L'interview croisée de Charlotte Adigéry et Bolis Pupul pour la sortie de la première compilation du label DEEWEE

À l’occasion du cinquième anniversaire du label DEEWEE, Stephen et David Dewaele ont sorti la compilation Foundations, reprenant tous les plus grandes perles de la maison gantoise. Parmi ces morceaux, on retrouve ceux de Charlotte Adigéry et Bolis Pupul, qui nous ont accordé une interview.

La rencontre

Nous sommes en 2015. Alors que les frères Dewaele travaillent au studio Deewee sur la bande originale du film Belgica de Felix Van Groeningen, Charlotte Adigéry, venant jouer un personnage dans le film, fait la rencontre de Boris Zeebroek, qui lui, aide Stephen et David au niveau musical. “Ils étaient très contents de Charlotte et ils voulaient faire quelque chose avec elle”, raconte Boris, “Donc elle est venue dans le studio pour faire de la musique. La première fois, c’était un peu bizarre parce qu’elle était un peu bloquée. Il y avait beaucoup de gens, beaucoup d’instruments et elle avait un peu la pression. Donc Stephen et David lui ont proposé de commencer avec moi. On ne se connaissait pas vraiment, puis on a essayé des trucs. C’est venu facilement, on a fait des morceaux et après quatre ou cinq jours, on avait un EP. Et on a sorti ce premier EP deux ou trois mois après.”

Une première expérience qui a donné beaucoup d’énergie aux deux artistes et qui a démarré une veritable symbiose entre les deux. “C’était le début d’une amitié profonde entre Boris et moi, je suis très reconnaissante de ce que Stephen et David ont fait en nous introduisant”, poursuit Charlotte Adigéry, n’hésitant pas au passage à qualifier Boris comme son “mari musical”.

Alter Egos

Depuis, les deux sont indissociables. Boris apparaît sur presque tous les projets de Charlotte et l’accompagne partout en live. Mais ils gardent tout de même des libertés via leurs projets parallèles. Boris combine ses alter egos Bolis Pupul, The Germans ainsi que Hong Kong Dong, tandis que Charlotte jouit de son indépendance avec Wwwater. “C’est super important de faire d’autres choses pour rester inspiré”, explique Charlotte, ”Ce que l’on fait avec ce projet (Charlotte Adigéry) ensemble, ce n’est pas ce que fait Boris avec The Germans ou avec Wwwater. C’est complètement différent. En ayant plusieurs projets, le premier peut inspirer le second et ainsi de suite… Je trouve que ça donne de l’oxygène au processus de création.” Une pratique qui leur a sans aucun doute été enseignée par leurs mentors qui sont eux aussi les rois des multiples casquettes avec Soulwax, 2manydjs, Klanken ou encore Die Verboten.
Une manière aussi pour Charlotte et Boris de gagner en diversité dans leur répertoire musical. “C’est très important pour nous de ne pas stagner. On adore presque tous les genres de musique donc on veut explorer tout ça”, avance la première. “Comme on est des artistes, on aime créer des œuvres sans que ce soit toujours le même projet. C’est cool de suivre des artistes et de découvrir qu’ils ont encore d’autres projets. Tu peux aimer ou ne pas aimer, mais c’est enrichissant”, surenchérit Boris.

Une diversité musicale

Ces alter egos musicaux sont le fruit d’influences diverses, parfois assez lointaines de la musique qu’ils produisent. “Je me souviens, le premier truc que tu m’as fait écouter lorsqu’on était dans le studio, c’était The Slits“ lance Boris à Charlotte. “C’est vrai, j’adore !”, rétorque-t-elle, “C’est un groupe punk anglais de la fin des années 70 composé uniquement de femmes. Il n’a pas existé longtemps. Je suis en train de lire l’autobiographie de la guitariste qui est incroyable. Elles ont une façon très intuitive de jouer. Il y a cette philosophie punk de ne pas devoir être virtuose pour jouer de la musique. L’intention de jouer, créer et s’exprimer est plus importante que la technique. La gaieté qu’elles pouvaient avoir m’inspire énormément et c’est aussi quelque chose qu’on essaye de garder entre nous, de continuer à jouer comme des enfants.” À côté des Slits, Charlotte mentionne aussi David Byrne ou les Talking Heads. Boris, lui, a puisé son inspiration du côté de The Residents, Ween, Beck ou encore Prince. "Beck est le premier artiste qui m'a fait réaliser que c'était ça que je voulais faire. J’avais déjà commencé à écrire, mais quand j’ai vu Beck en concert à Torhout ou Werchter, j’ai vraiment pété les plombs. C’était les années 97 ou 98. Il était super cool et la musique aussi. Je ne suis plus trop fan de ce qu’il fait maintenant mais Odelay, Mutations, Mellow Gold ou Sea Change sont des albums que j’ai beaucoup écouté.” 

Des influences qui sont pourtant assez éloignées de ce qu’ils proposent dans leur répertoire signé chez Deewee, beaucoup plus proche de la musique électronique. Mais on les ressent assurément chez Hong Kong Dong et The Germans pour Boris ainsi que Wwwater pour Charlotte. 

L'aventure Deewee

Évidemment, leur parcours aurait évolué totalement différemment sans leur rencontre avec Stephen et David Dewaele. Si Charlotte les a rencontrés sur le tournage de Belgica, Boris les connaît quant à lui depuis bien plus longtemps. “Stephen était aussi réalisateur et producteur. Il a fait des choses avec mon père qui faisait des dessins animés et de la télévision. Je l’ai rencontré à 12 ou 13 ans. Dès que j’ai commencé à faire de la musique, il était toujours très intéressé. Déjà il y a 20 ans, il avait l’idée de démarrer un label et il disait qu’il voulait que je sois dessus, donc j’ai attendu 15 ans.”

Maintenant, ils font partie intégrante de ce qu’ils appellent eux-mêmes la “famille Deewee” tant l’émulation entre les artistes au sein du label est forte et tant l’atmosphère est propice à la création. “C’est un environnement où l’on peut être créatifs, on peut faire des erreurs, on a de très bons coachs, il y a une émulation entre les artistes”, décrit Boris, “C’est un peu comme un clubhouse aussi. On mange ensemble, on parle de politique, de choses que l’on aime bien en musique, en peinture… Et le bâtiment donne de l’inspiration. Ils ont beaucoup de livres, de films, de musique et chaque fois il y a quelque chose qui peut t’inspirer.” Une ambiance positive rendue possible par les deux têtes pensantes de Deewee, qui avaient, en plus de produire de la musique, l’ambition de rassembler des personnes. “Ça les rend heureux de créer ces rencontres, ces partages, ces amitiés. Ça les nourrit, les enrichit et nous aussi parce que je peux vraiment dire avec grande certitude que les avoir eux et Boris dans ma vie l’a beaucoup changée”, précise l’interprète de 1,618.

Le mode opératoire des deux frères les séduit également. On le rappelle : toutes les productions de Deewee doivent être conçues entre les murs des studios. Les artistes ont une liberté totale de production avant de présenter leurs projets. Après quoi, c’est la vision musicale de Stephen et David qui opère, comme l’explique Charlotte Adigéry : “Ils sont vraiment forts. On est toujours très optimistes après une conversation avec eux parce qu’on a une vue différente. Quand les morceaux sont presque finis, parfois ils disent : “Ne touchez plus à rien, on a une idée, laissez nous faire.” Parfois c’est :  “Bon c’est parfait, il manque juste un peu de synthé là, etc”. Ils font un peu la production additionnelle.

Le futur album de Charlotte Adigéry, épaulée évidemment par Bolis Pupul, sortira début 2022. D’ici là, il y aura des singles, mais également des concerts, en automne, si la situation le permet. On aurait dû les retrouver dans un célèbre festival flamand fin août, mais un heureux événement prévu pour cette période a décidé de les faire attendre un peu plus longtemps avant de retrouver une scène. 

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