Reinel Bakole, notre nouvelle reine afro-soul

© Sebastien Stockis

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Reinel Bakole est une jeune artiste belge d’origine congolaise que l’on suit depuis ses débuts, ou presque, et que l’on aime beaucoup. Jam. a rencontré celle qui, du haut de ses 23 ans, est sans aucun doute la nouvelle voix de l’afro-soul belge.

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© Nas Hosen

Si cela fait deux ans maintenant qu’elle s’est tournée vers la musique, Reinel vient pourtant d’une autre discipline : la danse.

Alors Reinel, peux-tu nous expliquer ton parcours de danseuse et ce que ça représente pour toi ?

J’ai commencé à l’âge de 8 ans et demi, grâce à une amie à moi qui prenait des cours. Je suis allé la voir et j’ai été sublimée par la beauté, par les mouvements. Plus jeune, j’ai toujours dansé à l’école ou avec mes copines. Je me rappelle même avoir organisé une valse parce qu’il y en avait une dans High School Music-Hall 3 (rires). Je pense que mes parents ont vu que j’étais passionnée et du coup m’ont inscrit à l’école de danse. J’ai commencé mes cours par du funk, à l’époque, ma prof m’avait remarquée et m’avait proposé de passer une audition pour passer dans la formation intensive. C’est là que j’ai commencé le ballet, le classique, les pointes, le contemporain, le jazz et je me suis vraiment super fort épanouie. C’était devenu une évidence, je me voyais danser. Après, le parcours n’a pas été super facile : en tant que parents, entendre son enfant dire qu’il a envie de danser, ça fait peur. Autant ça peut être une passion mais pas en devenir un métier. Du coup, je me suis battue pour pouvoir faire mes études à Amsterdam : j’ai auditionné et j’ai été prise pour mon bachelor à l’Université des Arts d’Amsterdam.

C’est lors de ton cursus à Amsterdam que tu as aussi émis l’envie de vouloir t’exprimer d’une autre façon que par la danse, et tu t’es tournée vers la musique, comment s’est passée cette transition ?

En fait, j’ai aussi toujours chanté. Petite, je chantais les paroles des chansons imprimées en fin des magazines de stars. Progressivement donc, la musique a pris de plus en plus de place dans ma vie. A Amsterdam, la diversité des disciplines au sein de l’université m’a fait prendre conscience que je pouvais également utiliser ma voix. Ça m’a été d’une grande aide dans mon développement personnel car écrire a un réel côté thérapeutique pour moi.

Tu as donc appris à chanter toute seule ? Sans cours de chant ?

Très peu de cours de chant car mes cours étaient beaucoup plus axés danse urbaine et théâtre. Donc, je suis vraiment autodidacte. Après, si je réécoutais ce que je faisais il y a 4 ans, je pense que je rigolerais de moi-même. Mais c’est comme dans tout, au plus tu pratiques, au plus tu deviens performant et j’ai toujours eu tendance à vouloir exceller dans ce que je faisais.

Tu parlais de don : tu as une voix véritablement magnifique, avec un côté éraillé qui lui donne une certaine fragilité, beaucoup de textures et beaucoup de présence. On peut dire que ça valait la peine que tu te tournes vers la musique. Ta musique varie plusieurs influences : jazz, néo soul, afro soul. Le mot soul a beaucoup d’importance pour toi car ta musique reflète avant tout tes états d’âme…

Oui, la musique représente également qui je suis et je suis quelqu’un de très axée sur les connexions, les énergies et je n’ai pas peur, dans certains cas et contextes, de m’ouvrir et de laisser les gens voir qui je suis réellement. Dans mes textes, ça se traduit automatiquement car c’est vraiment thérapeutique, je n’ai aucun filtre dans mon écriture par rapport à mes émotions. D’ailleurs, je suis parfois un peu gênée quand on m’en parle (rires). Mais je pense que c’est une qualité d’être aussi confortable avec son intérieur. Je suis contente que le public le reçoive positivement.

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© Kamilia Sain

Autre grande source d’admiration pour toi : la nature, que l’on retrouve tant dans tes paroles que dans tes clips…

Oui, la nature c’est la maison. C’est l’endroit où je me sens la plus connectée et déconnectée aussi. Avec ce train de vie, on a parfois tendance à se perdre et à s’oublier. On oublie de prendre le temps d’être avec soi-même, de réfléchir, de laisser les mots, les doutes, les angoisses et de se rendre compte qu’il y a quelque chose de beaucoup plus grand que nous. Nous ne sommes pas le centre du monde, le monde est le centre. La nature, une manière de me reconnecter à l’essentiel.

Tes racines congolaises, qu’on évoquait un peu plus tôt, inspirent elles aussi ta musique, on les sent présentes dans tes compositions :

Je ne suis pas née au Congo malheureusement mais mes parents oui, ils sont très fiers d’être Congolais et pour moi c’est une chance. Je ne m’en suis pas rendue compte plus jeune car je suis née en Belgique et j’étais plus concentrée sur mon intégration plutôt que sur l’acceptation et la fierté de qui j’étais. Du coup, ça m’a pris un peu de temps de me concentrer et de faire le lien avec mes racines. Au plus je grandis, au plus j’en suis fière. Elle est évidemment importante cette culture africaine présente un peu partout mais pas assez respectée et mise en valeur. Moi j’ai envie de prendre cette culture et de la mélanger à la culture européenne, d’en faire quelque chose de beau, de fort, de juste et d’honnête.

En règle générale, on a l’impression que le voyage est une grande source d’inspiration, que c’est en voyageant que tu peux te ressourcer aussi. On a parlé d’Amsterdam mais il y a eu Londres aussi puisque tu y as vécu juste après (ou avant) avoir sorti ton album ?

Après Amsterdam, j’ai fait La Haye, et puis je suis partie à Londres pour mon stage de fin d’étude basé sur la musique. Je sais que Londres c’est un endroit qui me plaît énormément, musicalement, artistiquement et culturellement. Du coup oui, ce besoin de bouger et de voyager tout le temps, c’est parce que quand je reste dans un endroit trop longtemps, je perds un peu les pédales. Je suis vraiment un électron libre et je pense que c’est aussi parfois frustrant pour ma famille et déroutant même pour moi. Ça a des avantages et des désavantages ; la route est un peu devenue ma maison, comme le train ou l’avion. Ça dépend un peu des phases mais la plupart du temps entre Amsterdam, mes concerts, les salles de danse… Je me retrouvais beaucoup plus dans les trains quand dans les destinations. Ça prenait plus de place dans ma vie.

On imagine que tu aimerais retourner à Londres quand la situation le permettra ? Une ville très stimulante pour toi…

Oui, après, je pense que c’est un bon timing. J’ai vécu à Londres et le corona m’a permis de me concentrer sur l’EP. Puis, j’ai eu l’occasion de rentrer en Belgique, ça faisait bien longtemps que je n’étais pas rentrée plus d’une semaine, et la Belgique m’apporte également une dynamique. Après, Londres reste une de mes villes préférées : les gens sont déterminés, ils te donnent l’opportunité de montrer qui tu es… Mais la Belgique reste la maison, là où je suis la plus ancrée. Ça me donne l’opportunité de travailler sur mes prochains projets et de rencontrer les personnes que je dois rencontrer.

Quelles sont tes influences musicales ? Qu’est ce qui t’inspire, qu’est-ce que tu écoutes ?

Mes influences musicales viennent de partout. Il y a mon background de danseuse et la musique qu’on écoutait : beaucoup d’électro, de house, de techno très expérimentale et alternative, c’est quelque chose que je garde avec moi. En grandissant, j’ai découvert le jazz, le blues et le hip-hop de manière plus approfondie. Je me nourris un peu de tout ça, mais mon grand amour reste le jazz.

Ton premier EP A Gal on the Moon est sorti au printemps 2020. On aimerait parler du côté visuel : sûr les six morceaux de cet album, trois ont un clip : 507// bird part 1 et part 2 et un animé Sorry. Là, on voit que tu attaches beaucoup d’importance au décor mais aussi à ta propre silhouette, à ton propre personnage : est-ce que tout ça te vient de la danse et est ce qu’en live ce sera important pour toi ce côté esthétique ?

Tout est lié en fait ! À nouveau, dans mon parcours de danseuse, j’ai été amenée à travailler avec des costumières. On a toujours dû faire attention à l’esthétique et au plus je grandis, au plus j’adore le visuel. Pour moi, l’artiste doit avoir un visuel très personnalisé. Mon but est de rendre l’expérience la plus claire possible, d’amplifier le message, que ça soit par ce que je porte, la lumière ou la composition scénique.

Tu as sorti un nouveau single Pain Goes Away avec Usea, un artiste avec lequel tu avais déjà collaboré sur l’un de ses morceaux. Est-ce que travailler avec d’autres artistes c’est également stimulant ?

C’est stimulant et c’est également un challenge : c’est comme dans la vie, tu matches pour certains direct et puis avec d’autres c’est un peu en process. Avec Usea, ça a été instantané, un coup de cœur artistique. On s’est d’abord rencontré pour son morceau, sa manager a contacté la mienne, il voulait que je pose pour une de ses prods et donc on a travaillé sur son titre Love and Sorrow. On faisait souvent des jam, j’en organisais chez moi, je l’ai invité pour faire du son, il était super chaud et du coup ce son on l’a fait une journée, voir même un après-midi. Mon texte était déjà écrit, on a d’abord jamé sur ses accords au piano, après j’ai essayé de poser le texte sur la musique, puis ça donnait tellement bien, qu’on l’a joué sérieusement. Puis j’ai ajouté de l’auto-tune et ça donnait trop bien ! Son empreinte et sa personnalité sont vraiment visibles et je trouve ça beau… On a vraiment réussi à créer ce beau mélange. Un mariage de nos deux univers.

Pour ceux qui ont eu la chance de te voir à l’AB en septembre dernier lors de la Fifty session, ils ont aperçu un spectacle où non seulement tu chantais, où tu bougeais et où tu dansais. Là aussi, on voit que tu intègres le côté chorégraphique à tes concerts :

Oui, j’ai terminé mes études de danse il y a un an, du coup, là je suis dans une transition où j’essaye de mêler ces deux arts de la manière la plus personnelle possible. J’avais vraiment envie d’en montrer un aperçu à l’AB, après j’aurais pu en montrer d’avantage… Mais ça vient !

Qu’est-ce que tu nous réserves pour 2021 ? On a vu sur ton insta une petite vidéo qui laissait entendre que de la nouvelle musique était en cours de préparation, tu peux nous en dire plus ?

Je ne vais pas en dire trop, mais je suis super excitée et contente ! C’est un projet en collaboration avec certains artistes belges.

Tu prépares également un projet qui va transcender plusieurs disciplines, s’agit-il du même projet ? Un mélange de musique, d’écriture, de danse, de théâtre autour de la thématique de la méditation...

Oui, un projet pluridisciplinaire autour de la méditation. Tout mon art est finalement assez introspectif et axé sur le développement personnel. La méditation est un des concepts mais pas tout le concept.

...Affaire à suivre !