Si vous aimez vraiment la musique, pourquoi l'écoutez-vous encore en MP3 ?

Spotify va bientôt rejoindre le cercle des diffuseurs de musique en hi-fi. Il était temps !  L'occasion pour nous de rappeler que le MP3 est un accident de l'histoire... et d'éveiller un peu votre conscience à la santé de vos chères oreilles.

 

Aussi curieux que cela puisse sembler, les deux principaux services de streaming musical dans le monde occidental, à savoir Spotify et Apple Music, n'ont jamais clairement évoqué leur intention de passer d'une ère de la musique comprimée à celle de la qualité CD. On pensait même ce terrain vague abandonné au profit du "tout au podcast", jusqu'au 22 février 2021, où Spotify a annoncé la disponibilité de prochaine d'une offre HiFi (haute fidélité).

L'entreprise suédoise - même si elle s'est diablement américanisée - a toujours diffusé sa musique (en Ogg Vorbis) à 128 Kbps dans sa version gratuite et jusqu'à 320 kbps dans ce que l'éditeur appelle encore la "plus haute qualité disponible". La disponibilité de la qualité CD était, peut-on lire, l'une des demandes les plus formulées par les abonnés depuis des années. La réponse s'était pourtant résumée à une expérimentation limitée dans certaines régions asiatiques, sans lendemain.

On ne sait, à l'heure qu'il est, pas quand cette nouveauté sera mise en place, ni même dans quels pays l'offre sera disponible. Pas un mot non plus sur le prix. Spotify a simplement précisé que l'option Hi-Fi serait déployée d'ici la fin de l'année 2021. De quoi se laisser le temps de voir ce qu'Apple mijote dans son coin ? Il faut dire que chez Apple, on déroule depuis des années des concepts  ("audio spatial" par exemple), on bride les capacités/codecs du Bluetooth et on bichonne les formats de diffusion propriétaires avec une constante : autant de marketing que de compression.

Pour en revenir au leader du marché, il fallait marquer le coup : Spotify s'est donc offert les services de Billie Eilish et du producteur FINNEAS (sans doute plus vendeurs que des musicologues) pour vanter les mérites de la musique en qualité CD.  C'est pourtant devenu une forme de normalité auprès de nombreux autres services. Tidal et Qobuz l'utilisent pour séduire les mélomanes (qu'on parle de son hi-fi ou de qualité studio HiRes). Le français Deezer la pratique depuis plusieurs années. Même l'offre Amazon Music s'y est convertie l'an dernier (mais pas encore en Belgique) ! Enfin, des services spécialisés comme Primephonic - en musique classique - en ont fait un atout auprès des oreilles avisées.

MP3 et qualité CD : quelle différence ?

À vrai dire, pour ne pas nous perdre dans des débats stériles, du jargon et des guerres de clan, il faut peut-être commencer par expliquer ce que sont les MP3, MP4, AAC et autres Ogg Vorbis. À savoir des formats comprimés avec des pertes.

L'avantage ? Les fichiers musicaux ne pèsent pas bien lourd : quelques Mb seulement. En contrepartie, l'algorithme qui se charge de comprimer le fichier à partir de la source laisse de côté (autant en emporte le vent) des fréquences jugées inaudibles par l'oreille humaine. Plus la compression est importante, plus on perd de parties audibles. Plus la compression est importante, plus la musique est dénuée de nuances.

Le CD était donc de meilleure qualité qu'un MP3 ? Exactement, vous avez tout compris. Nous avons donc solidement régressé en l'espace de 30 ans à peine, mais il y a une raison objective à cela : les formats comprimés ont été inventés à une époque où le très haut débit n'était pas encore généralisé. Le doux bruit des modems résonne d'ailleurs peut-être encore dans vos oreilles. Aujourd'hui, à l'heure de la fibre et des connexions mobiles 4G et 5G, le format MP3 a clairement perdu de son intérêt, si ce n'est en espace de stockage et pour des forfaits internet limités. Pire encore : il a entraîné, auprès d'une génération entière, une consommation de la musique avec perte, donc en qualité dégradée. Traduction : nous avons perdu en sensibilité et on sait combien la sensibilité importe quand on parle de musique et de chant.

Combat d'arrière-garde ? Pas vraiment non. Que celles et ceux qui prétendent "ne pas entendre de différence entre un MP3 et un CD" se gardent bien de s'en vanter. Tout le problème est là, justement.

Il est temps de retrouver la "qualité CD"

Pour tout amateur de musique qui se respecte, les choses sérieuses démarrent quand on parle des formats sans pertes (lossless), dont font partie le FLAC et le WAV. D'ailleurs, Qobuz l'explique très bien sur son site web.

Le FLAC (Free Lossless Audio Codec) est un format ouvert, dont la compression peut se faire sans dégradation. C'est ce format qui est utilisé aujourd'hui par le français Qobuz et le norvégien Tidal dans leurs offres. On peut dire que le FLAC est l'équivalent du CD audio.

Le second format est le WAV (Waveform Audio File Format). Il a été développé par IBM et Microsoft. En général, c'est un fichier sans la moindre compression, garantissant une qualité d'écoute optimale, mais avec un désavantage : les "WAV" sont parfois un peu lourds.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que Jam est née sur des fondations nouvelles. C'est en effet aujourd'hui la première chaîne de la RTBF à avoir défini le format WAV pour la musique diffusée. Cela dit, soyons humbles, la diffusion en ligne et via le DAB+ (contraintes techniques) sont encore proposées dans un format comprimé, mais tout cela va changer à l'avenir. 

 

La qualité est une question de volonté

La décision prise par Spotify de rejoindre le cercle des diffuseurs de musique sans perte doit être saluée. Elle risque toutefois de rendre l'abonnement à la musique un tantinet plus onéreux - vous entendez les plaintes et les grincements de dents ? - : les abonnements hi-fi sont en effet proposés en moyenne à 15 voire 20 euros, contre le sacrosaint prix de 9,99 pour la musique en qualité comprimée.

Peu importe, c'est un choix à faire. Il peut être salutaire quand on porte une attention réelle à la qualité sonore de ce que l'on écoute. À la subtilité. La musique sans perte, c'est aussi une forme de respect pour les artistes. À nous de rassurer la prochaine génération : les débits ne sont plus une excuse valable pour consommer des œuvres dénaturées et détériorées.

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