Mezerg : "Le conservatoire t’apprend à être un technicien, pas un artiste"

Le génial inventeur du Piano Boom Boom clôturait la grande scène du "Petit Esperanzah" ce week-end. Seul sur scène, muni de ses deux synthés, ses quelques pédales, son fidèle thérémine et quand même son ami violoniste Emilio Castiello pour quelques minutes, le Bordelais a complètement transformé le festival en une rave party le temps d’un concert. En marge de l’événement, nous avons pu échanger quelques mots avec Marc Mezerg.

Cela fait maintenant quelques années que Mezerg se crée une renommée à travers l’Europe. Une notoriété qui découle directement des idées saugrenues fusant dans sa tête. Ce qui nous parait exceptionnel devient la norme chez lui : un voyage de 3 semaines en stop avec son piano pour rejoindre le Sziget Festival de Budapest, des concerts dans les rames du métro bordelais ou encore créer de la musique avec des melons et des pastèques, c’est ça l’esprit Mezerg. Le musicien vole au gré de ses envies, ce qui le rend extrêmement fascinant.

Le conservatoire, un peu mais pas trop

Si entendre les Beatles l’a introduit à la "vraie musique", comme il l’appelle, ce sont les Doors qui lui ont donné l’envie de commencer le piano. Assez tard cela dit car il ne se retrouvera derrière un clavier qu’à 16 ans. Trois ans plus tard, il entre au conservatoire de jazz pour parfaire sa technique, sans toutefois accrocher à cette approche académique de la musique. Il y puise cependant beaucoup de connaissances, notamment dans l’improvisation, ce que l’on retrouve beaucoup dans ses lives. Mais pour lui, c’était clair que ce n’était pas dans une institution comme celle-là qu’il allait pouvoir créer un projet. "Le conservatoire t’apprend à être un technicien, pas un artisteJe ne critique pas le conservatoire, mais quand tu y vas, il faut savoir pourquoi tu y es et pourquoi tu y restes. J’ai vu trop de profils s’enterrer là-bas. Et en même temps tu en vois certains s’illuminer parce qu’ils sont vraiment dans le style académique et ils vont au bout des choses dans ce cursus-là. Si tu as la volonté de porter un projet, tu vas être freiné par le conservatoire."

Piano Boom Boom

Tout le monde ne peut pas se targuer d’avoir inventé son propre style. Mezerg a lui initié le Piano Boom Boom. Un nom simple qui résume parfaitement la pratique : du piano et un rythme soutenu. "J’étais monté sur Paris et là-bas je voulais faire des pianos-bars. Je travaillais là-dessus et en même temps je faisais beaucoup de soirées Balkan music. Eux, ils font un gros kick sur tous les temps, ça m’a inspiré et j’ai acheté un truc qui me permettait de taper du pied à gauche. Là je me suis dit : "C’est bon, j’ai mon truc”. J’ai appelé ça le Piano Boom Boom et j’ai bossé dessus. Quelques mois après j’ai dévoilé le projet Mezerg officiellement. "

En sortant du conservatoire, je me suis aperçu que je n’en avais rien à br**** du jazz.

Pour lui, c’était aussi une manière de quitter l’esprit du conservatoire qui l’avait rebuté. "Au début, je voulais faire du piano-bar, puis je me suis aperçu en sortant du conservatoire que je n’en avais rien à br**** du jazz, je n’avais qu’une envie c’était d’en sortir en fait. Donc j’allais en club, j’allais en boîte, je découvrais un peu les musiques d’aujourd’hui quoi !"

De la rue à la scène

Parti d’un trio piano droit – charleston – grosse caisse, formule acoustique qui l’a accompagné tout le début de sa carrière, Mezerg s’est rapidement rendu compte que la formule ne passerait pas les frontières de la rue"Je m’en suis d’ailleurs rendu compte en Belgique, au KiKK Festival de Namur en 2017. J’étais allé sur scène et ça ne le faisait vraiment pas, le son était pété. Un son crade dans la rue, ça passe, c’est de l’acoustique. Quand tu veux commencer à sonoriser tout ça, c’est une galère. Ce n’était pas nul, mais c’est vraiment le moment où je me suis dit que si je faisais de la scène, je devais m’équiper et électrifier mon matériel."

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il s’équipe de deux synthétiseurs analogiques, l’un sur lequel il jouera les lignes de basse avec la main gauche, l’autre pour la mélodie. Un hommage évident au tout grand Ray Manzarek, claviériste des Doors. "C’est à la fois un hommage et aussi c’est ma vision du piano. C’est ce qui me faisait kiffer, comme on peut adorer un solo de guitare d’AC/DC et vouloir se mettre à la guitare, moi c’était le piano des Doors". Il ajoute aussi des pédales de percussions électriques et surtout un thérémine, qui renforceront ses sets d’une touche de magie. "Cette utilisation du thérémine n’avait jamais été trop démocratisée, personne n’en avait fait grand-chose. Quand j’ai capté que c’était possible, j’ai regardé sur internet ce qui avait été fait dans les dix dernières années et il n’y avait rien du tout à part quelques vidéos. Je me suis dit qu’il y avait une carte à jouer, un boulevard. Ça a beaucoup profité au projet."

Ce passage à l’électrique lui a permis d’explorer des horizons beaucoup plus vastes dans la musique. Et forcément de s’apparenter à de la musique électronique. "Je l’ai découverte quand je me suis mis à faire mon projet. Je ne viens pas trop de là à la base." En bon grand fan d’Hilight Tribe, il a beaucoup calqué leur style trance pour créer son projet. "Hilight Tribe fait partie des groupes qui m’ont donné envie de faire de la musique comme j’en fais."

Celui qu’on pourrait qualifier de claviériste fou, jouant des mains et des pieds à un rythme effréné, arrive tout doucement à la fin d’un cycle de sa carrière, celui de Chez Mezerg, son premier vinyle sorti cette année (avec notamment une édition collector quatre vinyles). Mais attention, il ne faut pas le qualifier de premier album pour le Girondin. Le disque n’a aucune véritable ligne directrice, il s’agissait simplement pour lui d’encadrer deux ans de production indépendante en un objet et les faire fructifier sous la forme de merchandising.

Marc Mezerg est donc parti pour continuer son chemin dans la musique autrement, avec de probables nouveaux instruments, en établissant des collaborations, lui qui en faisait peu, mais toujours en restant dans sa vision de la musique : indépendante, singulière et forcément auto-satisfaisante.

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