Sampa the Great, maîtresse de cérémonie

Sampa the Great
Sampa the Great - © Martin Schumann

De retour en Belgique après un furtif passage estival à Couleur Café, Sampa the Great attire les regards et les oreilles en cette musicale rentrée.

Lorsqu'on nait Sampa Tembo, l'usage d'un avatar semble accessoire. Pourtant, elle choisit celui de Sampa The Great. Pas comme un egotrip, plutôt comme un mantra... The Great pour ''une meilleure/plus grande version de moi-même'', explique l'artiste à ceux qui lui demande pourquoi. Après un passage remarqué sous nos latitudes au début de l'été, la publication de trois clip vidéos (dans l'ordre: ''Final Form'', ''OMG'', ''The Return'') et surtout la sortie de son premier LP faisait de Sampa l'une des attractions de la rentrée.

C'est en Zambie, l'année 1993, que Sampa Tembo voit le jour, mais c'est surtout au Botswana que la petite fille grandit et fait sa scolarité. A 19 ans, elle s'envole pour les Etats-Unis, vit successivement à San Francisco puis Los Angeles, avant de bifurquer en 2013 vers l'Australie – où elle prendra littéralement racine – pour faire des études de production audio à Sydney. Aujourd'hui, c'est du côté de Melbourne qu'elle a élu domicile et qu'elle est devenue une fierté nationale.

L'histoire débute en 2015 avec ''The Great Mixtape'', premiers faits d'armes de Sampa, publié gracieusement sur la toile le 16 octobre de cette année. Si bien des choses restent à faire et des énergies à calibrer, une chose est sûre: une rappeuse est née. Et elle a des choses à revendiquer, à l'image de ''F E M A L E'', premier single qu'on lui connait. D'un point de vue technique, la mixtape impressionne pour un premier jet... La diction est claire, le flow virevoltant, la voix signature, le phrasé frontal et assuré. La légende raconte même que toutes les parties chantées/rappées furent mises en boîte en juste deux prises. La petite a du talent et elle semble un brin énervée.

C'est Dave Rodriguez alias Godriguez, DJ et producteur de son état, qui habille de mélodies l'explosive Sampa. Et il ne tarit pas d'éloges sur celle qui donne vie à ses sons, scandant bien souvent en one-shot et recourant volontiers à l'improvisation. Tantôt Spoken word, tantôt rap mitraillette et toujours poésie engagée, qu'elle emmène sur le terrain politique pour parler de racisme, d'identité ou encore du prix – élevé – de la notoriété. Le tout tissé de rythmiques jazz, nu-soul, afrobeat, r'n'b et rap 90's, sous perfusion d'influences musicales traditionnelles africaines.

''Sampa téléphone maison''

Remarquée par la chanteuse anglaise Estelle, Sampa the Great enregistre avec elle trois titres en tandem qui se retrouvent sur son premier EP, ''HERoes act.II'' (mai 2017). Quelques mois plus tard arrive sa seconde mixtape, ''Birds and the BEE9'', qui lui permet de remporter les lauriers d'album de l'année lors de l'Australian Music Prize, équivalent du Mercury Prize. Fin 2018, Sampa publie l'excellent single ''Energy'', aux côtés de Nadeem Din-Gabisi, puis reporte la sortie de son premier LP et disparaît...

Loin de ses racines, en plein questionnement sur son identité, devenue symbole ou porte-drapeau à son insu au sein d'une industrie qui ne lui ressemble pas, et où ce/ceux qu'elle incarne n'est/ne sont pas représenté(s)... Sampa fait un pas de côté. Elle s'isole si longtemps qu'elle inquiète, ses proches mais surtout sa manager, qui aligne les messages sur sa boîte vocale. L'un d'eux servit d'interlude (''Wake Up'') sur l'album ''The Return'', ainsi logiquement baptisé au terme d'une quasi année d'isolement pour introspection. Sampa revient en juin avec le tubesque ''Final Form''. ''The Return'' atterrit dans les bacs fin septembre 2019, sou l'égide de l'épicerie britannique Ninja Tune.

Réappropriation, j'écris ton nom...

Le propos n'a pas changé, l'assurance a gonflé, la plume s'est affûtée... Sampa rappe la pauvreté, la migration, la liberté et les traditions. Elle déterre la hache sur ''Times Up'' puis ''Any day'' pour défendre la ou plutôt les cultures noires, pillées depuis l'éveil des musiques populaires par l'industrie musical et le grand capital d'Occident. Elle sonde plus profond encore la question du foyer, sur ''OMG'' et surtout ''Dare to Fly'' (“Home is my home is my self … I will reside in myself.”). Un disque brut, intense, qui mène tant à la réflexion qu'à la danse. Un disque par endroit éprouvant car très dense, à l'image du titre-générique ''The Return'', qui laisse l'auditeur entre épuisement et transe.

De retour sur le continent pour le tournage des clip vidéos de ''OMG'' et ''Final Form'' (tournés à grands renforts de masques et coiffes traditionnels, de danseurs traditionnels Nyau et de 'Black Powa!' qui claquent dans l'air), Sampa jouait pour la première fois en Afrique en avril dernier, à Lusaka, capitale de la Zambie, puis à Johannesbourg et Swaziland. Un défi qu'elle appréhendait, elle qui sans le réaliser est passée de l'autre côté, devenue depuis l'Australie une nouvelle étoile – et non des moindres – de la diaspora.