La planète sexy de l’étrange et fascinante Bonnie Banane

Sur scène elle a la posture et le visage impassible d’une madone moderne à la dégaine un plus tough et aux grands yeux verts hypnotiques. A dire vrai, à sa façon de clamer sa flemme à Léo ou de reprendre singulièrement du Brigitte Fontaine, la belle impressionne, voire intimide un peu. Lors de la seconde Fifty Session, rendez-vous bruxellois estival du mercredi devenu quasiment incontournable, on a eu le plaisir de discuter quelques minutes avec cette grande dame charismatique, Bonnie Banane.

Whooo’s that giiirl?

On sait très peu de choses sur elle finalement, si ce n’est qu’à 28 ans, cette Parisienne originaire de Bretagne, a déjà bossé avec les plus grands : Para One, Varnish La Piscine, Loubenski, Théo Lacroix, Ponko & Prinzly et on en passe. Impossible du coup de véritablement distinguer la muse de l’artiste, et quand on lui pose la question "La vie privée pour moi c’est super important, j’estime qu’il y a des choses dans mon parcours personnel qui n’ont rien à apporter à ce projet. Bonnie Banane je considère plus ça comme un projet que comme un personnage. Bonnie Banane, c’est une sorte de moi augmenté… mais c’est moi ! Moi déguisée, moi qui chante, un moi augmenté, pas un avatar mais un moi qui fait autre chose, qui se permet des fantaisies."

Quand il s’agit pour moi de faire de la musique, je régurgite un peu ce dans quoi j’ai infusé.

Potentiellement inclassable, "quelque part entre Aaliyah et André Rieu, entre Coluche et Beyoncé" aime-t-elle à se situer, elle offre une pop décomplexée, sorte de RnB français influencé par les queens du genre des débuts 2000 : "j’ai principalement écouté de la musique afro américaine, j’ai été élevée avec de la funk, du rap et puis du new jack. Forcément, faisant partie de mon éducation, j’ai diggé pas mal et c’est ce que j’ai préféré dans mon éducation musicale, c’est celle que je me suis faite toute seule : Missy Elliott, TLC, Destiny's Child, beaucoup de meufs et puis niveau gars, j’aime beaucoup Warren G, Nate Dogg, Snoop Dogg. Leur musique m’a soutenue, donné de la joie, m’a donné envie de rire. "

L’histoire musicale de Bonnie démarre en 2012 avec la sortie de son premier EP Greatest Hits produit par un certain Walter Mecca, producteur, dont elle nous confie d’ailleurs "il est la personne qui m’a donné l’impulsion de tout ça, qui a décidé de mon nom, qui m’a fait sortir mon premier single, sans lui, je n’aurais peut-être rien sorti du tout." S’ensuit une multitude de collabs et featurings remarquables parmi lesquels : Bonbons à la menthe, morceau pop acidulé en duo avec Myth Syzer à qui elle donnera également le code du bâtiment quelques années plus tard (vous l’avez ?) avant de mettre le Feu au Lac avec le compositeur et musicien Chassol. Bonnie posera également sa voix sur Contre-temps, tiré de l’album éponyme de son ami, Flavien Berger.

Planète Bonnie

A l’automne 2020, tout droit sorti des studios de Para One, elle sort Sexy Planet, album aussi absurde et surréaliste que l’époque qui l’a conçu. Un disque témoin de l’évolution du parcours et de la somme des rencontres de cette artiste unique en son genre et pour qui le travail et la créativité se construisent collectivement "je doute que les gens qui font tout, tout seul, soient heureux. J’en ai rencontré et je trouve ça maussade, ça manque de générosité. Pour cet album, il se trouve que j’ai eu la chance de bosser avec pas mal de monde. Ponko & Prinzly par exemple, qui sont belges et qui m’ont fait écouter la prod de Mauvaise foi. Mais aussi avec d’autres producteurs ! J’amène les pistes et les idées mais vu que je ne suis pas du tout une geek, ils m’aident à rendre mes idées plus concrètes et plus perfectionnées. Moi je ne suis pas du tout une ingé du son […] J’aime ce ping-pong en studio, tous ces échanges. C’est vraiment ce qui s’est passé sur cet album."

Une prod léchée, confiée aux meilleures oreilles du métier et qui transcende les compos épurées, espiègles et enfantines de Bonnie. Toujours avec le prisme de l’humour et de la dérision, Bonnie chante l’amour, le désamour, extériorise et synthétise ses pensées "Je chante parce que j’ai du mal à faire des phrases, à parler, je ne parle pas très bien, j’ai du mal à communiquer dans la vie. J’essaye mais je suis un peu bordélique, les chansons m’aident à m’organiser, à organiser ma pensée, à la synthétiser. J’espère communiquer des choses vertueuses, qui donnent de la force et c’est ce que j’ai essayé de faire avec cet album, de communiquer des sentiments de confiance, de force et de dérision. La dérision c’est le tapis de tout ce que je fais. Une protection ? Sûrement, une armure mais surtout une technique, une putain de technique et aussi un pli que j’ai pris. C’est poétique aussi, ça t’aide à voir les choses de manière contrastée, d’avoir du recul, c’est important."

J’espère communiquer des choses vertueuses, qui donnent de la force. C’est ce que j’ai essayé de faire avec cet album, communiquer des sentiments de confiance, de force et de dérision.

Un peu à la manière d’une Yelle, bien que plus intense encore dans sa catégorie, Bonnie Banane fascine dans son étrangeté et semble emprunter un chemin bien à elle.

Perfectionniste et, de ses propres dires, éternelle insatisfaite, la belle n’a très certainement pas encore fini de nous surprendre.

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