YÔKAÏ : un joyeux bordel made in Bruxelles

Ils fêteront leurs 10 ans d’existence lors d’un concert anniversaire aux Nuits Botanique, le 20 septembre prochain. En attendant la fête, le retour timide des concerts et un second album, les huit génies musiciens de Yokaï sortaient, il y a quelques semaines, leur EP Sentinelle : quatre morceaux inédits, sorte de jolie transition entre leur premier et leur prochain disque.

Savoureux mélange entre jazz, rock psyché et world music, flirtant avec les BO d’un Enio Morricone et autre Vladimir Cosma, on a rencontré deux membres de cette tribu difficilement classable et qui s’en revendique : entretien avec deux pionniers, Jordi Grognard et Yannick Dupont.

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pochette EP Sentinelle © Joal Grange

Yokaï dans le folklore japonais fait référence à des sortes de génies, démons, fantômes, qui aiment à interagir avec les humains. C’est en 2011 que va s’opérer progressivement la magie de la rencontre entre ces huit entités étranges et multi-instrumentistes : "A l’époque j’avais une résidence au Recyclart", commence Yannick "tous les mois, j’avais l’occasion de créer un nouveau groupe et de présenter un truc. Du coup, j’ai appelé Jordi, Fred Becker qui est l’autre saxophoniste et Axel Gilain, le bassiste, pour faire un concert et ça nous a bien plus". Au fil du temps, la fratrie s’agrandit et voit le quatuor doubler sa mise. Stable depuis quelques années maintenant, le line-up se compose aujourd'hui de : Frédéric Becker (saxo), Clément Nourry (guitare), Eric Bribosia (clavier), Louis Evrard (batterie), Axel Gilain (basse), Ivan Tirtiaux (guitare), Yannick Dupont (percussion) et Jordi Grognard (clarinette, flûte).

Signés sur le label Humpty Dumpty Records (Ozferti, Paradoxant, River into Lake), on dit de Yokaï qu’ils s’inscrivent dans la lignée d’une nouvelle scène belge biberonnée au jazz mais décloisonnée artistiquement, à l’instar de STUFF., Echt ! ou encore Dans Dans, offrant ainsi une musique difficilement classable, mélange de jazz, musique ethnique et rock psyché.

"Ce qui nous différencie de tous ces plus jeunes groupes, c’est qu’on est d’une autre génération. On n’a pas envie de jouer de l’électro ou du hip-hop… Il y a un côté beaucoup plus world […] On est plus influencé par de la musique à la John Zorn, une musique pas vraiment jazz mais improvisée, une musique d’avant-garde. On est plus là-dedans, dans le Krautrock aussi et dans du rock à la Timber Timbre."

On est dans le son plus que dans les notes et en cela, on se rapproche peut-être plus des rockeurs.

Moins axé performance musicale et technique, Yokaï met l’accent sur la scène et la magie du collectif : "On est dans la performance seulement scénique, c'est assez rigolo mais on est clairement pas dans le virtuose. On est dans le son plus que dans les notes et en ça, on se rapproche peut-être plus des rockeurs. On est plus dans un truc collectif, pas de place pour des solos de trois heures."

Et quant à savoir comment s’organise ce joyeux bordel sur scène (parce que oui, ils leur arrivent d’être véritablement huit) : "On s’arrange parfois pour que ça soit vraiment tight et du coup on répète beaucoup. Puis en live on a nous-même parfois envie d’envoyer péter les structures qu’on a nous-même décidées parce que sur le moment il y a plus d’énergie et que les gens dansent… Parfois donc, on a peur de tomber dans un truc trop arrangé, trop composé. Ça voyage, en concert il y a des morceaux et de l’impro… et parfois il n’y a même pas de playlist !"

Il y a presque un mois maintenant, Yokaï dégainait Sentinelle, quatre morceaux inédits issues de deux sessions d’enregistrement réalisées entre 2017 et 2019. Résolument plus écrit et électronique, ce disque marque une transition avec le précédent et le prochain à venir (automne 2021 si tout va bien). Surtout, il confirme tout le potentiel cinématographique des mélodies issues de cette formation : Entre les Roseaux, Désir Chimique, Sentinelle… Autant de titres qu’on serait prêt à attribuer à des grands du genre, tels Enio Morricone, Vladimir Cosma ou encore François de Roubaix.

Mais attention, pas de quoi se méprendre "On ne veut pas se cantonner à un truc et c’est peut-être ça aussi la caractéristique de ce groupe, c’est que c’est chouette d’être inclassables."

 

On croise les doigts mais si tout va bien, vous pourrez les retrouver : le 18.06 – Fête de la Musique – St Gilles, le 10.09 – Aralunaires Festival – Arlon et le 20.09 – Nuits Botanique - Bruxelles et le 26.09, Liège- Mithra Jazz.

 

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