Sons Of Raphael : "Nous sommes comme des dictateurs quand il s'agit de faire de la musique"

Ils sont frères, ils sont anglais et ont l’air d’être tout droit sortis des années 60. Les Sons of Raphael ont délivré le mois dernier Fully-Throated Messianic Homage, un excellent premier album mystique et spirituel. Rencontre avec Ronnel Raphael, le cadet de la fratrie.

Sept ans. Cela faisait sept années que les deux anglais travaillaient sur ce projet pharaonique. Entre Londres, Los Angeles, Paris et le fin fond de l’Angleterre, ils se sont donné les moyens de créer une œuvre qui épouse toutes les formes de leur identité. " On a toujours eu une vision très claire de ce que l’on voulait produire et on ne voulait pas faire de compromis par rapport à notre vision. Par exemple, je suis tombé sur le titre de l’album en cours de théologie il y a sept ans et on savait que ça allait être le titre de l’album, sans qu’on ait un seul morceau pour l’album. " Ils savaient d’ailleurs dès cette époque ce qu’ils voulaient comme résultat et ils ont réussi à le retranscrire en musique. Comme s’ils étaient guidés par une entité divine.

Nageant à contre-courant du système musical actuel, ils ne suivent pas la tendance de l’immédiateté et du succès fulgurant. " On n’a jamais été dans une vision à court terme. On s’est toujours dit que les musiques sur cet album sont du genre à être transmises à travers les générations. Donc on va devoir attendre quelques générations pour s’en rendre compte. Même si on ne voudrait pas être comme ces prophètes de l’ancien testament que les gens n’ont apprécié que longtemps après leur mort. " Ils dénoncent d’ailleurs le Rock & Roll d’aujourd’hui " qui atteint des sommets de mauvais goût " ainsi que les chansons d’amour qui n’en sont plus. Loral et Ronnel veulent s’inscrire dans l’histoire, devenir des icônes d’un genre, que l’on se souvienne d’eux comme les chrétiens se souviennent du messie.

Un album spirituel

Ce qui marque cet album, c’est l’introspection qu’il suggère au niveau ésotérique et, par extension, religieux. Le projet est un questionnement continu face à la religion, à l’amour ou la spiritualité. Ronnel, diplômé en théologie à Oxford, a voulu explorer la facette poétique de la bible, qu’il trouve encore plus intéressante que son côté historique. " La bible est tout au moins le livre de poésie le plus incroyable du monde. C’est le père de tous les livres. Si tu veux enlever toutes les valeurs spirituelles et l’utiliser uniquement comme un matériel poétique, ça fonctionne. Mais les gens ne font même plus cet effort là aujourd’hui. Ils ont abandonné la bible, ils n’y sont plus intéressés. Ils ne veulent plus s’intéresser à ce qu’il y a au-delà de ce qu’ils connaissent déjà dessus. " Au sein d’une génération cherchant à effacer Dieu, les frères Raphael cherchent au contraire à le faire exister par la musique.

Sons of Raphael, malgré tous les indices qu’ils laissent paraître, ne sont pourtant pas en mission pour redonner ses lettres de noblesse à la bible. Là où leur musique gagne son intérêt, c’est en laissant la possibilité à l’auditeur d’opérer ses propres choix. Comme dans la vidéo qui illustre leur morceau He Who Makes The Morning Darkness, où ils jouent avec l’expression " Godisnowhere ", qui peut être lue par certain comme " God is now here " ou " God is nowhere ". " On essaye de donner le choix aux gens. On les laisse penser eux-même. C’est quelque chose que j’aime bien car je pense que dès que quelqu’un veut acquérir un peu de sagesse, il doit se taire et écouter. Et seulement après il peut décider ce à quoi il veut s’identifier. "

« Plus tu travailles dur, plus tu es chanceux »

On ne voulait pas créer un album rétro, ça aurait été trop facile. On voulait quelque chose de futuriste. On voulait qu’on puisse qualifier l’album de post-moderne. " Au niveau musical, leur album est un ovni. Ils ont travaillé avec un grand orchestre, tout en utilisant des guitares distorsionnées ou des synthétiseurs. C’est la raison pour laquelle leur album sonne comme quelque chose de très actuel tout en gardant des sonorités 60’s. Les deux frères se sont donné les moyens de réaliser leur vision. Ils ont été enregistrer l’album au studio Vox de Los Angeles (qui a notamment servi de modèle pour le studio Goldstar de Phil Spector). Là-bas, ils ont pu compter sur les meilleurs musiciens de studio, tout en ajoutant leur patte. " On a voulu doubler nous-même tous les instruments que les musiciens utilisaient. On ne voulait pas que notre musique soit trop polie. On a grandi en écoutant du punk et je pense qu’on voulait que ça se ressente aussi. " Leur obsession du son parfait leur a également fait parcourir l’Angleterre pour trouver l’un des rares ARP 2500, dans un château reculé. Le tout en gardant toujours le même proverbe : " Plus tu travailles dur, plus tu es chanceux ". Une phrase qui leur a aidé à traverser les sept dures années de production de l’album, " sept années de famine " comme il les décrit.

Zdar et Motorbass

Imaginez un Wall Of Sound sur lequel les artistes auraient rajouté des instruments, puis les auraient tous doublés. Il y a de quoi arriver au mixage avec un bon paquet de pistes. Et pour ça, ils ne sont pas allés voir n’importe qui puisque c’est le regretté Philippe Zdar qui les a accueillis chez lui, au Motorbass. " C’était vraiment un album compliqué à mixer, même Zdar a dit que c’était le plus complexe sur lequel il ait travaillé. La première fois que nous sommes allés au studio, il a failli avoir une crise cardiaque quand il a vu le nombre de pistes puisqu’on avait multiplié chaque instrument. On devait aller à Paris pour deux semaines pour mixer l’album, on y est restés deux mois. " Au-delà de ça, ils ont décrit leur rencontre comme magique. " C’était vraiment notre meilleure expérience. Zdar est probablement la plus belle personne qu’on ait rencontré. Il traitait les machines comme si elles étaient des êtres humains. Il travaillait avec ses émotions. Je suis certain que si on y retourne, il sera toujours présent, je sais qu’il nous aidera d’où il est. "

L'homme prévoit et Dieu rit

Depuis leur premier concert dans la chapelle de leur internat de Bristol à aujourd’hui, un sacré bout de temps s’est écoulé. Mais leur volonté de créer une musique qui leur ressemble est restée intacte. Malgré leur tempérament qui leur a couté déjà deux managers. En effet, les deux cerveaux du groupes n’acceptent aucun compromis dans leurs plans. " Mon frère et moi sommes comme des dictateurs quand il s’agit de faire de la musique. Et même pour tout le reste. On n’abandonne pas, on est diplomates et on va toujours essayer de persuader les gens de travailler avec nous. " Mais depuis l’année dernière, ils font face à quelque chose sur lequel ils n’ont pas de réelle emprise : la crise sanitaire. Comme dit l’adage : " L’homme prévoit et Dieu rit. "

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