Myd : Succès électronique pour un loser magnifique

Ancienne cheville ouvrière du collectif électro Club Cheval, nouvelle recrue du label Ed Banger, Myd diffuse sa bonne humeur sur le dancefloor. Incarnation du cool, le producteur français vient de publier "Born a Loser", un premier album délicieusement ensoleillé sur lequel se dandinent les copains Juan Wauters et Mac DeMarco. Une histoire qui sent l’été à plein tube.

Bleu lagon ou rose bonbon, les verres des lunettes de Quentin Lepoutre s’accordent parfaitement à sa dégaine de clubber néo-plagiste. Casquette vissée sur la tête, chaîne en or et t-shirt chiné d’occasion, le producteur français adapte son look à un mode de vie plus cool que jamais. "J’ai toujours été en marge du système", raconte-t-il derrière son écran d’ordinateur. "Je suis l’éternel outsider. Je l’affirme haut et fort avec "Born a Loser" mais, pendant longtemps, j’ai esquivé cet aspect de ma personnalité. Sur la scène électro, la question de l’apparence compte beaucoup. Il faut être le plus fort, le plus beau gosse, le plus doué, le plus sombre, le plus mystérieux... Désormais je m’affiche tel que je suis. Parce qu’au final, c’est ma plus grande force."

Éviter les flics

En phase avec une philosophie qui doit autant au Big Lebowski qu’à BoJack Horseman, Myd prolonge les plaisirs de la French touch en compagnie de gens qui lui ressemblent. Présents au casting de "Born a Loser" Mac DeMarco et Juan Wauters sortent ainsi leur plus beau short de piscine pour plonger, tête la première, dans le grand bain électronique. "Si je me suis tourné vers ces deux-là, c’est pour réaliser des trucs que je suis incapable de faire tout seul : des bons sons indie-folk." Pour ça, le nom de Mac DeMarco sonne effectivement comme une évidence. "Il est pote avec Pedro Winter et les mecs de Justice. L’un d’eux m’avait confié que Mac aimait ma musique. Alors, j’ai songé à une collaboration. Je lui ai même envoyé une compo, mais ça n’a rien donné… L’année dernière, j’étais à Los Angeles pour tourner le clip du morceau "Together We Stand" Avec la crise sanitaire et l’annulation de ma tournée américaine, je suis resté bloqué là-bas. De son côté, Mac DeMarco devait partir en Asie, mais tout est tombé à l’eau..." Myd y voit un alignement des planètes, un signe du destin : l’occasion de rencontrer le musicien. "J’avais entendu dire que les mecs de Justice lui avaient offert un cabriolet Toyota super bling-bling : la bagnole qu'ils avaient utilisé dans le clip de "Fire". Mac DeMarco possède un permis de conduire canadien et, pour une raison administrative, il n'était pas en mesure de récupérer ce véhicule. J’ai donc décidé d'aller le chercher moi-même. Je me suis dit que ce serait un chouette cadeau à lui faire et, surtout, une bonne excuse pour traverser Los Angeles au volant d'une caisse super classe. Sauf qu’en réalité, il s’agissait d’une épave. La misère totale. J'ai pris mon courage à deux mains pour la conduire, en espérant ne pas croiser les flics. Arrivé à destination, Mac DeMarco était trop heureux de retrouver son tacot. Nous avons fêté ça en enregistrant le morceau "Moving Men" dans son studio."

Le club des geeks

Pour sceller leur union, Myd et Mac DeMarco imaginent ensuite ce clip d’animation complètement burlesque. Entre coups foireux en salopette et éloge de la fumette, les personnages gèrent une compagnie de déménagement tout-terrain. "Cette vidéo est à notre image. Nous sommes capables de faire cohabiter deux facettes de nos personnalités. Certains nous perçoivent en effet comme des branleurs professionnels. Il y a un peu de ça... Mais une fois en studio, c’est notre côté consciencieux et ultra besogneux qui ressort. Mac DeMarco peut se prendre la tête pendant une heure pour choisir un câble ou une carte-son. Il est comme moi : un vrai geek. En dehors des sessions d’enregistrement, notre comportement est différent. Nous sommes plutôt du genre à manger un burrito en buvant des bières et en racontant des anecdotes." L’autre folkeux invité à bord de "Born a Loser" est Juan Wauters. "Quand j’écoute sa musique, j’ai l’impression d’avoir dégoté une vieille casette remplie de trésors cachés des années 1960 et 1970. Au début, je voulais sampler un de ses titres. Mais je les aimais tellement que j’osais à peine y toucher. J’ai donc envisagé une autre stratégie : faire un morceau avec lui, tout en donnant l’impression qu’il était samplé. Évidemment, Juan Wauters n’a rien pigé à mon délire. Alors, juste après un de ses concerts à Paris, je lui ai demandé de me rejoindre en studio et de me faire confiance. Au point de départ, le morceau ne ressemblait à rien. Heureusement, j’avais une idée très précise de l’objectif à atteindre."

Le rap, l’autre force de frappe

Si Myd a bricolé son nouvel album en compagnie de joyeux lurons, il a également produit des disques pour Zola ou SCH, deux rappeurs un peu moins détendus du slip que Juan Wauters et Mac DeMarco. "Le rap est un terrain propice pour des gens comme moi. C’est le paradis des producteurs. Je suis arrivé dans ce milieu par l’intermédiaire de DJ Kore avec qui nous avions finalisé l’album de Club Cheval. Juste après, il m’avait proposé de bosser sur un titre de SCH. C’était super malin de sa part. Moi, j’allais forcément débarquer avec un son bizarre joué sur un synthé. Un truc qui conduirait forcément SCH vers d’autres horizons. Collaborer avec des rappeurs, ça me permet de sortir de ma bulle. En plus, c’est une sphère favorable aux innovations sonores. Cela me donne l’occasion de développer d’autres techniques de travail."

Du bonheur chez Ed Banger

Depuis l’énorme succès rencontré par Justice, l’écusson du label Ed Banger avait un peu pris la poussière. Avec ses sons lumineux et ses bonnes vibrations électroniques, Myd décroche les toiles d’araignée et fait briller le parquet de sa maison de disques. "Je suis arrivé chez Ed Banger en faisant profil bas. Personne ne m’attendait là-bas. Pedro (Winter) m’a tendu la main en me proposant de rejoindre l’équipe. C’est cool parce que j’ai l’impression que l’énergie que j’insuffle dans mes productions est totalement raccord avec la dynamique actuelle du label. Dans les semaines qui viennent, il va y avoir l’album solo de Gaspard Augé (Justice) et un retour de Busy P. Le DJ parisien Mad Rey sort un maxi qui ravive les meilleurs souvenirs de la French touch. Et puis, il y a le producteur suisse Varnish La Piscine qui vient de rejoindre le label. Aimer la musique des artistes qui sortent en même temps que moi sur Ed Banger, c’est mon petit bonheur." Des bons sons et un producteur heureux : difficile de faire mieux.

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