Les doux rêves d'Ari Lennox

De plus en plus nombreuses au front, les filles du hip hop US compte, avec Ari Lennox, une nouvelle ambassadrice de renom

A 28 printemps, Courtney Shanade Salter, de son vrai nom, atteint enfin l'envergure qui lui correspond. Publié la veille du dernier été, son premier LP ''Shea Butter Baby'' semble bien parti pour être l'album de sa tardive révélation. Pourtant, l'Américaine dévoilait son grain de voix sur des reprises il y a déjà une décennie. A l'époque, la jeune fille vient de sortir de l'école et s'ennuie. Tout le monde prolonge ses études. Pas elle. Du coup, elle passe le plus clair de ses journées à chanter des covers et à ''youtuber''. Deux d'entre elles sortent du lot et finiront par provoquer l'étincelle : le "Drunk in Love" de  Beyoncé et, surtout, "Thinkin 'bout You” du grand Frank Ocean.

 

Avant d'empiler les vues sur ses clips et les fans sur ses réseaux, la demoiselle a multiplié les

jobs de fortune et les petits boulots : dans l'horeca de multiples fois, chez Papa John's, Pizza Hut, Whole Foods et Wendy's, derrière le comptoir d'un magasin de fringues un peu punk (Commander Salamander), dans une salle de sport (Planet Fitness) assez longtemps, et surtout chauffeur Uber de ses 24 à ses 26 ans. Dans l'intervalle, ses reprises bricolées et ses vibrations R'n'B/soul se sont pourtant frayées un chemin jusqu'aux oreilles de J.Cole, rappeur émérite et boss de la maison Dreamville Records, dont elle est la première signature féminine en 2015. Elle devient alors Ari Lennox. Mais la gloire prend son temps.

Elle frappe à la porte d'Ari Lennox en mai dernier avec l'album ''Shea Butter Baby'', qui fait définitivement résonner son nom dans la bulle mainstream. Un nom qui n'a d'ailleurs rien à voir avec celui de la moitié d'Eurythmics, faisant référence à Mary Lennox, personnage central du ''Jardin Secret'' de Frances  Burnett, un classique du début du 20e siècle au rayon littérature pour enfants, qu'elle aimait tout particulièrement... “Cette fille était épicée, confiait-elle récemment au micro de GQ. J'ai toujours rêvé d'avoir sa vie : juste un joli jardin et un beau grand gars sexy...”

C'est qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche la petite chanteuse de DC. Son franc-parler et ses prises de positions publiques bien senties sont d'ailleurs l'une des spécialités d'Ari. Tantôt intense, lorsqu'elle déclare son amour de la musique (''I want real soul music to win so bad. I'm fighting for this shit every day. It's the best kind of music period''), tantôt impulsive, lorsqu'elle manifeste sa colère et son envie de changer de management (cf. Paris Hines et Justin Lamotte congédié sur la toile début octobre)... Ou encore en colère lorsqu'elle dénonce l'injustice du meurtre d'Atatiana "Tay" Jefferson, jeune femme de 28 ans abattue par un policier, chez elle à Fort Worth Texas sous les yeux de son neveu de 8 ans. Un événement qui donne même des envies de déménagement à l'artiste (''We are not loved or valued in America. We're not safe on this island. I want out!!!'')... Le plat pays t'attend les bras grands ouverts Ari.