Sufjan Stevens ne perd jamais

Toujours passionnant, jamais là où le public l’attend, Sufjan Stevens ose tout et séduit immanquablement. Loin de son banjo et des bons plans acoustiques, l’Américain rénove à présent sa musique au contact de l’électro et du R&B. Cinq ans après le classique Carrie & Lowell, le récent The Ascension témoigne de cette métamorphose et d’un besoin incessant d’aller de l’avant. Seul ou accompagné, c’est toujours un succès.

La vie de Sufjan Stevens est un roman. Aux frontières de la fiction et du réel, les chansons du natif de Détroit défient les années en évitant soigneusement de se répéter. À 45 ans, l’homme flirte désormais avec le mythe, prenant tranquillement le relais d’Elliott Smith et Bob Dylan dans le cœur des mélomanes. Attisés par des disques beaux et complexes, les feux de l’amour atteignent même un nouveau climax en 2018 avec la sortie de Mystery of Love, thème central du film Call Me By Your Name. À cette carte de visite, il convient encore d’ajouter une existence discrète, quasi mystérieuse. De quoi façonner une légende.

Allô maman bobo

Dans ce parcours, où la fable côtoie toujours la vérité, les sentiments s’appuient sur les mélodies pour faire vibrer la corde sensible. Entre posture mélancolique et imposture fantastique, l’artiste se profile comme l’un des musiciens – si pas " le " musicien – les plus intriguants du 21ème siècle. En passant quelques pages et en sautant des chapitres, le récit commence dans le Michigan. Dernier arrivé d’une fratrie de six enfants, fils d’un couple fraîchement divorcé, Sufjan Stevens passe l’essentiel de son temps aux côtés de son père dans un environnement médiatiquement aseptisé. Chez les Stevens, il n’y a ni radio ni télé. Pas d’info. Que du rêve et de l’imagination. Pendant les vacances, le petit Sufjan retrouve sa mère. Prénommée Carrie, celle-ci s’est remariée avec un certain Lowell Brams. Le beau-père aime la musique. À son contact, Sufjan Stevens découvre les Beatles, les Rolling Stones, Nick Drake ou Frank Zappa. Mais entre Carrie et Lowell, l’histoire tourne court. C’est que maman a un sérieux penchant pour l’alcool et les antidépresseurs. Ce cocktail explosif amplifie ses états paranoïaques et schizophrènes. Sufjan Stevens prend alors ses distances. Bien des années plus tard, au chevet de sa mère mourante, il reviendra sur ce gros raté émotionnel dans l’album Carrie & Lowell

Le rêve américain

L’amour maternel foire en beauté, mais Sufjan Stevens se console dans les bras de son beau-père. Le vieux Lowell l’aide d’ailleurs à lancer sa carrière et son label Asthmatic Kitty. Depuis la création de cette structure, en 1999, la discographie de Sufjan Stevens part dans tous les sens : un album de folktronica bourré de références bibliques (A Sun Came), une improbable rencontre pastorale entre Four Tet et Aphex Twin (Enjoy Your Rabbit), un disque de folk à la beauté lumineuse (Seven Swans), une symphonie à la gloire du périphérique new-yorkais (The BQE), un grand trip lunaire avec des ailes collées dans le dos (The Age of Adz), mais aussi une plantureuse anthologie de Noël (Songs For Christmas) ou un projet avorté : composer un disque par état américain Il n’en fera que deux, les désormais classiques Michigan et Illinois.

L’ascension parfaite

Sur le récent The Ascension, Sufjan Stevens change une nouvelle fois de cap, sans jamais perdre le nord. Branché sur des mélodies électro-pop et ouvert au R&B, ce 8ème album studio injecte une bonne dose de fraîcheur dans l’univers de cet insatiable explorateur du son. Prolifique en solitaire, le musicien prête également main forte aux autres. Son nom apparaît ainsi aux côtés d’artistes venus de tous horizons (Brother Danielson, David Garland, Kronos Quartet…), sans parler de Planetarium (projet collectif avec le compositeur Nico Muhly et les copains de The National) ou de Sisyphus, le groupe qu’il forme avec Ryan Lott de Son Lux. Récemment, le petit génie de la pop moderne s’associait de nouveau à Lowell Brams le temps d’enregistrer Aporia, une bande-son New Age aux vertus planantes et transcendantales.

Partenaire particulier

Jamais à court d’imagination, Sufjan Stevens multiplie actuellement les collaborations. Aperçu aux côtés de la Française Mina Tindle, il est au piano, mais aussi derrière le micro du morceau Give A Little Love. Il escorte également Angelo De Augustine, son nouveau poulain. Signé sur l’écurie Asthmatic Kitty, ce dernier bénéficie du soutien inconditionnel de son patron. Les voix des chanteurs se confondent ainsi sur deux singles lancés en éclaireurs (les sublimes Blue et Santa Barbara). À ce rythme-là, le petit protégé de Sufjan Stevens risque de faire sensation en 2021. Une attention médiatique dont devrait également profiter le trompettiste CJ Camerieri, alias CARM. Ce vendredi 22 janvier, ce dernier sortira un premier album solo truffé d’invités prestigieux : Bon Iver, Yo La Tengo, Mouse on Mars et, bien sûr, l’inévitable Sufjan Stevens sur un titre bouleversant (Song of Trouble). En vedette ou au second plan, le musicien demeure incroyablement passionnant. Vivement la suite.

Liens – réseaux sociaux :

https://www.instagram.com/sufjan/?hl=fr

https://twitter.com/khruangbin?lang=fr

Si cet article vous intéresse, alors écoutez Jam!

Jam est une radio de la RTBF disponible sur le DAB + et sur internet avec RadioPlayer, disponible sur iPhone, Android, Carplay, Android Auto et début 2021 sur Android TV. Jam se déguste sans modération, sans interruption, sans discours ou pub envahissante. Jam est une chaîne numérique, conçue à la main par des êtres humains, pour des êtres humains. On vous explique ici cmment écouter Jam sur votre radio DAB +, votre enceinte connectée ou votre smartphone.