Mort de MF DOOM: l’étrange disparition de l’homme au masque de fer

Légende du rap, l’artiste s’est éteint à 49 ans, laissant derrière lui de nombreuses questions et un paquet de disques essentiels. Retour sur la vie et l’œuvre d’un super-héros rongé par ses démons.

Planqué sous son indéboulonnable masque de fer, Daniel Dumile se métamorphosait régulièrement en MF DOOM, super-héros d’un rap infusé de jazz, de soul et d’électro. Apparu à la fin des années 1990, le personnage s’est élevé sur les hauteurs du hip-hop indépendant à la faveur de collaborations fascinantes et d’une aura mystérieuse. Celle-ci a touché un point de non-retour le soir du réveillon. C’est en effet dans la nuit du 31 décembre que l’épouse du rappeur est venue enterrer 2020 en annonçant officiellement la mort de son mari. Daniel Dumile se serait, en effet, éteint le 31 octobre. Il avait 49 ans. De quoi plomber une ambiance déjà bien confinée... Au-delà de la tristesse, cette déclaration s’accompagne d’une avalanche d’énigmes. Pourquoi attendre deux mois pour révéler la mort d’un géant du rap indépendant ? Quelles sont les raisons de ce délai ? Quelles sont les raisons de son décès ? Autant de questions qui, jusqu’ici, demeurent sans réponse. Reste que le monde a perdu un sacré numéro.

Band of Brothers

Né à Londres, Daniel Dumile a grandi du côté de New York. C’est là qu’il découvre le rap et qu’il monte le groupe KMD aux côtés de son frangin. Repérée par le label Elektra, la formation signe son premier album en 1991. Baptisé ‘Mr. Hood’, le disque en question s’inscrit dans la tradition East Coast. Petit classique de la culture old-school, cette sortie lance véritablement la carrière de KMD. Mais le destin ne l’entend pas de cette oreille... Victime d’un accident de la route, le frère de Daniel Dumile est tué sur le coup. Pour noircir le tableau, le deuxième album de KMD est frappé par la censure et les diktats d’un label peu enclin à défendre les intérêts de la communauté afro-américaine. Foudroyé en plein vol, KMD s’écrase violemment. Affecté par la mort de son frère, terriblement déçu par l’industrie du disque, Dumile sombre dans la dépression, l’alcool, les drogues. Clochard dans les rues de Manhattan, il touche le fond.

Réincarnation

Fin des années 1990, l’homme réapparaît dans un troquet new-yorkais. Tel un vengeur masqué, il monte sur scène et pose le flow, visage planqué sous une armure en fer. Renommé MF DOOM (pour Metal Face DOOM), l’artiste ose là un clin d’œil à l’univers Marvel et, en particulier, au super-vilain Doctor Doom. Cet attirail devient sa marque de fabrique, son emblème, le signe de sa renaissance. Ce masque ne le quittera plus. Jamais. En 1999, le rappeur signe un premier album. Classique instantané, ‘Operation : Doomsday’ est une pierre angulaire du hip-hop indépendant. Chargé de samples soul-jazz, dopé par une production protéiforme, le disque fait souffler un vent de fraîcheur sur le rap avec l’art, la manière et un doigt tendu en direction des pontes de l’industrie musicale. Attirés par les super-pouvoirs de ce géant masqué, d’autres héros se pressent à ses côtés. Histoire de rendre le monde meilleur. MF DOOM s’associe, entre autres, à Madlib pour former le duo Madvillain, à Jneiro Jarel (JJ DOOM), mais aussi au producteur Danger Mouse pour réaliser l’incroyable collaboration Danger Doom.

Un masque, de multiples visages

En marge des albums enregistrés sous le masque de MF DOOM, Daniel Dumile apparaît également sous d’autres identités. Planqués derrière les alias de King Geedorah, Viktor Vaughn ou Metal Fingers, l’artiste modifie l’ADN du rap et signe des disques cultes de chez cultes. Depuis, le gratin de la pop moderne rêve d’accrocher le masque de MF DOOM dans l’un ou l’autre album. Ce sera notamment le cas pour Gorillaz, The Herbaliser, De La Soul, Talib Kweli, Ghostface Killah, Roc Marciano, Kool Keith ou Flying Lotus avec lequel il signe un morceau pour la bande-son du jeu vidéo Grand Theft Auto V. Adulé par EL-P (Run The Jewels), vénéré par Tyler, The Creator, MF DOOM s’est retiré dans l’ombre d’une sombre année. Un départ sans fanfare, totalement énigmatique, quasi légendaire. Complètement à son image.