run SOFA : "On faisait du post-punk avant de savoir ce que c’était"

3 ans après leur premier album "Say.", run SOFA est de retour pour nous jouer un mauvais tour. Sur "Face It", le duo post-punk va droit à l’essentiel et livre une musique radicale et impertinente. 11 titres courts, une basse minimaliste et des textes mordants qui réaffirment l’identité du groupe carolo. Jam. a rencontré les deux cousins, Julien (Guitare) et Antoine (Voix), qui s’expriment en interview comme dans leurs paroles : en toute franchise.

Hello les gars ! Votre deuxième album "Face It" est sorti la semaine dernière. Comment s’est passée la sortie ?

Antoine : On est super content de dévoiler ce projet sur lequel on travaille depuis presque deux ans. Ça fait vraiment du bien de lâcher ce truc. On a eu beaucoup de retours positifs. J’ai l’impression que ça va toucher de nouvelles personnes aussi, sans doute des gens qui ne nous connaissent pas donc c’est très cool. On prépare notre release party au Botanique le 29/10 !

On définit souvent votre musique comme post-punk, hip-hop. Ce sont des choses qui vous parlent ?

Antoine : Le post-punk, c’est clairement un truc qui nous parle. On faisait du post-punk avant de savoir ce que c’était (rires). C’est naturel parce qu’on vient de Charleroi, une ville postindustrielle. On a envie d’une musique qui rentre dedans mais qui est en même temps réfléchie. On adore des groupes comme Black Midi et Shame. Shame ça a été un peu notre porte d’entrée sur cette scène-là. On a joué à Vilnius, dans un festival avec eux, et on a pris une énorme claque.

 

Quelle a été votre approche pour ce nouvel essai ?

Julien : La formule a un peu évolué. On se retrouve maintenant à jouer en trio, nous deux et un batteur. Ça a vraiment défini l’esthétique de ce nouvel album. Le premier était plus produit. Ici, on a essayé de faire un album qui reflète vraiment la performance live. On est arrivé en studio en étant très solide et en étant vraiment prêt à envoyer la musique. C’est la grosse différence par rapport au premier disque.

Antoine : C’est assez paradoxal puisqu’on a écrit ce deuxième album dans une période où il n’y avait plus aucun live (rires).

Cette formule à trois, qu’est-ce que ça change au niveau de l’énergie du groupe ?

Antoine : On voulait se recentrer sur nous deux, on voulait un truc plus compact. run SOFA, à la base, c’est Julien et moi. On voulait vraiment réaffirmer cette identité de duo. Comme la basse était déjà très minimaliste, on s’est dit qu’on allait essayer sans bassiste sur scène et vraiment développer notre son à nous deux, en plus du batteur qui nous accompagne.

C’est assez marrant parce que, lorsque l’on écoute l’album, la basse occupe une place centrale. Est-ce que ces nouveaux morceaux sont nés au départ de ces lignes de basses répétitives ?

Julien : Oui, c’était vraiment un parti pris d’avoir une ligne de basse très simple qui tourne en boucle tout le long de la chanson. Tous les événements, c’est le chant et la guitare qui les amènent. Chaque morceau est basé vraiment là-dessus. C’est un peu la brèche dans laquelle on s’est enfoncé. On voulait une basse minimaliste pour pouvoir construire des choses autour.

Antoine : Cette batterie assez simple et ces riffs de basse répétitifs, ça a été notre point de départ. Une fois qu’on s’est engouffré là-dedans, on a composé tous les morceaux de l’album relativement vite. On avait une idée précise de ce qu’on faisait et on a trouvé beaucoup de liberté là-dedans finalement.

C’est ça aussi qui apporte une certaine cohérence à l’ensemble de l’album…

Julien : C’était important pour nous qu’il y ait une continuité, un son, une même histoire et que chaque track soit connectée à ce que raconte l’album.

Antoine : C’est la même chose pour les paroles. Dans 5 ans, quand on écoutera ce disque, on se rappellera des émotions qu’on a ressenti en 2020 et 2021. C’est un moment particulier de nos vies. Il y a eu le Covid, les confinements. Et puis plein d’autres choses aussi, des évènements tristes et heureux. On a essayé de capturer ce moment particulier. 

"Face It", c’est une manière d’affronter cette réalité qui a parfois été difficile ces derniers mois ?

Antoine : Ce qu’on a envie de dire, c’est qu’il faut essayer de regarder les choses en face. Souvent on se cache derrière des artifices, derrière des choses superficielles. "Face It" c’est une manière de se donner la force d’affronter cette réalité qui est dure mais qui peut aussi être magnifique par moments. Il faut être prêt à passer par des montagnes russes. C'est vraiment l'idée de cet album. 

Le premier album s’appelait "Say." Finalement, vous aimez les injonctions et les titres coup de poing ?

Antoine : C’est quelque chose qu’on a au fond de nous, on n’y réfléchit pas vraiment (rires). On voulait un titre direct et brut. La pochette résume bien ça aussi. On y voit nos visages écrasés contre une vitre. L’idée c’est d’essayer de briser cette vitre et d’aller voir ce qu’il y a derrière. Mais avant cela, il faut se rendre compte qu’on est bel et bien devant cette vitre, qu’elle existe. Comprendre ce qu’elle représente, qui l’a placée là, comment la contourner… Je pars un peu dans tous les sens mais c’est ça l’idée (rires).

 

Vous avez enregistré cet album à Hasselt avec Jan Viggria, le guitariste du groupe alternatif The Guru Guru. Comment s’est passée la collaboration ?

Julien : Ça s’est très bien passé. Jan a très vite capté ce qu’on fait. On avait pas mal de références communes, c’était assez naturel. Il n’était pas perturbé par ce qu’on proposait comme musique (rires). C’était super intéressant de collaborer avec lui. En plus, c’est un mec super sympa.

Antoine : A la base, on devait partir à Bristol pour enregistrer avec Jim Barr (ndlr : le bassiste de Portishead). Ça ne s’est pas fait à cause du Covid. Il a fallu y faire face et faire des choix. Finalement, tout ça s’est bien imbriqué. On a enregistré avec Jan dans un studio plutôt "roots". Il faisait froid, il y avait une ambiance un peu industrielle, on jouait à même le sol. C’était cohérent avec la musique. On est resté là en immersion pendant une semaine à jouer les tracks le matin, le midi, le soir, quand tu as mangé, quand tu crèves de faim, quand t’es bourré, quand t’es sobre. On a vraiment pu tester des trucs et ça c’était super cool !

Toute cette ambiance se ressent sur le disque finalement…

Antoine : Quand j’écoute le son du disque, je me souviens de cette ambiance à la fois froide et industrielle mais chaleureuse aussi. Le soir, on rentrait dans notre petit Air BnB, on se mettait autour du feu, on discutait. C’était un peu comme une colonie de vacances, en fait (rires).

Vous n’avez pas pu enregistrer avec Jim Barr, mais c’est quand même lui qui a mixé le disque. C’était important de bien s’entourer ?

Julien : Oui clairement ! Il a vraiment donné un son au disque. Il a sublimé certaines choses sans pour autant sur-produire les voix, les guitares, etc. Il a donné la touche finale qui fait la personnalité de l’album.

Antoine : Là aussi, il a su capturer un moment en fait. Le mixage n’a pas pris 6 mois, on n’est pas revenu 40 fois sur les morceaux. Il voulait quelque chose d’assez brut et dès les premiers jets du mix ça a été bon. Pendant les mois de préparation de l’album, j’étais souvent au téléphone avec lui. On discutait de tout et de rien. On a fait connaissance à distance. Il savait ce qu’on voulait faire et au moment du mix, ça a été très spontané.

 

Votre Release Party est prévue au Botanique le 29/10. J’imagine que ça va faire du bien de retrouver le public et de pouvoir donner une seconde vie à ces nouveaux morceaux ?

Julien : On est super excité ! On est impatient de jouer et de partager ça avec les gens. On entre vraiment en résonance avec le public. Je pense aussi que ça va nous donner un kick d’adrénaline d’avoir un public devant nous. On sort d’une résidence et on est super chauds.

Antoine : Le but, c’est de transcender ces morceaux-là en live, de lâcher prise et d’exprimer toutes ces émotions. 

Vous jouerez également le lendemain devant un public d’enfants, pour une session "Bota Kids". Vous avez prévu quelque chose de particulier pour l’occasion ?

Antoine : On ne sait pas encore très bien mais ça va être spécial. On jouera sans doute plus doucement et on essaiera de parler entre les morceaux et de leur expliquer ce qu’on fait. Le but, c’est qu’il y ait un partage et que les enfants ne soient pas effrayés (rires).

Julien : Les enfants, ça ne ment pas quoi. Et ça c’est vraiment chouette. Même s’ils n’ont pas de références et que pour eux ce sera peut-être complètement étrange, si la musique est vraie, je pense que ça peut les toucher. Ce sera super intéressant de voir leur réaction.

Antoine : Oui, c’est clair. On a une super vidéo de deux fans de 6 et 2 ans, des tout petits fans, qui regardent religieusement nos clips (rires).

Et eux, ils approuvent le projet ?

Antoine : Oui, à 100% (rires) !

 

"Face It", le nouvel album de run SOFA, est sorti le 8/10 sur le label Cloudshaper.

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