Les Aralunaires : Arlon a retrouvé son joyau alternatif

À mi-chemin entre programmation musicale pointue, rivières d’Orval et couvertures de survie se situe le festival Les Aralunaires. Profitant habituellement d’un programme original faisant voyager ses participants d’un bout à l’autre de la ville lorraine, les organisateurs ont dû cette fois-ci se limiter au cadre verdoyant du campus de l’antenne arlonaise de l’Université de Liège. Ce qui n’a pas empêché au public de venir, armé d’un magnifique engouement pour les événements proposés. On vous raconte notre week-end sous le soleil du sud.

Une formule adaptée

Difficile d’imaginer le festival Les Aralunaires sans ses concerts répartis aux quatre coins de la ville, ni son parcours d’artistes, mettant à l’honneur des musiciens émergents dans des lieux insolites (et qui a notamment vu passer une certaine Angèle en 2017), ou encore sans le traditionnel concert surprise, permettant d’acheter une place pour un artiste et un lieu dévoilés au dernier moment. Cette année, le cadre était limité par les mesures sanitaires (même si, grâce à la jauge de 400 personnes, les organisateurs n’ont pas eu à mettre en place le Covid Safe Ticket), mais l’événement n’a en rien perdu de sa superbe au niveau musical : la programmation était pointue, éclectique et on ne peut plus cohérente. Le public était lui aussi au rendez-vous et avide de découverte (et d’Orval, évidemment).

5 jours, 8 ambiances

Chaque concert était thématique : le festival s’est ouvert le mercredi avec le néo-classique de Noah Vanden Abeele et Augustin Fiévet, dont vous pouvez retrouver notre interview ici. Le lendemain, c’était soirée jazz, ou plutôt néo-jazz, avec les talentueux Yôkaï, Nikitch & Kuna Maze, ainsi que ceux qui campent toutes les scènes cet été : Echt !. Le premier jour du week-end nous a offert des prestations coupées à la dopamine de la part de Takeshi’s Cashew et Yin-Yin qui ont véritablement retourné la scène avec leur indie-psyché.

Le lendemain, Pierres et Saudade ont ouvert le festival avec de la pop et de la soul pour un réveil en douceur après les émotions de la veille. Ils ont ouvert la voie à une soirée électro aux accents orientaux, introduite par le carolo DkA, suivi d’Hugo Freegow en remplacement des Palestiniens Zenobia et conclue magistralement par les patrons Acid Arab avec qui la foule s’est envolée jusqu’au Maghreb le temps d’un set.

Et puisque le festival s’attèle à divertir tout le monde, le dimanche matin était réservé aux enfants avec Ouistiti Disco Club et leur sélection de vinyles. De quoi nourrir des passions chez les plus jeunes, et pourquoi pas révéler le/la futur·e DJ Marcelle (à retrouver bientôt en interview sur Jam) qui a emballé l’après-midi avec son set de deux heures passant par toutes les émotions et mettant le feu, dans le public comme dans l’un des caissons de basses qui n’était visiblement pas prêt à accueillir le son de la Néérlandaise !

Le festival s’est conclu un peu plus calmement avec une soirée Born Bad Records qui proposait deux groupes parisiens : Bryan’s Magic Tears et Le Villejuif Underground, qui passaient d’ailleurs le lendemain par les Nuits Botanique.

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DJ Marcelle © Guillaume Scheunders

Festival d’annulations, mais remplacements cinq étoiles

Los Bitchos, MadMadMad, Zenobia… Sur la programmation initiale, on retrouvait un programme alléchant. Le covid et les quarantaines qu’il engendre auront eu raison de ces trois groupes pour qui beaucoup nourrissaient un grand intérêt. C’est d’abord le groupe MadMadMad qui a dû se désister, laissant la place aux Néerlandais de Yin-Yin et leur musique inclassable, mêlant des sonorités disco à du Morricone, saupoudrées de touches asiatiques… Un joyeux melting-pot qui a séduit en dernière partie de soirée le vendredi.

La deuxième annulation en a rendu triste plus d’un, elle est venue du quintet de Los Bitchos, groupe très attendu qui a cependant été remplacé par l’une des claques de ce festival : Takeshi’s Cashew. De cinq femmes, on passe à six hommes, originaires d’Autriche et d’Allemagne et ultra-doués de leurs mains. Tandis que le leader change d’instrument très naturellement toutes les cinq minutes (d’une sorte de didgeridoo bricolé à une cornemuse électronique, mais aussi un saxophone et une flûte traversière…), les autres membres s’échangent allègrement basses, guitares, claviers ou mandoline. Le tout forme un joyeux bordel de psyché funk qu’on s’est pris en pleine figure.

Enfin, le duo palestinien Zenobia a dû lui aussi faire une croix sur Arlon, emportant avec lui une partie de la cohérence de la soirée du samedi. On est certains qu’ils auraient introduit à la perfection le merveilleux Dj set d’Acid Arab. Et c’est donc du côté de Liège que les organisateurs sont allés chercher la solution, en la personne d’Hugo Freegow. Celui qu’on retrouve aussi à la programmation de Dour ou du Supervue Festival a croisé les genres de toutes parts dans un set multidirectionnel et efficace.

Même si le festival n’a ressemblé à aucune des précédentes éditions, il offre une bouffée d’air aux organisateurs qui ne devront pas enregistrer une seconde année blanche après 2020. Et surtout, il permet de combler les attentes d’un public mine de rien très demandeur, dans une région où les événements alternatifs se font rares. Et bonne nouvelle, il ne faudra attendre que quelques mois avant la prochaine édition, qui sera de retour aux alentours d’avril-mai 2022 !

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