13 février, Journée mondiale de la Radio : mais qui l'écoute encore ?

La Journée mondiale de la Radio, c'est le 13 février. Une radio qui a profondément évolué ces dernières années avec le développement du numérique. Formats et contenus sont amenés à évoluer, à s’adapter. Mais quand on peut tout écouter en replay, quand il existe des webradios, des podcasts natifs, des plateformes musicales, quel est encore l’avenir de cette bonne vieille radio ? Maintenir la radio linéaire, est-ce que ça a encore du sens ?

Analyse avec Fred Gérand, responsable de la Publication Radio à la RTBF, et Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la Production à Radio France.
 

La bonne vieille radio

En Belgique, si les premières expériences de radiodiffusion ont commencé au début du 20e siècle, c'est dans les années 30 que les choses s'officialisent. Depuis l'INR, l'Institut National de Radiodiffusion, la construction de la Maison de la Radio à Flagey, la radio a bien changé. Il y a eu l'arrivée des radios libres, des radios privées, le développement de l'offre du service public,... et depuis tout ce temps, la radio est à vos côtés, à la maison, dans la voiture, au boulot parfois. 


Linéaire, non-linéaire ?

Quand on parle de bonne vieille radio, on entend radio linéaire, une radio telle qu'on la connait, qui diffuse 24h sur 24h, avec son programme, ses rendez-vous calqués sur un horaire... Le linéaire suit une ligne du temps, imposée, nous la prenons quand on nous la livre, ou nous ne la prenons pas.

Les contenus non-linéaires, c'est l'audio à la demande, en fonction de vos goûts, quand vous voulez, où vous voulez. "Vous allez consommer un audio qui vous parle, essentiellement sur le web", précise Fred Gérand, responsable de la Publication Radio à la RTBF.


Un rôle d'accompagnement

C'est une tendance, on va de plus en plus vers l'ultra-personnalisation des contenus. C'est le cas avec la pub, c'est le cas avec les produits audiovisuels qu'on consomme : on va chercher ce qui nous intéresse, on va lire les articles qui nous plaisent.

Pourtant, pour Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la Production à Radio France, la radio généraliste et linéaire a plus que jamais sa raison d'exister : "On va vers l'ultra-personnalisation mais en parallèle, il me semble qu'il y a encore une aspiration pour des moments communs et pour ce média singulier de la radio. Je pense que la radio a une mission d'accompagnement de la vie des gens. On va chercher cet accompagnement par ces voix qu'on connaît, par cette identité éditoriale, par cette ambiance sonore".


La radio linéaire, une mission de service public ?

La mission de la RTBF en tant que service public est de toucher tous les publics, explique Fred Gérand. Parmi tous ces publics, il y a des gens qui sont connectés, d'autres qui le sont moins. Il faut savoir répondre à tous leurs usages. "Linéaire ou non-linéaire, ce qu'on sera, c'est un peu le public qui décidera. On doit être là où il est et s'adapter à ses usages".

Le linéaire est de service public quand il véhicule des propos de service public, ajoute Laurent Frisch. Mais ces propos peuvent bien sûr aussi trouver une existence sur les différents supports à la demande.
 

Le linéaire en danger ?

"Le linéaire a un avenir. Je ne crois pas à la mort de la télé, de la radio, de la presse", affirme Laurent Frisch. Les usages s'additionnent plus qu'ils ne se substituent les uns aux autres, c'est ce qu'on observe avec le recul. Internet ne détruit pas les médias qui préexistaient, il rajoute des usages complémentaires. La radio linéaire va peut-être perdre en volume d'écoute mais elle va se stabiliser à un autre niveau.

Les radios publiques ont toutes leur part à jouer, parce qu'elle ne dépendent pas de leur audience pour exister et construire des programmes de qualité.
 

Des chaînes qui deviennent des labels

À l'avenir, on pourrait parler d'une sorte de label, qu'on viendrait apposer sur des contenus disponibles en ligne. "On a déjà cette ambition de label, confirme Fred Gérand. On l'a dans les deux mondes. Par cette obsession d'être un média global, on veut être disponible sur tous les supports, on veut déployer une ligne éditoriale, par des contenus qu'on sait fabriquer pour des publics, partout. (...)

La démarche à la demande est plus active : qu'est-ce que je veux ? Ou vais-je le trouver ? A un moment donné, si j'ai envie d'être passif et de me faire surprendre, je peux me faire surprendre par la radio linéaire, et c'est ça qui est formidable."


Le podcast natif, une concurrence ?

Si on éclate les contenus en différentes séquences indépendantes les unes des autres, se pose la question de la concurrence du podcast natif. Les podcasts natifs, ce sont ces émissions audio développées uniquement sur le web et disponibles uniquement sur le web.

Laurent Frisch ne considère pas que ce soit plus problématique que l'arrivée des radios libres à l'époque. Les podcasts natifs sont au contraire de nature à stimuler. France Inter, comme la RTBF et d'autres radios, comme certains acteurs privés, en produisent d'ailleurs déjà. On y observe des formes d'écriture parfois plus audacieuses que ce que les radios se permettent de diffuser à l'antenne. C'est un nouveau terrain d'expression, une autre façon de raconter des histoires avec du son.

Fred Gérand voit ces podcasts natifs comme un laboratoire, où l'on n'a pas ces obligations de formats et de codes très institués de la radio. "On a un champ de création qui est infini et qui pourrait peut-être nous apprendre à faire de la radio linéaire autrement, au service de ce public qu'on touche déjà".


Les radios musicales : une valeur ajoutée

Pour Fred Gérand, le "plus" de la radio musicale aujourd'hui, par rapport à des plateformes comme Spotify, c'est cette fonction d'accompagnement et d'humanisation qu'elle a toujours eu. La radio, c'est quand même des gens qui parlent à des gens. Même si c'est majoritairement un programme musical, l'animateur a cette mission d'accompagner les gens dans tout ce qu'ils font. Il vous parle.

Si on pense que ces plateformes du type Spotify concurrencent les radios linéaires, "on peut peut-être se demander si à un moment donné, on n'a pas mal fait le boulot. A vouloir automatiser nos antennes, déshumaniser nos antennes avec les voice tracks (interventions préenregistrées), j'estime qu'on a déshumanisé la radio. Du coup, où est sa fonction supplémentaire par rapport à Spotify ?

Mais je crois que les auditeurs savent que c'est un être humain qui a choisi la musique, ils attendent une forme de recommandation. On a cette fonction de passeurs qu'on ne doit pas oublier. On a cette valeur ajoutée qu'on peut faire découvrir."

Laurent Frisch approuve, il ne pense pas que Spotify tue la radio, mais plutôt le marché de la musique enregistrée physique, comme le CD. Quand on va sur Spotify c'est pour écouter ce qu'on s'attend à écouter, alors qu'à la radio vous avez la possibilité de découvrir, d'être surpris et d'être dans un autre univers que celui d'un algorithme. Il y a de la place pour les deux, qui sont très complémentaires.
 

Quelle vision stratégique globale pour les 10 ans à venir en radio ?

Il est difficile de se projeter dans 10 ans. L'objectif pour les radios de la RTBF est de continuer à faire un bon boulot éditorial et de veiller à avoir une distribution pertinente et efficace.

Le podcast natif est encouragé mais il demande une production dédiée. "On pourrait très bien aussi ré-exploiter et ré-éditorialiser les archives, ce patrimoine qu'on n'exploite plus. On pourrait les mettre à disposition en ligne ou les utiliser dans le monde linéaire.
Des longs formats, comme les feuilletons, les séries autour de la musique, qui n'étaient peut-être pas en adéquation avec l'écoute linéaire, le sont tout à fait avec l'écoute à la demande et l'usage des gens dans le monde non-linéaire. Ce patrimoine appartient au public et peut leur être re-proposé",
propose Fred Gérand.

En ce qui concerne Radio France, Laurent Frisch évoque deux grandes lignes : continuer sans relâche à produire des programmes de qualité, mais avant tout s'adapter en permanence aux évolutions d'usages du public. Radio France développe par exemple la façon de transformer la radio en formats vidéo, qui permettent de rencontrer ce public qui va sur des plateformes comme facebook et youtube. Elle cherche aussi à inventer sur le web des façons de surprendre l'auditeur et de l'amener à la découverte, via le catalogue de programmes.

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