Parquet Courts : Plus belle la vie

Inspiré par la fête, le LSD en Italie et les nuits sans fin, le nouveau disque de Parquet Courts met le pogo à l'épreuve du groove. Idéal pour improviser des moonwalks, l'album "Sympathy For Life" libère ses guitares psychédéliques sur le dancefloor. Clairement engagé en faveur du changement, le groupe new-yorkais ose même de belles chorégraphies anticapitalistes. De quoi agiter les consciences et secouer le monde d'après.

Une bière à la main, un petit sourire aux lèvres, Andrew Savage est de passage en Belgique afin de présenter le nouvel album de Parquet Courts. Visiblement heureux d'être là, le chanteur et guitariste est pourtant une exception à la règle, voire une anomalie. Dans une industrie musicale paralysée par les contraintes sanitaires, le tête-à-tête promotionnel avec des personnalités "hors UE" est en effet devenu aussi rare que le dauphin rose en Amazonie.

Codes couleurs

Pour expliquer la présence d'Andrew Savage au pays de la frite, il suffit de croire en l’amour... Arrivé sur le pavé bruxellois au lendemain d’un coup de foudre, le New Yorkais vit une romance à quelques enjambées du parc Duden, théâtre des victoires flamboyantes de l'Union Saint-Gilloise. "Je fais quelques interviews ici, mais nulle part ailleurs", explique-t-il. "Pour un Américain, voyager dans le contexte actuel, ça reste extrêmement compliqué. Chaque frontière est synonyme de quarantaine. Pour me déplacer à l'étranger, je dois m'en tenir aux codes couleurs attribués aux différents pays..." Une chance pour la Belgique, donc, de rencontrer l'artiste sans écran d'opposition, sans bug informatique ni problème de connexion.

Allo, docteur ?

Après un album produit par Danger Mouse (Gorillaz, Beck, A$ap Rocky), Parquet Courts marque son retour avec un disque baptisé "Sympathy For Life". Un titre curieux au vue du chaos ambiant et des règles imposées aux vivants. "Notre disque a vu le jour avant le début du confinement", précise Andrew Savage. "Par la force des choses, les thèmes qui y sont abordés ont trouvé un autre sens dans le monde d'après." Exemple parfait, le titre "Just Shadows" parle du capitalisme, des technologies et du contrôle des masses par le système... À l'heure où la question du "pass sanitaire" divise méchamment la société, cette chanson prend forcément une autre dimension... "C'est que le capitalisme va de pair avec une approche contrôlante du monde. Je sais de quoi je parle... Aux USA, le secteur médical est totalement menotté au système. Si tu n'as pas d'argent, tu ne vas pas chez le docteur. Il n'y a pas d'assurance et de mutuelle comme ici, en Europe..."

Sables mouvants

Si "Just Shadows" entretient des liens particuliers avec l'actualité, la chanson en question est surtout à mettre en relation avec New York. "Ma ville est une source d'inspiration inépuisable. J'aime vivre là-bas. Paradoxalement, c'est un endroit rythmé par les lois du marché : l'offre et la demande régissent la vie quotidienne. À ce titre, le morceau "Just Shadows" entrevoit la possibilité d'une mise à l'écart, dans la nature, loin des publicités et de la nécessité d’acheter. Dans ce contexte, il est possible de se retrouver, de s'écouter. Je peux être terriblement cynique et critique à l'égard du capitalisme. Pourtant, en tant que musicien, je tire des revenus des concerts, mais aussi des ventes de disques... Je profite donc des mécanismes capitalistes. Néanmoins, je reste persuadé qu’il s’agit d'une doctrine néfaste et ultra destructrice. Le dérèglement climatique, par exemple, est directement lié à l'activité économique. Pourquoi les politiciens ne mettent-ils pas un frein aux industries les plus polluantes ? Parce que cela va à l'encontre du business et des logiques d'enrichissement. Avec le capitalisme, nous marchons dans des sables mouvants et les chances d’en sortir sont minces. Je ne suis ni négatif ni fataliste par rapport à ça. Je me vois plutôt comme "un optimiste réaliste". Je ne vais pas écrire des chansons dans lesquelles le monde est rose et ultra positif. Car ce serait complètement à côté de la plaque."

In da Club

Disque de rock obsédé par la fête, "Sympathy For Life" voit Parquet Courts se rapprocher de références comme Talking Heads, Roxy Music, Primal Scream et autres Happy Mondays : des formations historiques, plutôt branchées guitares, mais toutes attirées par les textures électroniques. "À New York, nous traînons souvent au Good Room, un club où l'on passe de la house, de l'acid-house et de la techno. Notre groupe est souvent associé à la scène indie, post-punk et psyché. Pourtant, ce n'est pas du tout ce que j'écoute en ce moment. Moi, je suis fan de DJ's comme Patrice Bäumel ou JD Twitch. Avec Parquet Courts, nous avions commencé à creuser la veine électronique avec l’album précédent. Cette fois, nous avons encore renforcé ces explorations."

Ici, c'est Parish !

En vue d'assurer la production de "Sympathy For Life", Parquet Courts s'est tourné vers Rodaidh McDonald, un spécialiste des blockbusters (Adele, The xx) qui, pour l'occasion, sort franchement de ses habitudes. "Il connaissait notre discographie", explique Andrew Savage. "Quand quelqu'un a un point de vue sur ton travail, c'est toujours intéressant. Potentiellement, cet ingé-son écossais connaissait mieux Parquet Courts que nous. Pour notre part, en revanche, c’était un inconnu. Des copains nous avaient vanté ses mérites... Tout s'est accéléré lorsque Geoff Travis, le fondateur du label Rough Trade, nous l'a également recommandé." Maître d'œuvre de l’albums, Rodaidh McDonald partage pourtant le casting avec un certain John Parish (PJ Harvey, Aldous Harding, Dry Cleaning). "C'est juste une affaire d'opportunités", précise le guitariste new-yorkais. "Pendant l’enregistrement, nous avons appris que John Parish était, lui aussi, super chaud à l'idée de collaborer avec nous... Impossible de refuser !"

LSD Soundsystem

New-yorkais dans l'âme, "Sympathy For Life" entretient pourtant une relation privilégiée avec l'Europe. Avant d'enregistrer en Angleterre et de connaître l'amour sous le ciel bruxellois, Andrew Savage se payait en effet un petit trip en Italie. "Un pote m'a prêté une ferme dans Les Pouilles, à la campagne, loin de tout. Musique et sport mis à part, je n'avais rien de spécial à faire. J'ai donc pris des acides pour me changer les idées et un peu de LSD pour m'aérer l'esprit. C'est comme ça que l'album a commencé... En réalité, je pense sincèrement qu'il ne faut jamais compter sur les drogues pour enclencher un processus créatif. C'est souvent moyen et, surtout, jamais aussi bien qu'en plein trip. Sur le moment, une compo peut sembler incroyable. Alors que le lendemain, clean et lucide, c'est une véritable déception. Je connais bien des légendes associées aux drogues dans la musique. Je sais à quel point cela peut sonner comme un cliché d'en parler en interview. Cela étant, je ne vais pas faire semblant et raconter n'importe quoi. Le truc, c'est que des morceaux comme "Pulcinella", "Trullo", "Just Shadows" ou "Walking at a Downtown Pace" découlent réellement de ce fameux trip en Italie."

Départ en fanfare

Album de rock enclin au clubbing, le nouvel album de Parquet Courts a défilé en avant-première dans les rues de New York. Où une fanfare locale (The Lesbian & Gay Big Apple Corps) a déambulé pour délivrer une version instrumentale et ultra cuivrée du morceau "Walking at a Downtown Pace". "Pendant le confinement, nous avons réfléchi à des façons originales de présenter l'album au public. Nous avons imaginé un petit événement pour chaque chanson du disque. Comme il n’y avait plus de concerts, nous avons envisagé d'autres manières de rassembler les gens autour de notre musique. Le premier rendez-vous était aussi une façon de se positionner aux côtés de la communauté LGBT. Pour les autres chansons, nous allons créer des rendez-vous exclusifs et participatifs un peu partout dans le monde. À Tokyo, Paris, Londres, Mexico ou Los Angeles." Pour la Belgique, le rendez-vous est désormais fixé : ce sera le 22 mai 2022 du côté d'Anvers. Be there or be square !

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