Julien Baker : "Little Oblivions", l’album de la maturité et de la diversité

Il y a des silences qui en disent parfois long. Comme ceux qui suivent une déclaration d’amour, une rupture ou un morceau de Julien Baker. Armée de sa guitare et d’une voix aussi fragile que touchante, Julien Baker s’est imposée sur la scène indie. Après deux premiers albums intimistes et une collaboration remarquée avec Lucy Dacus et Phoebe Bridgers, la jeune artiste américaine revient avec "Little Oblivions". Enregistré dans son Tennessee natal, ce nouvel album est certainement celui de la maturité.

Au premier abord, Julien Baker pourrait passer pour une de ces chanteuses que l’on a l’habitude de voir partout. Un look simple, des chansons tristes, une guitare sur le dos : the girl next door. Pourtant, derrière cette jeune fille a priori timide et frêle se cache une musicienne à l’assurance surprenante et à la sincérité bouleversante.

Julien Baker fait partie de ces artistes qui jouissent du pouvoir magique de réduire une salle au silence en quelques notes. Une guitare, une voix et puis c’est comme si ce silence devenait assourdissant. On se souvient d’ailleurs de son dernier passage en solo au Botanique dans une Orangerie suspendue aux lèvres de la jeune artiste.

Start asking for forgiveness in advance
For all the future things I will destroy

C’est avec ce premier couplet qu’elle entame ce nouvel album qui marque une réelle rupture avec le style intimiste qui l’a révélé. On est ici loin du son brut et dépouillé auquel elle nous avait habitués. Finie l’époque ou elle n’était accompagnée que de sa guitare et de son piano. Place désormais à la Julien Baker 2.0, qui est bien décidée à montrer un nouveau visage, plus mature. Cet album s’aventure du côté de l’indie-rock avec quelques accents atmosphériques plus puissants comme sur le premier single Hardline. On notera également le morceau Favor qui marque la réunion du trio de choc qu’elle forme avec Lucy Dacus et Phoebe Bridgers. Depuis leur collaboration en 2018 pour Boygenius, ces trois-là se sont plus jamais vraiment quittées.

Délaissant le classique guitare-voix, Julien n’hésite pas à explorer d’autres horizons. De la mandoline au banjo en passant par de la batterie et des claviers texturés, elle se révèle être une productrice touche à tout. Mixé par Craig Silvey (The National, Arcade Fire, Florence & The Machine…), cet album démontre la finesse des arrangements de Julien Baker dans un contexte cette fois-ci plus indie-rock.

Un peu trop produit ? Peut-être. On a parfois le sentiment que Julien Baker n’a pas vraiment besoin de cet emballage superficiel. C’est dans les moments dénudés de tout artifice que l’on redécouvre le talent brut de Julien Baker. Sur Song in E, superbe ballade piano-voix, on retrouve cette sensation d’intimité présente sur ses premiers albums. On a l’impression d’être à ses côtés, on perçoit la résonance de la pièce et les craquements du plancher. Une voix, un piano, cette sobriété lui va si bien.

It’s ok to cry

Il n’en reste qu’il est inutile de jouer les gros durs face à la musique de Julien Baker. "Little Oblivions" est un album dans lequel on aime se réfugier, parfait pour les longs trajets en train où le film de notre vie défile au rythme des paysages. Au fil de ces 12 morceaux assez courts, on découvre une artiste vraie et franche. Julien Baker écrit et chante avec une honnêteté presque brutale par moments.

It doesn’t feel too bad, but it doesn’t feel too good, either. Just like a nicotine patch, it hardly works, then it’s over.

"Little Oblivions" marque une nouvelle étape sur la route de Julien Baker. Un détour inattendu sur ce chemin qu’elle trace seule depuis la sortie de son premier album en 2015. Ses premiers morceaux, brillants de simplicité, l’avaient alors écarté des bancs de l’université et plongée dans la vie trépidante de musicienne à plein temps.

Fin 2019, après 3 années intensives, Julien Baker a décidé de prendre du temps pour elle et d’achever ses études de littérature à la Middle Tennessee State University. Fraîchement diplômée, ce nouvel album signe un retour à son amour pour la musique. Une musique devenue plus mature, plus ambitieuse aussi. Et si on ne peut s’empêcher de questionner la production parfois surfaite de ce nouvel album, on se dit que cette jeune professeure a désormais toute sa vie devant elle.

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Julien Baker – Little Oblivions © Matador

" Little Oblivions " est sorti le 26 février chez Matador.

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