Paradoxant : le side project curieux et particulier d’Antoine Meersseman

On a nous-même du mal à y croire compte tenu de cette invraisemblable météo, et pourtant : il y a quelques jours seulement, on rencontrait par une douce matinée de printemps, l’homme derrière le singulier Paradoxant. Assis à distance raisonnable sur le mobilier usé de la guinguette du parc de Forest, on a discuté nouvel album, vers d’oreille, new wave, post-punk, succès et petit plaisir musical secret avec Antoine Meersseman.

Il est la basse et le clavier du quintet pop rock bruxellois BRNS : à 34 ans, le multi-instrumentaliste Antoine Meersseman prend la tangente pour étancher une soif de nouveaux défis musicaux et crée, il y a maintenant deux ans, Paradoxant : "Je composais beaucoup depuis 2016, 2017 et j’ai commencé à avoir un gros réservoir de chansons. Ça faisait longtemps que j’avais envie de me challenger un peu mais j’avais peur de m’y confronter parce que c’est difficile de porter un projet tout seul. Quand on est en groupe, on assume moins certaines responsabilités même si ça peut générer aussi d’autres frustrations. "

Quand tu es dans un nouveau projet c’est trop bien, personne ne t’attend, tu n’existes pas donc tu peux faire tous les choix que tu veux.

Un baptême du feu, un peu, mais un projet plaisir surtout. Un projet, d’une certaine façon, libérateur pour celui qui, à la base, joue l’homme de l’ombre "j’ai toujours un regard un peu dur sur moi-même, je me disais souvent que je n’étais pas un très bon musicien, pas assez bon à ci, à ça… Du coup, j’ai vraiment voulu développer un univers où il y a une forme de fragilité, où c’est moi qui chante, de façon à faire le deuil de ces frustrations... de me dire qu’on est légitime à partir du moment où on le fait".

Un projet clairement plus niche, bien que pas forcément si éloigné de la structure rassurante des mélodies pop de BRNS. Une sorte de pop rock un peu plus sombre, un peu plus bizarre, intrigante mais sexy. Souvent assimilé à Suuns et Liars, Antoine affiche toutefois ses références et son univers "j’ai beaucoup écouté de new wave, de post-punk, des gros sons plein de chorus, à la Cure. Des choses qui me plaisent et que je n’ai aucun problème à revendiquer. Par exemple, sur le single "dead beat", tu pourrais chanter "A forest" des Cure, je ne m’en cache pas, il y a réelle parentalité."

Et venons-en au fait : moins d'un an après la sortie d’un premier titre en avril 2020, Antoine, accompagné de son homonyme (Monolithe Noir) et de Romain (Ropopoprose), dégaine son premier album Earworm sur le label bruxellois Humpty Dumpty Records début mars 2021.

3 images
© Tous droits réservés

Earworm, littéralement vers d’oreille, fait écho "à une mélodie un peu à la con mais qui reste en tête", ironise Antoine. Métaphore amusante, quoi qu’un un poil dérangeante et précisément reproduite dans le clip du même dead beat.

Fidèle à son univers, Antoine et ses acolytes livrent neuf titres intemporels et imparfaits, mélodiquement à la frontière entre les années 70, 90 et aujourd'hui. Neuf ritournelles aux accents un peu glauques, voire glacials mais pas que.

C’est à la fois un album qui a été beaucoup travaillé et qui possède à la fois beaucoup d’imperfections volontairement laissées

En s’octroyant les talents de Clément Marion (David Numwami, Judith Kiddo), Paradoxant expérimente et s’éclate "on trouvait beaucoup de trucs marrants dans les morceaux, des sons mal joués, des choses que j’avais fait de manière complètement foireuse. Du coup, en fait, l’album il est truffé d’erreurs, de parties qui se décalent un peu… et c’était très libérateur ! On avait pas mal de temps pour le faire, forcément, et on s’est vraiment bien marré, on était dans notre petite bulle, à garder plein de choses un peu mal jouées". Et il est là, en fait, tout le génie et toute la singularité du projet.

Loin de prétendre à un succès commercial triomphant, dont il se méfie par ailleurs, Paradoxant a le talent, la modestie et l’humilité caractéristiques des groupes peu inquiétés des effets du temps. Il a le charme de ces petites découvertes, ces petites merveilles auditives, ces bizarreries sur lesquelles on est heureux de tomber et qu’on aimerait garder rien que pour soit, comme un secret. 

Newsletter Jam.

Recevez chaque semaine toutes les actualités musicales proposées par Jam., la radio "faite par des êtres humains pour des êtres humains"

OK