Psychedelic Porn Crumpets : "C’est toujours surréaliste que les gens nous comparent à King Gizzard et Tame Impala."

L’Australie, ses surfeurs, son vegemite mais surtout ses groupes de rock, aussi féroces et originaux que sa faune atypique. Depuis quelques années, les amateurs de rock psyché ont les yeux rivés sur le Down Under. King Gizzard & The Lizard Wizard, Pond, Tame Impala, Tropical Fuck Storm, Rolling Blackouts Coastal Fever : les groupes australiens ont envahi les line-ups de nos festivals. Parmi eux, Psychedelic Porn Crumpets. Avec un nom pareil, on ne pouvait passer à côté de la sortie de leur nouvel album. Rencontre avec le leader du groupe, Jack McEwan.

Avec ce nom complètement loufoque qui mêle psychédélisme, érotisme et cuisine, on se dit que le groupe a plutôt intérêt à assurer derrière. Leur dernier album "Shyga ! The Sunlight Mound" sorti le 5 février dernier confirme leur statut de porte-étendard d’un néopsychédélisme australien en plein boom.

Il faut dire que les Crumpets n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Depuis High Visceral Part One and Two, leur premier album en deux parties, le groupe continue son ascension à coups de riffs énervés et d’harmonies rêveuses. Originaires de la ville de Perth, isolée sur la côte ouest australienne, ils empruntent les pas de Tame Impala qui a placé la ville sur la carte du rock psychédélique (et a sorti son quatrième album l'année dernière). Véritables explorateurs, les 5 musiciens ne connaissent aucune barrières, allant même jusqu'à revisiter un classique du Livre de la Jungle pour Triple J

Rencontre avec Jack McEwan, leader de Psychedelic Porn Crumpets

C’est avec 7h de décalage horaire et dans la chaleur étouffante de sa chambre de Perth que Jack McEwan, chanteur et guitariste, revient avec nous sur ces quelques derniers mois étranges et la genèse de ce nouvel album.

Hello Jack, comment ça va ?

Jack : Très bien, je viens d'aller nager. J’étouffe juste un peu sous la chaleur. Ici à Perth, la nuit va tomber et il fait encore presque 35 degrés ! J’espère ne pas devoir enlever ma chemise pendant l’interview (rires).

Vous commencez à avoir une petite fanbase ici en Belgique. Je me souviens d’un passage à l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Vous étiez en forme ce soir-là !

Jack : Oh vraiment ? C’est génial ! Cet endroit est incroyable. C’est l’une des meilleures salles dans lesquelles j’ai pu mettre les pieds. Qui jouait ce soir-là ? Alice in Chains et Black Rebel Motorcycle Club ? Oui, je m’en souviens maintenant ! Ils jouaient en bas dans la grande salle. On a pu les rencontrer dans les backstages et on n’en revenait pas. On se disait "WTF, qu’est-ce qu’il se passe ici ?"

Comment se passe la pandémie en Australie ? Vous êtes de nouveau en quarantaine ?

Jack : On vient d’en sortir en fait. Nous avons eu une période de quelques mois vraiment calmes. On a même pu jouer quelques concerts. Malheureusement, nous avons dû retourner en quarantaine à cause d’un seul cas de Covid-19 dans la région. C’est une bonne chose que le gouvernement de Perth puisse gérer la situation correctement. Hier, c’était le premier jour où nous avons pu sortir à nouveau sans masques. Après deux semaines à la maison, je suis vraiment impatient de retourner me perdre dans la nature sauvage de l’Australie occidentale.

Vous venez de sortir un nouvel album, votre quatrième, "Shyga ! The Sunlight Mound". Ça faisait quoi de pouvoir jouer ces nouvelles chansons devant un vrai public ?

Jack : C’était vraiment cool. Notre morceau Tally-Ho a fait un bel effet je pense. Sur The Terrors, le public avait même l’air un peu effrayé (rires). Peut-être que ce nouveau morceau est un peu trop heavy (rires).

Ça faisait du bien de pouvoir remonter sur scène. On avait besoin de jouer ces nouveaux morceaux à Perth quelques fois avant de les emmener (peut-être) à l’étranger. Au début, on était tous un peu rouillé. Pas vraiment ce que j’ai envie de montrer à un public international (rires). C’était bien d’avoir un peu de temps pour se roder ici à domicile. Mais les nouvelles chansons ont l’air de bien fonctionner, ce qui est super.

Comment cette crise du Covid a-t-elle affecté ta façon d’aborder la composition ?

Jack : C’était une période très étrange. J’ai pris du poid (rires). Quand je suis rentré de tournée au début de l’année 2020, j’étais à nouveau une sorte de touriste dans ma propre ville. Je n’avais pas vu certains de mes amis depuis un an et demi. Il y avait beaucoup de choses à découvrir : des festivals d’arts de rue, des bars pop-up, de nouveaux groupes qui s’étaient formés entre-temps. J’ai connu une période très agréable jusqu’à ce que le Covid se ramène. Et puis, évidemment, tout s’est arrêté d’un coup.

Il y a eu quelques semaines où tout le monde était un peu confus. "Est-ce que ça va durer comme ça longtemps ?" J’étais toujours dans ce genre de routine où je me réveillais… pour aller au magasin de spiritueux (rires). J’étais encore un peu bourdonnant de la tournée. Quand vous êtes en tournée, vous avez cette adrénaline qui vous fait tenir le coup. Je voulais vraiment que cela se ressente dans notre nouveau disque.

Il faut vraiment que j’adopte une meilleure routine, que j’aille nager et visiter l’Australie plutôt que d’hiberner dans ma chambre avec ma guitare, mon ordinateur et une bière à la main (rires). Je pense que je n’aurais pas écrit cet album si je n’avais pas vécu de cette manière pendant quelques mois. L’album a ce petit côté festif. Je pense que le monde en avait besoin.

Depuis la sortie de votre premier album en 2016 vous n’avez pas arrêté et enchaîné les tournées. Était-ce le bon moment pour faire une pause ?

Jack : Honnêtement, le confinement m’a fait du bien. Quand nous sommes en tournée, la vie est tellement intense. On se retrouve arraché de notre quotidien tranquille et jeté dans une vie qui va à 200 à l’heure. A vrai dire, je pense qu’aucun d’entre nous n’était réellement préparé à la vie de tournée. La première fois qu’on est parti à l’étranger, on s’est dit qu’on allait en profiter un max. On pensait vraiment qu’on n’aurait jamais plus l’occasion de vivre ça ! On se disait "Profitons-en, faisons la fête, buvons des verres avec les gens du coin et réveillons-nous encore bourrés le lendemain avant de reprendre la route" (rires). Jusqu’à ce qu’on rentre chez nous, après de longs mois à l’étranger, et qu’on s’affale sur nos lits pendant un bon mois (rires).

Lors de la dernière tournée on s’est rendu compte que c’était devenu un vrai boulot maintenant. Enfin non, pas vraiment un boulot, on ne voit pas ça comme un vrai travail (rires). Disons qu’on a voulu devenir plus professionnels.

Personnellement, le confinement m’a fait beaucoup de bien. C’était comme des vacances assez étranges. Revenir à la maison et prendre le temps pour réfléchir, écrire et se sentir à nouveau musicien, c’était vraiment agréable. Je pense que cela m’a permis de recharger mes batteries et de me fixer de nouveaux objectifs. Sans le Covid, nous aurions été comme des rats dans une machine à laver. Cette pause forcée est tombée au bon moment.

J’espère que lorsque nous recommencerons à tourner, nous nous sentirons un peu plus matures. J’ai hâte de ne prendre qu’une tasse de thé avant de jouer et de me dire "C’est parti, on est prêts" (rires).

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Psychedelic Porn Crumpets – 2021. © Tristan Mckenzie

Le nouvel album "SHYGA ! The Sunlight Mound" sonne pour moi comme un mélange de vos précédents albums. Diriez-vous que ce nouvel opus a capturé l’essence du son "Crumpets" ?

Jack : Je pense que oui. Je ne sais pas si c’est notre disque fondamental, mais je le ressens un peu comme ça. Si je devais faire découvrir le groupe à quelqu’un, je leur dirais d’écouter Shyga. Ça me semble être une bonne introduction pour découvrir ce que nous avons fait précédemment et la direction vers laquelle nous nous dirigeons. Pour moi, ce nouvel album est un peu plus "snackable". Il est plus facile à consommer, un poil plus commercial. Cette fois-ci les chansons ne sont pas vraiment longues ou changeantes.

C’est plutôt un crossover entre les Beatles, Kings of Leon et Nirvana. Un peu comme un grunge inspiré des années 70. Je suis très fier de cet album. Pendant tout un temps, j’ai entretenu une espèce de relation d’amour/haine avec lui. Je le détestais puis je l’adorais, je l’abandonnais et puis j’y revenais. Je me suis demandé si je l’apprécierais si quelqu’un d’autre le sortait. Et je suis sûr la réponse est oui maintenant (rires).

L’un des premiers singles de ce nouvel album, Mundungus, est sorti il y a plus d’un an et demi, peu de temps après l’album précédent. Était-ce déjà une indication claire de ce que serait le prochain disque ?

Jack : Mundungus est un des premiers morceaux qu’on a enregistré pour ce nouvel album. Pour être honnête, je n’arrive toujours pas bien à cerner cette chanson. C’est un peu l’enfant bâtard du disque (rires). Il dénote avec le reste. Mais c’est pour ça que je l’aime. L’idée pour ce morceau m’est venue avant notre deuxième album en fait. Lorsque nous étions en tournée à Melbourne, j’ai écrit ce riff au réveil, au pied du lit superposé de l’hôtel. Je me souviens m’être dit : " Ce riff est complètement abusé "(rires).

Evidemment, vous ne pouvez pas tourner comme vous l’auriez voulu avec cet album. Est-ce que vous composez en pensant à la scène ? Ou vous sentez-vous libre de créer sans vraies limites en studio et d’essayer de comprendre ensuite comment tout jouer en live avec le groupe ?

Jack : Il y a des chansons qui, je le sais, vont directement bien sonner en concert. Mundungus était l’une d’entre elles, je l’ai composée en nous imaginant sur scène. Il n’y a "que" trois guitares et peut-être quelques harmonies supplémentaires ici et là.

Lorsque j’enregistre, j’ai tendance à ne pas me donner de contraintes. Le piège, c’est qu’en deux clics on peut ajouter tous les instruments que l’on veut… Un jour, j’aimerais écrire un album qui soit juste fait pour la guitare, la basse et la batterie. Mais quand on commence à entendre des choses, on ne peut pas s’en empêcher. On se dit : "Oh, et si on mettait une voix en reverse, et si on ajoutait du spoken word par-ci par-là et un tas de mellotron". C’est difficile de dire à un artiste de ne dessiner qu’avec une seule couleur. Mais une fois qu’on doit jouer ces morceaux en live, je me demande souvent "Qu’ai-je fait seigneur ? " (rires).

Est-il difficile de ne pas surproduire un morceau ? Où s’arrête l’expérimentation ?

Jack : Si je pouvais, je continuerais à travailler sur Shyga (rires). Je retirerais probablement certains éléments. Je pense que j’ai peut-être ajouté trop de choses dans certains morceaux (rires). C’est difficile. On n’est jamais vraiment satisfait de sa propre création. Et je pense que personne ne l’est jamais vraiment. Si certains artistes le disent, c’est sans doute juste pour la frime.

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Psychelic Porn Crumpets en concert. © Nici Eberl

La scène rock australienne est sous le feu des projecteurs pour le moment. Est-ce que cela devient un peu fatigant pour vous d’être comparé à des groupes comme King Gizzard, Tame Impala et Pond ?

Jack : Non pas du tout ! Pour moi, c’est toujours surréaliste que les gens nous classent dans la même catégorie que King Gizzard & The Lizard Wizard et Tame Impala. C’est vraiment un honneur ! La première fois que c’est arrivé, on n’en revenait pas, on a sauté au plafond. C’était un peu irréel de voir les gens mentionner notre nom avec les groupes que nous aimons et avec lesquels nous avons grandis. J’étais à l’école quand j’écoutais Tame Impala, et j’ai découvert King Gizzard à 21 ans. Nous étions assez jeunes et très impressionnables à l'époque de notre premier album. J’ai maintenant 28 ans mais ça me touche toujours autant.

Cette comparaison nous pousse à donner le meilleur de nous-même et à essayer de nous améliorer sans cesse. Si les gens nous comparent à ces groupes-là, ça ne doit pas être uniquement par sympathie. On ne veut pas que les gens disent "Cela y ressemble mais ce n’est pas aussi bien ". Nous essayons de tout faire pour que la comparaison soit légitime. Pour nous, c’est vraiment dingue. Voilà ma réponse : "C’est juste dingue" (rires).

Avez-vous l’impression d’avoir ouvert la voie à de nouveaux groupes sur la scène locale ?

Jack : Il y a tellement de bons groupes qui sortent en ce moment en Australie. Grievous Bodily Calm, Carla Geneve… Il y a aussi un groupe qui s’appelle Spacey Jane, ils sont partout en ce moment, dans toutes les oreilles et aux portes de toutes les radios.

Ce serait drôle de penser que nous pourrions inspirer quelqu’un. Nous ne sommes probablement pas de bons modèles (rires). Ce serait cependant une super reconnaissance d’avoir inspiré d’autres musiciens.

J’ai 28 ans. La plupart des artistes qui m’ont inspiré en tant que musicien sont morts, ou n’ont pas vécu aussi longtemps que moi. Je suis comme un grand-père pour le monde de la musique en ce moment (rires).

Regarde Jim Morrison. J’ai l’impression qu’il avait 50 ans quand il est mort. Il en avait 27 (rires). Il a fait tellement de choses, il était parti vivre à Paris, il avait deux femmes ou je ne sais quoi. Il y a un nombre incroyable de documentaires et de bouquins sur ce mec alors qu’il n’avait que 27 ans. Si on devait faire un documentaire sur moi à 28 ans, on dirait "Ce gars vivait à Perth en Australie". Et c’est à peu près tout ce qu’il y aurait à dire (rires).

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Pochette du dernier album de Psychedelic Porn Crumpets. © Shyga ! The Sunlight Mound

"Shyga ! The Sunlight Mound" est sorti le 5 février 2021 via Marathon Artists.

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