L'effet Tamar Aphek

Sous ses faux airs de Lio, la chanteuse Tamar Aphek renverse le banana split pour recomposer son propre dessert : un assortiment maison, aussi curieux que savoureux. Entre jazz, saillies électriques, effluves psychédéliques, krautrock et mélopées délicatement surannées, le premier album solo de la rockeuse pétille sous la langue et crépite dans les oreilles. Sensations garanties.

Établi à Bruxelles, mais tourné vers le vaste monde du rock, le label EXAG' Records rassemble les valeurs sûres du terroir (Phoenician Drive, La Jungle), tout en sortant des albums pour des formations venues de France (Slift), de Suisse (Swear I Love You), des États-Unis (Material Girls) ou d'ailleurs. Aujourd'hui, par exemple, c'est à Tel Aviv que l'enseigne trouve son bonheur avec le premier disque solo de Tamar Aphek. Sur la pochette du récent "All Bets Are Off", la chanteuse fixe l'objectif avec un combiné de téléphone au bout des doigts. C'est que son petit coup de fil vaut franchement l'écoute : Tamar Aphek a des choses à dire et pas mal de bons sons à confier.

L’arme fatale

Après une enfance passée aux pieds des pyramides égyptiennes, Tamar Aphek est rentrée au pays. C'est là, entre leçons de piano au conservatoire et envolées lyriques dans une chorale, qu'elle pose les bases d'une formation musicale ultra classique. Difficile alors d'envisager son avenir d'électron libre sur la carte du rock indépendant... Pourtant, l'électrochoc se précise avec un rencard obligatoire : le service militaire. Exercée à la baïonnette, entraînée comme dans "Full Metal Jacket", la musicienne survit à cette épreuve imposée en se réfugiant dans la musique. La découverte des disques de Fugazi, Slint ou Shellac vont d’ailleurs pousser la jeune recrue à échanger les armes contre une guitare électrique. Un choix nettement moins dangereux, mais bien plus sulfureux.

Téléphone, Tel Aviv

Pour se faire la main, Tamar Aphek se faufile d'abord dans les circuits alternatifs de Tel Aviv. À la guitare ou derrière le micro de différentes formations de sa ville, la musicienne joue la coéquipière de luxe, avant de s'échapper en solitaire, dès 2014, sous l'égide de l'éminent Yonatan Gat (Monotonix). Après un EP autoproduit ("Colission") en sa compagnie, Tamar Aphek s'élance cette fois sur la longueur d'un album enregistré dans les studios new-yorkais du label Daptone, un lieu mythique, connu pour avoir vu défiler des artistes comme Amy Winehouse ou les increvables King Gizzard And The Lizard Wizard. Mixé par Daniel Schlett (DIIV, Amen Dunes, Kassa Overall) et finalisé aux côtés de Greg Calbi (Tame Impala, Sharon Van Etten, Big Thief), "All Bets Are Off" a d’excellents arguments à faire valoir.  

Aphek Twin

Loin de se cantonner à un seul rôle, la chanteuse sort volontiers des sentiers battus pour affirmer un savoir-faire tout-terrain. À l'aise dans les contre-allées du rock psychédélique - un "Show Me Your Pretty Side" lorgnant franchement en direction du Brian Jonestown Massacre -, vraiment en confiance sur une mélodie à ranger entre Cate Le Bon et Nico ("Too Much Information"), l'artiste déjoue les attentes et traverse les frontières du rock indépendant sans carte ni boussole, mais avec l'envie de faire les choses autrement : à sa manière. Obsédée par la fusion des genres et la rencontre des styles, Tamar Aphek mélange ses influences dans des morceaux hybrides. À la croisée du jazz et du krautrock, le single "Crossbow" opère ainsi des rapprochements entre des rythmiques piochées chez Max Roach et des pulsations répétitives chipées dans les disques de Can. Livrée sans concession, cette trame instrumentale offre une piste d'atterrissage idéale pour le timbre sépulcral de la chanteuse qui, ici et là ("All I Know"), ravive également les ambiances hantée et onirique de la série "Twin Peaks". Soit un scénario de rêve pour un disque qui, d’emblée, place la barre bien haut. Juste comme il faut.

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