Odd Morris, relève dublinoise d’un post-punk qui ne dit pas son "non"

La nouvelle scène rock irlandaise n’a décidément rien à envier à ses voisins britanniques. Outre les phénomènes Fontaines D.C. et The Murder Capital, Dublin regorge de talents qui n’attendent qu’à éclore sur la scène internationale. Parmi eux, Odd Morris, une formation originaire du nord de Dublin dont les prestations remarquées font l’unanimité auprès de la presse locale. Rencontre avec Daragh Griffin, chanteur et guitariste, à l’occasion de la sortie de leur nouveau single qui annonce un premier EP à paraître le 27/10.

À Dublin, le changement est dans l’air. Une nouvelle génération d’artistes s’empare des rues de la capitale irlandaise et en fait son terrain de jeu. Poètes, musiciens, rappeurs, peintres, photographes échangent, collaborent et semblent redonner un second souffle à la ville industrielle. La noise de Girl Band d’un côté, le hip-hop de Kojaque de l’autre : sur les rives de la Liffey résonnent les échos des guitares saturées et le flow d’une génération qui n’a pas peur de clamer haut et fort ses états d’âme.

L’histoire d’Odd Morris commence comme celle de nombreux groupes, sur les bancs de l’école. Daragh, Ciarán, Sam et Kris se sont rencontrés à Swords, au nord de Dublin. "On a commencé à jouer ensemble assez tard, après avoir fini nos études. On avait un train de retard sur les autres groupes (rires)." Daragh, chanteur et guitariste, a travaillé un an dans le marketing avant d’abandonner son job afin de se consacrer pleinement à la musique. "Ce n’était pas une décision difficile à prendre parce que je détestais ce job. J’ai étudié le marketing et le business c’est de la merde (rires). Les gens avec qui je travaillais étaient super mais je ne me suis jamais fait à ce style de vie. La musique était toujours dans un coin de ma tête. Je suis vraiment heureux aujourd'hui de tenter le coup à fond dans la musique même si c’est ultra-difficile."

"Not just another Dublin post-punk band"

Depuis 2019, Odd Morris sème ses premiers singles et récolte au passage les critiques élogieuses de la presse irlandaise et britannique. Un petit côté emo, un solide duo basse/batterie, des mélodies mélancoliques bien conçues, le tout porté par une voix charismatique et sincère, il n’en fallait pas plus pour convaincre Steve Lamacq de BBC 6 et les ériger en espoirs du rock irlandais.

Labellisés sous l’étiquette "Irish Post-Punk", les 4 musiciens se retrouvent, en quelques mois, associés à cette scène post-punk dublinoise en plein boom emmenée par Fontaines D.C. et The Murder Capital. Une étiquette difficile à porter pour le jeune groupe qui peine encore à trouver sa voie. "Les gens ont commencé à dire "Odd Morris, ils viennent de cette scène post-punk." Et comme ça, d’un coup, c’était qui nous étions ou en tout cas qui nous étions censés être. C’était si étrange de nous mettre dans ce panier si tôt, à un moment où ne méritait même pas qu’on écrive sur nous. On n’était pas très bon en live (rires). On était toujours en train de se chercher en tant que groupe en fait" explique Daragh.

Un énième groupe post-punk ? Ce qui permet à Odd Morris de revendiquer une place de choix sur la scène alternative dublinoise est sans doute ce côté pop indie qu’ils cultivent avec simplicité. "On adore écrire des chansons. On est plus le genre de groupes à écrire trop que trop peu (rires). En fait, on compose en fonction de ce qu’on ressent le jour même. Pour les paroles c’est la même chose, tout dépend de l’inspiration du moment. "The Once Was Enough", c’est une chanson super simple. On avait juste ce riff indie dont on adorait le son."

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Odd Morris. De gauche à droite : Daragh Griffin (guitare/voix), Ciarán 'Mac' McCarthy (basse), Kris Hassett (guitare), Sam Martin (batterie). © John Lyons

Poésie urbaine des temps modernes

Odd Morris a annoncé la sortie d’un premier EP attendu pour le 27 octobre. Enregistré à Dundalk en trois jours, "Cityscape The Ballet" est une sorte d’échappatoire à l’effervescence d’une vie urbaine angoissante. "On avait 10 chansons que l’on voulait enregistrer et sortir. On a débattu de l’idée d’en faire un album mais on s’est dit que c’était peut-être un peu prématuré. On a fini par choisir 5 morceaux qui suivent une sorte de fil rouge. Il y a vraiment un thème commun et une certaine mélancolie tout au long de ce premier EP. Tous ces morceaux ont une origine commune."

Le groupe vient de dévoiler "Silhouette", un nouveau morceau, extrait de ce premier EP, qui questionne les stéréotypes d’une masculinité en pleine évolution. "Je pense que les mecs se sentiraient mieux s’ils étaient plus ouverts les uns envers les autres." explique Daragh qui a écrit ce morceau comme une thérapie à cahier ouvert. Inspiré par la poésie de ses contemporains, le chanteur écrit avec une honnêteté déconcertante. "C’est naturel pour moi d’écrire ce que je ressens. Parfois, j’enfouis mes idées dans des métaphores si je n’ai pas envie de rentrer dans les détails mais j’ai l’impression que je suis obligé de le faire. C’est ma manière d’écrire, je ne sais pas faire autrement. Je dois parler de ce que je connais" confie l’artiste.

Un sens de la communauté

Si la scène dublinoise semble si soudée et cohérente, c’est parce que tous ces groupes répètent au même endroit, au Yellow Door Studio. Situé sur la rive nord de la ville, dans le quartier des docks, Odd Morris y côtoie Fontaines D.C., Girl Band, The Murder Capital… "On est là-bas 3 jours par semaine parce qu’on a chacun des petits boulots. On partage notre local avec un autre groupe donc on s’arrange pour trouver des horaires qui conviennent à tous. On répète là-bas depuis 2 ans et demi. C’est un super endroit, il y a une chouette atmosphère" raconte Daragh.

Le succès récent de Fontaines D.C., nominés aux Grammy Awards pour leur très bon deuxième album, a attiré l’attention sur la scène alternative de Dublin. Ce coup de projecteur a révélé une série de talents qui risquent bien de se faire entendre dans les prochains mois. "Fontaines sont une grande inspiration pour nous tous. C’est incroyable de voir jusqu’où ils sont allés. Ces gars-là restent super sympas, tout le monde l’est en fait. Personne n’a pris la grosse tête. C’est même étrange de faire partie de la même scène. Nous, on reste un petit groupe. C’est tout juste incroyable à quel point tous les groupes en Irlande sont excellents pour le moment, les rappeurs et le hip-hop aussi. Cet engouement est presque surréaliste."

Tout le monde a beaucoup de respect pour les autres artistes de la scène. On veut tous voir les autres réussir. Il n’y a aucune fausseté là-dedans.

Si les choses ont résolument changé à Dublin depuis l’ascension de la bande de Grian Chatten, il y règne une solidarité rare qui transcende les différences stylistiques. Selon Daragh, il s’agit d’une chose très naturelle : "Tout le monde a beaucoup de respect pour les autres artistes. On veut tous voir les autres réussir. Il n’y a aucune fausseté là-dedans. Junior Brother (ndlr : un artiste solo folk acoustique) est parti en tournée avec The Murder Capital… Nous, on écoute tous ces artistes tout le temps sur Spotify. On adore la musique irlandaise, c’est juste grandiose !"

Odd Morris sortira son premier EP "Cityscape The Ballet" le 27/10 prochain.
Le groupe sera en tournée en Angleterre cet automne et traversera la manche pour la première fois pour se produire au London Calling Festival à Amsterdam le 29/10.

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