus l’apanage de la noblesse. Les bourgeois, les écrivains, les politiques et les journalistes y recourent volontiers. Souvent, le pistolet remplace l’épée.

On se duelle aussi en Belgique puisqu’un ministre a notamment été condamné pour s’être battu en duel. Il est encore bien connu des Scharbeekois. Il a laissé son nom à une avenue : Félix Chazal. Le bonhomme devait être irascible car il s’était déjà battu contre un député et puis contre un général qui avaient critiqué son action. Rebelote en 1865 où il envoie ses témoins à un député anversois mais cette fois, il perd son duel. Il est blessé et de surcroît il est condamné en justice pour avoir provoqué son duel.

Désormais la pratique appartient au passé. Les passes d’armes parlementaires ne sont plus que verbales.

 

 

 

 

 

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