Mélissa Laveaux : une voix, plusieurs combats

Mélissa Laveaux
Mélissa Laveaux - © Romain Staros Staropoli

Artiste québécoise multifacettes, Mélissa Laveaux puise dans ses racines et ses engagements une folk lumineuse et militante.

Quand elle entre sur scène, Mélissa Laveaux scrute lassemblée venue l’écouter. Et si elle ny trouve que des auditeurs blancs, elle ne manquera pas de le faire remarquer. On aurait tort de sen offusquer : la chanteuse dorigine haïtienne, née à Ottawa et installée à Paris, fait une simple constatation. Elle envoie une invitation, surtout : celle à ouvrir les yeux sur le monde si vaste et diversifié qui nous entoure. Un précepte quelle applique à son univers musical, dune reprise de Needle in the Hay " d’Elliott Smith à la relecture radicale de chants caribéens dans un troisième album, Radyo Siwèl.

C’est une ode à la résistance haïtienne durant loccupation américaine ", expliquait-elle à sa sortie, lors dun passage à Bruxelles en amont des Nuits Botanique 2018. " Quand j’étais plus jeune, mes parents parlaient constamment de l’indépendance d’Haïti. Il y a eu l’indépendance, avec la fin de lesclavage, puis la dictature. Mais entre les deux, il semblait ne rien y avoir. J’étais curieuse, et je suis tombée sur le récit de loccupation américaine. À ce moment-là, je me suis rendue compte quil y avait une partie de lhistoire que mes parents avaient oublié de me raconter. Ça m’a rendue un peu triste ". En découle ce Radyo Siwèl, dans lequel elle se réapproprie une culture quelle ne connaissait que vue du Canada. Le résultat est une collection de douze titres de chants en créole issus de la résistance haïtienne du début du 20ème siècle, réinterprétés dans une folk ensoleillée. L’album l’emmène depuis lors des salles de villes pluvieuses en festivals estivaux, des petits showcases bruxellois aux grandes messes internationales du jazz.

Identités multiples

Mais Radyo Siwèl est une incartade à la musique teintée de blues quelle a proposée par le passé, à travers deux albums en français et anglais : Camphor & Copper en 2008 et Dying is a Wild Night cinq ans plus tard. Et quitte à remonter le temps, autant le faire jusqu'au début du parcours de Mélissa Laveaux, au début du siècle. " J’étais étudiante au Canada quand on ma proposé d’être bénévole pour un festival de musique féministe, le Lady Fest. On ma demandé de chanter, alors jai chanté ", raconte-t-elle simplement. Lanecdote est pourtant emblématique. Jeune artiste noire qui ne parle pas le créole haïtien mais le chante , lesbienne déshéritée, artiste engagée pour laccessibilité à la musique  : Mélissa Laveaux mêle sans cesse ses revendications et engagements avec le son quelle porte en elle. " Mes identités multiples forment ce que j’écris. Je me vois comme une migrante parce que jai déménagé en France, qui nest pas mon pays, et jai dû quitter ma famille pour des raisons multiples, dont mon coming out. Ce sont des choses qui nourrissent beaucoup mon écriture, qui est teintée de ce que je vis. Je ne vis pas une identité à la fois, je les vis toutes ensemble. Ma musique, cest ça : toutes mes identités mélangées ensemble, tout le temps, en même temps ".