Micro Festival : deux jours de (t)rêve en cité ardente

Organiser un festival en 3 mois en tenant compte des protocoles sanitaires obligatoires, mettre en place un testing à l'entrée, proposer une affiche cohérente et éclectique : le défi était de taille. La mission est pleinement remplie pour "le Micro" qui a proposé 2 journées de découvertes musicales et l’occasion, surtout, de retrouver les petits plaisirs de la vie de festivalier. 

Samedi, il est 12h30. Le groupe chargé d’ouvrir le festival s’apprête à monter sur scène. Les premiers festivaliers arrivent sur le site et sont accueillis en grande pompe par le speaker du festival (dont les improvisations au micro nous auront bien fait rire durant ces deux jours). Il harangue la foule et mène les troupes sous le chapiteau en annonçant solennellement le "revival du Micro Festival". On se regarde, on a l’impression de vivre un moment étrange, sorti d’un autre temps. Tout nous semble pourtant si familier. Pour certains l’émotion est (trop) forte. On aperçoit des larmes de joies, des scènes d’exultation et des gens qui sautent sur place à l’entrée, après avoir montré patte blanche et obtenu leur précieux sésame pour le festival. Bas les masques : pendant 2 jours, cette trêve s’est transformée en rêve. Chanter, danser, crier, s’embrasser, rire, vivre tout simplement.

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On a dansé sur la scène Oasis 3000. © Thierry Dupiereux-Fettweis

Depuis 10 ans, le Micro Festival se joue des genres et propose une affiche hybride 100% alternative. Et si on ne connait bien souvent pas la moitié du quart du line-up, on prend un malin plaisir à découvrir ces artistes qui deviendront bientôt nos petits protégés. Le public, amateur de découvertes, était présent dès l'ouverture. Le samedi, le chapiteau de la scène Circus a fait la part belle à la scène rock. Avec Warm Exit, d'abord, un quatuor punk bruxellois déjanté dont on retiendra la fougue et à qui on doit les premiers pogos du festival. Avec les 4 guitares d'I H8 Camera, ensuite, qui réunissait sur scène des membres fondateurs de dEUS. On a apprécié le charisme du duo canadien Deliluh, oscillant quelque part entre un post-punk expérimental et des nappes synthétiques d'arpégiateurs. On aura également transpiré sous le chapiteau devant les hymnes punk à la british d'Iguana Death Cult qui auront égayé la nuit liégeoise.

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Une programmation éclectique. © Tous droits réservés

A quelques dizaines de mètres de là, la fête battait son plein du côté de l’Oasis 3000 où régnait une ambiance de club. La scène circulaire, disposée au centre du public, était une invitation à la danse et la communion. De quoi recréer du lien, après cette longue période sans concerts. C’est dans cette configuration qu’on a vécu quelques concerts mémorables, notamment celui d’Avalanche Kaito qui restera pour beaucoup une des plus grosses claques de cette édition du Micro Festival. Une batterie endiablée, une guitare énervée et un chanteur charismatique, Avalanche Kaito, c’est un peu comme si Black Midi avait découvert certains instruments traditionnels africains. Le trio ethno-noise a littéralement mis le feu à la scène en instaurant une transe à laquelle il était difficile de résister et qui aura marqué les esprits. Difficile à croire qu’il s’agissait du deuxième concert du groupe tant l’ambiance était électrique. On notera également la prestation remarquée de Bothlane, qui en conjuguant batterie et synthés modulaires, a transformé l’Oasis 3000 en dancefloor. En témoigne d’ailleurs le voisin que l’on admirait au loin danser du haut de son balcon en se brossant les dents.

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Avalanche Kaito a mis le feu à l’Oasis 3000. © Thierry Dupiereux-Feittweis

Deuxième jour : groove, groove, groove !

Même si la pluie a décidé de s’inviter à la fête, le line-up du dimanche était parfaitement à même de chasser la grisaille. Au programme de la journée, un savant mélange d’électro, de jazz, de hip-hop. Les groupes se sont enchaînés sans interruption, instaurant ainsi un groove incessant. On a d’abord plané du côté de Tukan, qui a confirmé avec brio son statut de gagnant du Concours Circuit 2020, on s’est laissé emporter par les cuivres de The Brums, on a attrapé un torticolis sur les beats trap énervés de Echt ! avant de rejoindre l’Oasis 3000 pour le duo magique Lander & Adriaan. Si le dimanche était assurément la journée des batteurs et des claviéristes, Lander Gyselinck et Adriaan Van de Velde n’ont pas fait figure d’exception. Les deux ovnis de la scène jazz flamande ont conjugué leurs influences respectives dans un set explosif aux beats déstructurés et irrésistibles. Le festival n’aurait pas pu mieux se clôturer qu’avec le concert de Dijf Sanders. Accompagné de Simon Segers (batteur à l’œuvre dans Black Flower et De Beren Gieren) et Mattias De Craene (saxophoniste de Noordman), le producteur gantois a plongé le chapiteau dans une ambiance orientale hypnotique. Un concert qui sonne presque comme la synthèse hybride de ce qui a précédé pendant ces 2 jours au coin de la rue Vivegnis.

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A l’année prochaine. © Tous droits réservés

On ressort de ce Micro Festival avec le sentiment agréable d’avoir retrouvé une partie de notre vie d’avant, celle où on s'autorise à prendre des inconnus dans les bras, où on recroise de vieux copains, où on s’amuse avec insouciance de mots d’amour écrits sur des ballons de baudruche dans le public, et où il est bon de s’enivrer de cette musique qui nous avait tant manquée. A l’année prochaine !

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