QuinzeQuinze : le collectif à l’intersection du surréalisme et des traditions

Composé de cinq potes de longue date – dont deux frères, Marvin et Robin –, le collectif QuinzeQuinze a toujours placé l’expérimentation au centre de son processus de création : musique, production audio-visuelle, graphisme, chacun y trouve son compte. Portée par l'héritage tahitien de deux membres du groupe, la musique de QuinzeQuinze est solaire et imagée, et se moque des conventions et du bon goût imposé. Rencontre.

Salut QuinzeQuinze ! Est-ce que vous pourriez commencer par nous dire quelques mots sur votre projet ?

Tsi Min : Ah ouais question piège comme ça pour commencer (rires) ! Alors, QuinzeQuinze à la base, c’est un collectif. On travaille pas mal la musique, mais on fait aussi des installations interactives et des visuels. On a commencé le projet il y a quelques années, on sortait d’écoles d’art. On produisait un nouveau projet musical accompagné d’un visuel tous les quinze jours, d’où le nom.

Quand vous parlez de collectif, vous voulez dire que vous touchez à plusieurs formes d’expression, ou qu’il y a d’autres personnes qui gravitent autour du projet ?

Ennio : À la base on était une quinzaine, mais scindée en deux. On faisait des installations interactives, il y avait un pôle qui était musical, et à côté t’avais tous nos potes, des ingénieurs, des graphistes, etc. On a essayé de rassembler tout le monde pour bosser ensemble.

Vous étiez tous dans la même école d’art ?

Julia : Non. Robin et moi on était ensemble au Lycée et c’est là qu’on s’est rencontré. On a fait parallèlement des études de graphisme et on s’est rencontré à la fin. Du coup on était assez dispersé au final, mais on postait tous les 15 jours sur notre site – c’était à travers un site qu’on faisait tout ça. C’était cool, on a pu expérimenter des choses. Et à un moment on s’est dit qu’on avait envie de faire des trucs un peu plus finis.

Tsi Min : Avec cette fameuse échéance de 15 jours, le début du projet était souvent bien tafé mais à la fin il y avait la deadline qui approchait et c’était parfois compliqué à gérer. La plupart du temps, on avait pas assez de temps pour finir les projets. Pendant environ deux ans, on a travaillé dur pour proposer des choses en essayant de ne pas rater les deadlines, et ça nous a permis d’explorer pas mal aussi. En fait aucun de nous ne vient du milieu musical à la base, et donc ça nous a permis vraiment d’explorer plusieurs facettes de ce qu’on pouvait produire et faire, tant musicalement que visuellement. À un moment donné, quand on a commencé à voir vers quoi on se dirigeait, on a décidé de prendre un peu plus de temps : de tous les 15 jours c’est passé à tous les 15 du mois, et ensuite à toutes les quinze semaines. Quand on sera vieux ce sera tous les 15 ans (rires).

Vous mettez souvent l’accent sur les clips, et vous faites aussi des courts métrages. Vous soignez vraiment la sténographie, on voit que c’est un aspect important de votre projet. D’ou vient cette envie de proposer quelque chose de visuel ?

Tsi Min : C’est assez personnel, étant donné qu’on est beaucoup dans le groupe. Mais il y a quelque chose qui va parler à tout le monde, je crois : c’est qu’on aime beaucoup raconter des histoires. Mettre en place un décor, même s’il n’est que mental, et faire évoluer des personnages, ça nous plait. Il y a un réel aspect cinématographique. En plus, la musique c’est un bon moyen d’expression pour exprimer des émotions, et quand c’est juxtaposé à un visuel, ça prend encore plus d’ampleur.

Ennio : A travers les études qu’on a faites, c’est venu de manière naturelle aussi. On a voulu faire nous-même nos visuels et travailler avec d’autres copains qui sont aussi extrêmement talentueux, comme Clément Milot qui a réalisé le court métrage avec Amandine, sa femme. C’est cool de partager ça avec des gens qui sont passionnés par ce qu’ils font.

Vous créez un monde un peu à vous, avec des avatars et des géographies improbables. Est-ce que c’est pour fuir le monde actuel ou juste pour se marrer ?

Ennio : C’est un exutoire, c’est certain. Mais ce ne sont pas simplement des histoires qu’on invente comme ça, c’est plutôt personnel et introspectif. 

Julia : Pour moi, c’est comme des métaphores de son soi intérieur, même si ça parait un peu cliché dit comme ça (rires). On ne fait clairement pas ça pour passer le temps, mais encore une fois, on a tous des points de vue différents. Selon moi, c’est un peu pour échapper au monde actuel.

Tsi Min : À chaque fois que je me pose cette question, je me dis qu’il y a un peu des deux. C’est quand même beaucoup plus marrant de ne pas raconter la réalité. Au sein du collectif, on fantasme aussi sur pas mal de trucs. Il y a tellement de choses qui ont été faites artistiquement et qui envoient les gens dans ces mondes fantasmagoriques, comme des peintures ou encore des films, ça parait presque normal de faire ça.

Vous avez une influence polynésienne forte, c’est assez marqué. Est-ce qu’il y avait une volonté d’inclure cela dans votre musique dès le depart ? Est-ce que c’est vous qui l’avez amenée, ou c’est les autres qui vous ont demandé d’ajouter ce trait-là au projet ?

Ennio : C’est un peu des deux. Tsi Min et moi on vient de Tahiti en Polynésie. Comme on disait tout à l’heure, on aime bien les histoires, et à Tahiti, il y en a un paquet. Surtout les légendes polynésiennes. Je me souviens, quand je commençais à raconter juste des petites bribes de légendes, je voyais que les autres membres du groupe arrivaient à bien accrocher dessus. Du coup on s’est dit qu’il fallait essayer de creuser un peu plus là-dedans. Ça c’est fait de manière naturelle. 

Julia : Même si nous on vient pas de Polynésie, les légendes résonnaient pas mal avec notre processus d’écriture par exemple, qui est très imagé. Quand on écrit les textes, ça va toujours être des métaphores de sentiments mais avec des images, et on le trouve aussi dans les légendes tahitiennes. Du coup, ça coule de source. 

Tsi Min : c’était important pour nous d’arriver à intégrer ça, et de voir que les autres membres du collectif réagissaient à ce qu’on racontait sans forcement imposer quoi que ce soit. On a vu que ça pouvait grave marcher d’avoir quelque chose d’ultra traditionnel, et on avait envie de voir ce que ça pouvait donner avec des gens de la metropole.

Vous définissez votre musique comme “climatique”. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Tsi Min : Alors déjà, quand je chante, il se met à pleuvoir (rires) ! Plus sérieusement, on a du mal à catégoriser le truc. Il y a plein de musiciens qui sont dans le même cas, mais c’est aussi du au fait qu’on est cinq au sein du groupe, et qu’on a tous des envies différentes. On est arrivé à avoir assez d’ego pour pouvoir imposer nos choix, mais aussi pour laisser la place à l’ego des autres. La plupart du temps, les morceaux sont initiés par différentes personnes du groupe. On va tous à un moment ou un autre être à l’origine d’un morceau. Du coup, la musique va changer par rapport au propos de base. On parle de musique “climatique” parce que c’est plus quelque chose qu’on fait selon les humeurs : le style du morceau va être dicté par le sens qu’on veut y mettre. 

Quels morceaux est-ce que vous choisiriez pour introduire QuinzeQuinze à quelqu’un qui ne vous connait pas ?

Tsi Min : Nevaneva, notre premier projet. C’est une selection de morceaux, mais ça montre un peu la psyché, le spectre qui nous représente. Et en plus ça dure 15 minutes et 15 secondes ! On considère ça un peu comme l’EP 0, comme la genèse de QuinzeQuinze. Il y a aussi un court-métrage.

Comment décririez-vous QuinzeQuinze en trois mots ?

Julia : tentaculaire, ou peut-être même consanguin !

Tsi Min : quinze, tout simplement.

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