slowthai: l'enfant terrible du rap anglais met le paquet

En moins de trois ans, slowthai est devenu le plus grand espoir du rap anglais et le pire cauchemar des partisans du Brexit. Si ces derniers ont quitté le navire européen, ils vont devoir traverser les flots en compagnie d'un mec engagé et énervé comme jamais. À l'heure de son deuxième album, c'est le chambardement. Entouré par Skepta, James Blake, Denzel Curry ou A$AP Rocky, le garçon a trouvé sa profession : boxeur dans la cour des grands.

 

Deux ans après l'attaque frontale "Nothing Great About Britain", Tyron Frampton, alias slowthai, repart à l'assaut du palais de Westminster à visage découvert. Sûr de ses forces, en phase avec ses convictions, le rappeur de Northampton sort un deuxième album à son image. Baptisé "TYRON", ce disque imprime non seulement un prénom, mais aussi une identité pleinement assumée.

Le choc des pogos, le poids des mots

Héritier du grime de Dizzee Rascal, disciple des observations aiguisées d'un Mike Skinner (The Streets), slowthai s'est imposé dans l'urgence de l'instant avec un flow de démon, toujours bien dément. Au-delà de ses coups de sang et du choc des pogos, il faut surtout retenir le poids des mots. L'authenticité de ses textes lui vaut d'ailleurs le respect des rappeurs et producteurs américains. Présent au casting de "TYRON", Denzel Curry, Dominic Fike ou A$AP Rocky sortent ainsi le grand jeu sur des morceaux profilés pour le succès.

Un album en deux temps

Taillé pour la gagne, "TYRON" voit slowthai jouer sur deux tableaux. Dans un premier temps, l'Anglais enfile ses gants de boxe et tape fort. Ancrés dans les poses et la prose du rap game, les morceaux ‘45 Smoke’, ‘Mazza’ ou ‘Vex’ donnent dans la démesure et l'égo trip. Sur l'énorme 'Cancelled', slowthai s'associe une nouvelle fois à Skepta pour un uppercut à la culture numérique : une charge contre les lynchages sur la place publique et la confusion entre progrès et populisme. Puis, comme par magie, la seconde moitié de l'album met l'accent (cockney) sur le côté sensible de l'artiste. Là-dessus, James Blake et Mount Kimbie se portent au chevet du tube 'Feel Away' (un titre dédié à la mémoire du petit frère de slowthai), tandis que 'Focus' lorgne quasi dans l'assiette du gentil Loyle Carner.

Catégorie poids lourds

Tiraillé entre des sensibilités apaisées et une irrépressible envie de tout casser, slowthai achève le travail sur 'adha', un morceau ambivalent, à la fois conciliant et dérangé, un peu strident aussi, mais vraiment élégant. Beaucoup moins radical qu'autrefois (nécessité absolue de réécouter le EP "I Wish I Knew ノノ"), l'Anglais tempère son agressivité et gagne en finesse. Une stratégie gagnante pour un garçon qui, désormais, concourt dans la catégorie poids lourds.

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